‹ Jean De WittChapitre 131 sur 264 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

est accoutumé de donner librement et sans déguisement de bonnes instructions, il nous sera très-agréable que Vos Nobles et Grandes Puissances veuillent le comprendre dans ladite commission. »

La rivalité des deux princesses faillit encore arrêter le dénoiiment de ce compromis. La Princesse Douairière se plaignit des désignations faites par sa belle -fille, sans la participation des autres tuteurs : d'après les conseils de l'électeur de Brandebourg, oncle du jeune prince, elle proposa la nomination de commissaires hostiles au parti républicain, afin de regagner ainsi la confiance du parti orangiste, qui se montrait mécontent des concessions faites par la Princesse Royale. Les Etats de Hollande ^ n'en donnèrent pas moins la préférence aux commissaires désignés par la mère du jeune prince. C'étaient Louis de Nassau, seigneur de Beverwaert, connu par sa modération; de Noortviryck, l'un des plus fidèles partisans du nouveau gouvernement; Abraham de Beveren, seigneur <le Barendrecht, bourgmestre de Dordrecht; Cornelis de Graeff, seigneur de Zuidpolsbroeck , bourgmestre d'Amsterdam; Pierre Forest, conseiller de la ville d'Alkmar et maître des comptes, tous trois amis ou parents du grand pensionnaire de Witt, qui fut chargé «de les assister lî , c'est-à-dire de les diriger. Une somme annuelle de 36,000 à 40,000 florins était proposée pour l'éducation du prince, et les pouvoirs donnés aux commissaires furent soigneusement réglés , de façon à n'être exercés qu'avec la participation des deux princesses d'Orange, mais sous le contrôle souverain des Etats. Beverwaert, qui avait été envoyé à Londres en qualité d'ambassadeur de la république, fut chargé de les représenter auprès de la Princesse Royale, pendant le séjour qu'elle ferait en Angleterre.

La réconciliation semblait accomplie. Le Grand Pensionnaire de Hollande se proposait de la faire servir aux intérêts du prince autant qu'aux intérêts de l'État, a Nous devons « , écrivait-il confidentiellement à Beverwaert ^, « nous tenir aux deux règles suivantes : premièrement, ne rien négliger pour faire acquérir au prince vertu et savoir, ainsi que la connaissance complète tant des coutumes et droits de ce pays que du caractère des habitants, afin qu'il puisse acquérir leur amour et afl^eclion ; en second lieu , con-

^ Résol. États de Hollande, 3 octobre 1660. * L. de Witt à Beverwaert, 3 décembre 1660.

duire cette éducation de telle sorte que les régents et habitants de ce pays reconnaissent qu'elle ne pouvait être confiée à des hommes plus honnêtes et plus attachés à la maison d'Orange. « La Princesse Royale, reconnaislsant la fidélité avec laquelle de Witt lui tenait parole, témoignait de son côté les dispositions les plus favorables, quand tout à coup ces espérances de bon accord furent tristement déjouées. Six semaines après son arrivée en Angleterre, la sœur de Charles II, atteinte de la petite vérole, à laquelle son mari, le stathouder Guillaume II, avait succombé, mourait tout à coup victime de la même maladie \ Cet événement, qui rendait le jeune prince d'Orange orphelin dès sa dixième année, était pour le Grand Pensionnaire de Hollande une perte également funeste. Par son testament, la Princesse Royale suppliait le roi de la Grande-Bretagne de tenir lieu de père au fils qu'elle laissait. Pour répondre à ce dernier appel, Charles II fit savoir aux États de Hollande qu'il avait accepté l'héritage de la tutelle maternelle, et chargé une commission présidée par le lord chancelier d'Angleterre de surveiller en son nom les intérêts de son neveu, concurremment avec les commissaires hollandais. Malgré l'échange des notes les plus amicales, cette intervention éveilla les inquiétudes des Etats de Hollande, en leur faisant craindre d'inévitables rivalités. En outre, la mort de la Princesse Royale rendait à la grand'mère du prince d'Orange son autorité sur l'éducation de son petit-fils, et la Princesse Douairière, mécontente du choix des commissaires nommés sur la présentation de sa belle-fille, paraissait peu disposée à s'entendre avec eux : « elle prétendait exiger qu'ils vinssent travailler dans sa maison et en sa présence, ne voulant pas reconnaître d'autres pouvoirs que les siens*. »

Des conflits d'autorité sans cesse renaissants mirent aux prises les tuteurs du jeune prince et les Etats de Hollande. C'est ainsi qu'ils se disputèrent' la possession d'un coffret que la Princesse Royale avait laissé à la Haye, et dans lequel étaient renfermés des papiers secrets ayant appartenu au dernier stathouder *. Les Etats de Hollande, craignant qu'on ne le fit disparaître, étaient résolus à

1 24 décembre 1660.

2 L. de Witt à Beverwaerl, 3 décembre 1660; 4, 18 février 1661. 2 Février 1661.

* L. de Witt à Beverwaert, 11 février 1661.

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