CHAPITRE V
aïeux ont illustrées depuis Torigine de la république, et que les Etats prendront soin, en même temps, de présider à son éducation. » Les Etats de Zélande, entraînés par le mouvement populaire qui soulevait de nouveau les villes de la province, s'empressèrent de répondre à cet appel. Ils accordèrent au prince d'Orange le titre de premier noble, qui lui donnait le droit de représenter seul le corps de la noblesse dans leur assemblée, sous la réserve qu'il n'en userait qu'à l'époque de sa majorité \ En même temps, ils décidèrent que leurs députés aux Etats généraux proposeraient de lui réserver par avance la charge de capitaine et amiral général de la république, pour qu'il en exerçât les fonctions à l'âge de dix-huit ans. En outre, ils envoyèrent aux Etats de Hollande une députation solennelle, sous la conduite de leur conseiller pensionnaire Adrien Veth, pour leur demander sa nomination anticipée, comme stathouder des deux provinces *. Malgré la modération du premier ministre de Zélande, qui entretenait avec de IVitt les meilleurs rapports % cette démarche, encouragée par les Etats généraux*, ne pouvait manquer de donner le signal d'une nouvelle coalition contre les Etats de Hollande.
Des symptômes de désunion commençaient d'ailleurs à se manifester dans leur assemblée. L'un des membres les plus accrédités de la noblesse, de Wimmenum, président du collège des conseillers députés, après avoir profité des faveurs du parti républicain, se montrait impatient de donner des gages de son dévouement au parti orangiste : il entraîna les nobles à se prononcer en faveur du rétablissement du stathoudérat ^ Les députés de Leyde et d'Enchuyzen appuyèrent cette proposition, tandis que ceux d'Haarlem et d'Alkmar demandaient que la charge de capitaine et amiral général fût garantie au jeune prince, fût-ce à l'exclusion de celle de stathouder. Le Grand Pensionnaire inclinait à cette transaction; mais craignant de ne pouvoir la faire accepter, il fit comprendre aux partisans du fils de Guillaume II ^ qu'ils ne pouvaient que
1 Résol. Zélande, 7 et 9 abût 1660.
2 VViCQUEFORT, t. II, p. 672.
'i Id., ibid.
4 Hésol. États généraux, 22 septembre 1660.
5 L. de Witt à Beverwaert, 17 septembre 1660.
6 Ibid., 24 septembre, 1" octobre 1660.
gagner à se réserver Tavenir, et rallia rassemblée à une nouvelle proposition. Les Etats de Hollande, s'empressant de Faccepter, consentirent, par un vote unanime \ à diriger eux-mêmes l'éducation du jeune prince, « afin de le faire élever » , déclaraient-ils, ce dans la pratique de toutes les verius qui pouvaient le rendre capable des charges, dignités et emplois qui avaient appartenu à ses prédécesseurs i) c Ils promirent en outre de veiller à la conservation de ses domaines et de ses biens, et de pourvoir somptueusement aux frais de son éducation, en lui payant une pension anuelle. Mais ils éludèrent tout engagement par lequel ils auraient paru accepter la désignation de stathouder demandée en sa faveur. Toutefois, pour lui rouvrir Taccès au pouvoir de ses ancêtres, ils révoquèrent Tacte d'exclusion ^, en déclarant n'y avoir consenti que pour satisfaire aux exigences de Cromwell. Sans rendre au prince d'Orange les charges paternelles, ils lui laissaient ainsi l'espoir d'en reprendre un jour possession.
La Princesse Royale, sans être encore pleinement satisfaite dans ses espérances, reconnut la nécessité d'une politique de ménagements, et avant de s'embarquer pour l'Angleterre» elle suivit les avis de ses plus sages conseillers, qui l'engageaient à accepter les offres des Etats de Hollande ^ Après leur avoir fait une première réponse * « qui sentait encore un peu la menace * « , elle leur adressa une lettre dans laquelle elle se montrait favorable à un accord, en leur proposant le choix des commissaires qui devaient surveiller l'éducation de son fils. Elle y désignait des membres de leur assemblée qui ne pouvaient leur donner aucun ombrage, et leur adjoignait le grand pensionnaire de Witt, auquel elle rendait le témoignage le plus flatteur ^. « Puisque Vos IVobles et Grandes Puissances V , écrivait-elle, « veulent bien se servir de leur prudence pour prendre soin que le'prince notre fils soit parfaitement instruit, dès le bas âge, des privilèges et coutumes de ce pays et du caractère de ses habitants, sur quoi nous avons trouvé par expérience que M. le conseiller pensionnaire de Witt a une profonde connaissance, et qu'il
1 Résol. États de Hollande, 25 septembre 1660.
2 Résol. États de Hollande, 29 septembre 1660.
3 L. de la Princesse Royale à son secrétaire Oudart, 29 septembre 1660. ^ 29 septembre 1660.
s L. de Witt à Beverwaert, l^r octobre 1669.
^ L. de la Princesse Royale aux Etats de Hollande, 6 octobre 1660.