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CHAPITRE PREMIEU

servi en plats de porcelaine, ce qui sent forfc son Amsterdam 15 .

D'ailleurs, entre autres témoignages, ceux d'écrivains français, Gourville et Saint-Evremont, peuvent également nous apprendre combien les mœurs hollandaises étaient restées primitives. « M. de Lionne m'ayant demandé pourquoi les Hollandais étaient si riches » , écrit Gourville \ longtemps éloigné de France, à la suite de la disgrâce deFouquet, a je lui dis que cela venait de leur commerce, et encore plus de leur économie; je lui contai que, dans les bonnes maisons, on n'y mangeait presque pas de viande, ou tout au plus du bœuf séché à la cheminée, que Ton râpait assez légèrement, pour mettre sur du beurre étendu sur du pain que Ton appelait tartines, et tous ne buvaient ordinairement que de la bière. )•> Obligé, dans son exil , de quitter l'Angleterre ^ et de repasser en Hollande pour sa santé, Saint-Evremont se plaignait, en homme de plaisir, de l'austérité de son séjour dans les Provinces-Unies, u J'avais encore )5, écrit-iP, ce cinq ou six années à aimer la comédie, la musique, la bonne chère, et il faut se repaître d'ordre et d'économie, et se faire un amusement languissant à considérer les vertus hollandaises. »

Les divertissements n'étaient pas cependant inconnus. Les bals, que le jeu faisait souvent délaisser à Paris*, étaient fréquents dans la société de la Haye ; mais ils ne donnaient lieu à aucune pompe et n'étaient que des réunions de plaisir, sans aucun attrait d'intrigues. Les fêtes les plus ordinaires étaient celles des corporations. Les repas de quartier, dont de curieux comptes rendus ont été conservés, se prolongeaient pendant plusieurs jours et donnaient lieu à des amusements variés. Ils étaient égayés par la musique et les spectacles forains. Les excès de table étaient si étrangers à ces réunions, qu'un jeune homme devait y amener, sous peine d'amende, une jeune fille de son choix, et que les femmes, avec leurs enfants, y venaient s'asseoir à côté de leurs maris. Les femmes, pendant que les hommes fumaient, prenaient le thé, qu'une relation du temps appelle « la pipe des dames ^ » .

» Gourville, Mémoires, t. II, p. 404, 405. collection Petitot.

3 Saint-Évremont, t. III, édition 1866, p. 84. Lettre au comte de Lionne. * Journal d'un voyage à Paris, p. 53 et 60.

^ Notice sur le quartier de la cour, par Meijer. Mededeelingen, 1862, la Haye,

A cette école, la fidélité conjugale s'était entretenue et épargnait le spectacle des désordres domestiques si fréquents ailleurs. Les femmes hollandaises étaient remarquables par leur beauté et la vigueur de leur constitution. Habituées dès l'enfance à la plus grande liberté, elles avaient acquis des manières plus franches et moins réservées que celles des femmes des autres pays, tout en gardant une conduite irréprochable. L'indépendance n'était laissée aux jeunes filles que pour rechercher le mariage, et une fois mariées, satisfaites de l'autorité qui leur était laissée dans leurs maisons, elles ne connaissaient plus d'autres inclinations que les affections domestiques. « Ce n'est pas qu'il n'y en ait quelquesunes de très-aimables » , observait encore Saint-Evremont, avec le licencieux sans gêne qui lui est habituel, " mais il n'y a rien à espérer d'elles, ou par leur sagesse, ou par une froideur qui leur tient lieu de défense. De quelque façon que ce soit, on voit ici un certain usage de prudence établi partout et je ne sais quelle vieille tradition de continence qui passe de mère à fille, comme une espèce de religion ^. v

L'éducation des enfants mettait à la fois en relief l'autorité et la sollicitude paternelle. Un père écrivait à son fils : a Lorsque vous m'écrivez, il faut signer : Votre fils très-soumis et très-humble serviteur, car il est toujours convenable de s'humilier devant ses parents*. » Cette sévérité d'étiquette, qui s'étendait aux relations les plus intimes de parenté et faisait employer jusque dans la correspondance entre frères la dénomination de Monsieur, rendait les pères encore plus soucieux de leurs devoirs. Dans ces familles bourgeoises qui se transmettaient de génération en génération, comme un dépôt de devoir et d'honneur, la gestion des affaires publiques, les parents étaient intéressés à préparer l'avenir de ceux qui devaient leur succéder. Aussi surveillaient-ils l'éducation de leurs fils avec une assiduité vigilante, suppléant à la fortune, si elle leur manquait, par les sacrifices qu'ils s'imposaient pour les faire instruire. Ils les façonnaient à l'amour du travail et ne leur épargnaient ni les bons exemples, ni les bons conseils. Les lettres que le père d'un jeune homme destiné à jouer un grand rôle dans

1 Saint-Evremont, t. III, p. 27. Lettre au marquis de Créquy.

2 L. de Melchior de Bcverningli à son fils Jérôme de Beverningh, 30 juin 1630.

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