CHAPITRE V
e garder en dépôt jusqu'à la majorité du fils de Guillaume II, tandis que la Princesse Douairière le revendiquait avec arrogance et refusait de se soumettre à l'autorité de la cour de justice, qui finit par avoir raison de sa résistance. " C'était « , écrivait de Witt ^,
« une prétention à laquelle jamais aucun des princes d'Orange n'a osé élever sa pensée, et qui choque si hautement l'Etat, que cela seul serait capable, si l'on inspirait ces mêmes sentiments au prince d'Orange, d'obliger FEtat à ne lui confier jamais aucune autorité ni pouvoir. 5^
Les conseillers privés du jeune prince semblaient en même temps prendre à tâche de provoquer les Etats de Hollande, en voulant se mettre en possession des parties du vieux palais des princes d'Orange qui étaient restées inoccupées ; ils s'en firent livrer les clefs, et les Etats, qui prétendaient, en leur qualité de souverains de la province, être les maîtres du domaine public, exigèrent qu'elles leur fussent rendues. " C'est pitié de voir » , ainsi que le constatait Jean de Witt à cette occasion , a qu'on tâche par toutes sortes de moyens de rendre inutile au prince d'Orange la résolution que les Etats de Hollande ont prise pour son éducation, et que l'on dégoûte aussi bien lesdits Etats que leurs commissaires, qui sont pourtant si bien intentionnés pour le service et l'avancement de Son Altesse ^. -d
Le roi d'Angleterre ne cessait d'encourager ce mauvais vouloir par l'hostilité qu'il leur témoignait. L'ambassadeur des États généraux à Londres, Beverwaert, lui représentait vainement, avec sa franchise ordinaire, « que s'il s'agissait de son propre fils, il aimerait mieux le voir reconnu par les Etats de Hollande comme enfant de la république , plutôt que d'être imposé, par une nomination anticipée, au consentement de ceux qui gouvernaient^ » . Charles II n'en persistait pas moins à se prononcer, en toute circonstance, contre les commissaires hollandais chargés de l'éducation de son neveu : tantôt il disgraciait le secrétaire de la Princesse Royale, Nicolas Oudart *, auquel il ne pardonnait pas de lui avoir fait précédemment signer une lettre qui leur témoignait sa satisfaction;
* L. de Witt à Beverwaert, 11 février 1661.
2 Ibid., 4 mars 1661.
3 L. Beverwaert à de Witt, 7 avril 1661.
4 Ibid., 1er avril 1661.
tantôt il leur adressait les plaintes les plus offensantes ' , leur reprochant, entre autres griefs, de n'avoir pas laissé mettre un dais dans l'appartement du prince d'Orange. C'était surtout contre le Grand Pensionnaire de Hollande qu'il manifestait des sentiments hostiles, lui reprochant d'usurper les pouvoirs qui auraient dû appartenir à son neveu. Au lieu de lui donner la satisfaction que de Witt s'était flatté d'obtenir, il refusa de lui renvoyer l'acte d'exclusion que les Etats de Hollande venaient d^abroger. Le Grand Pensionnaire aurait voulu faire en outre attester par le roi d'Angleterre « que cette clause du traité conclu avec Cromwell , loin d'avoir été suggérée au Protecteur, avait été rigoureusement exigée comme condition de la paix , sans qu'aucune instance eût été épargnée pour l'y faire renoncer » ; il avait lui-même préparé les termes de cette justification ^ Mais Charles II éluda' la demande qu'il avait d'abord promis d'accueillir*, et sur laquelle de Witt eut soin de ne pas insister. Le Grand Pensionnaire ne s'en montra pas moins offensé des allégations du roi d'Angleterre, qui, prétendant avoir reçu de lui, à la Haye, en faveur du prince d'Orange, des promesses bien différentes de celles qu'il avait tenues, déclarait que l'oubli de sa conduite passée ne lui avait été accordé qu'à ce prix '. De Witt releva cette injurieuse supposition. « Il me paraît scandaleux 5), écrivait-il à l'ambassadeur des États *^, « que dans son entretien avec vous, le chancelier ait fait entendre qu'à la suite de mes engagements, le roi aurait bien voulu ne plus se rappeler ce qui s'était passé, comme si nous avions été demander à Sa Majesté un pardon dont, Dieu merci, nous n'avons pas besoin, v a Je ne m'étonne pas, d'ailleurs » , ajoute-t-il , " d'avoir là-bas la réputation d'être contraire aux intérêts du prince d'Orange, car je les ai, de tout temps, fait passer après ceux de l'Etat. »
Ces récriminations réciproques faisaient prévoir une rupture prochaine. Le signal en fut donné par la convention signée entre le roi d'Angleterre et l'électeur de Brandebourg \ qui servait pas
1 L. Beverwaert à de Witt, 25 mars 1661.
^ L. de Witt à Beverwaert, 1*^'^ octobre 1660.
s L. Beverwaert à de Witt, 18 mars 1661.
^ Ibid., 28 janvier 1661.
5 Ibid., 25 mars 1661.
^L de Witt à Beverwaert, l^r avril 1661.
■^ 17 mai 1661.