CHAPITRE V
sionnément les intérêts de la Princesse Douairière, dont il avait épousé la fille. En leur qualité d'oncles du prince d'Orange, le roi et l'électeur partagèrent avec sa grand'mère la tutelle de leur neveu, mais en laissant à celle-ci une autorité qui équivalait à de pleins pouvoirs. Quant à la participation des États de Hollande, ils semblaient n'être plus disposés qu'à la tolérer, et s'ils consentaient encore à l'admettre, c'était pour faire continuer au fils de Guillaume II le payement de sa pension. Ils avaient soin d'ailleurs de témoigner aux Etats leur défiance, en prétendant leur imposer de nouveaux délégués, pour la surveillance de l'éducation du jeune prince. Ils leur demandaient non-seulement d'adjoindre aux membres de leur assemblée qui en avaient été chargés, les commissaires que la Princesse Douairière avait déjà proposés, mais encore de reconnaître aux autres provinces le droit de se faire représenter par des députés de leur choix.
Les Etats de Hollande se montrèrent indignés de tels changements faits, sans leur aveu, aux conventions qu'ils avaient arrêtées avec la Princesse Royale. Réduits à abdiquer s'ils cédaient, ou bien à rompre s'ils résistaient, ils n^avaient plus qu'un parti à prendre, le moins périlleux et le plus prévoyant, celui de renoncer à l'éducation du prince d'Orange, du moment où ils n'étaient plus libres de la diriger à leur gré. De Witt avait déjà fait pressentir qu'ils n'hésiteraient pas à s'en décharger, dans le cas où elle leur serait contestée. Cl Si ceux qui sont les plus proches parents de Son Altesse « , écrivait-il, « font paraître qu'ils ne comprennent pas que si les Etats ont pris sur eux la charge de la tutelle , c'est pour l'intérêt de Son Altesse, et nullement pour le nôtre, il n'y aura pas tant de peine à disposer les Etats à ne se mêler plus de ladite tutelle, qu'il y en a eu à les disposer à s'y résoudre \ ^
Cette prévision était justifiée. En réponse à la provocation qui leur était faite, les États de Hollande, malgré l'avis contraire de huit villes ^ entre autres celles de Rotterdam, de Haarlem, de Leyde et d'Enckhuyzen, résolurent ^ de renoncer pour le moment à une surveillance qui compromettrait leur dignité de souverains, du moment où elle ne pouvait plus s'exercer qu'avec l'approba-
^ L. de Witt à Beverwaert, 11 mars 1661.
2 L. Wicquefort, 6 octobre 1661.
3 Résol. Holl., 30 septembre 1661,
tion des autres tuteurs \ dont deux étaient des princes étrangers.
En loulant, comme il le déclarait lui-même, « se rendre maître de la république par la liaison qu'il avait faite avec la Princesse Douairière et Télecteur de Brandebourg, et par leurs cabales ^ «, Charles II avait détaché les Etats des intérêts de son neveu. « Il les trouvait résolus à ne pas soutîrir qu'il se mêlât des affaires du prince par lequel il aurait voulu régner lui-même sur eux *. » Le Grand Pensionnaire, déçu dans les tentatives de conciliation auxquelles il s'était loyalement prêté, se montrait le partisan décidé de la résistance. D'après la dépêche d'un agent français, il s'exprimait ainsi : " Sans doute», disait-il, « la bonne politique commande d'avoir la plus grande déférence pour un si grand roi; mais si l'on prétend que Tautorité du roi d'Angleterre fasse faire quelque chose pir force à des Etats libres, je m'y opposerai au nom de la Hollande ; à supposer que la Hollande ne tienne pas compte de cette opposition, je m'y opposerai au nom de la ville de Dordrecht, dont je suis le député; si la ville de Dordrecht ne m'y autorise pas, je m'y opposerai au nom de ma famille; enfin, dans le cas où ma famille ne serait pas de mon avis, il me restera à m'y opposer tout seul, autant que je le pourrai ^ . »
Les contestations relatives à la tutelle du prince d'Orange ne pouvaient qu'être funestes aux négociations engagées par les Provinces-Unies avec le nouveau roi d'Angleterre pour la conclusion d'un traité. Elles rendaient jusqu'alors inutile l'ambassade envoyée à Londres pour faire de Charles II l'allié de la république. Les Etats généraux s'étaient empressés de rappeler * l'ambassadeur Nieupoort, qui, à raison de ses relations intimes avec Cromwell et par suite de l'opposition qu'il avait faite à la restauration de Charles II, ne pouvait être conservé auprès du nouveau roi. Ils avaient désigné pour le remplacer quatre envoyés extraordinaires : Simon Van Hoorn, bourgmestre d'Amsterdam, l'un des plus sûrs confidents de Jean de Witt; Michel Van Gogh, député de Zélande; Joachim Ripperda, député de Groningue, et Louis de Nassau, seigneur deBeverwaert, qui, en détournant le stathouder Guillaume II
1 L. d'Estrades, man., 25 juillet 1661 : Archives aff. étr. Corr. d'Angleterre.
2 L. Wicquefort, man., 7 avril 1661 : ibid.
2 L. de M. de Lessins à de Lionne, man., 25 décembre 1661 : Arch. aff. étr. 4 Résol. États de Hollande, 29 mai 1660.