‹ Jean De WittChapitre 134 sur 264 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

du siège d'Amsterdam et en l'empêchant de provoquer ainsi la guerre civile, à la suite de sa tentative de coup d'Etat, avait gagné la confiance du parti républicain, sans perdre celle du parti orangiste. Beverwaert, qu'ils avaient choisi comme chef de l'ambassade et auquel ils avaient fait prendre les devants, devait être le bienvenu auprès de Charles II par sa naissance et par ses relations. Fils naturel du stathouder Maurice de Nassau, conseiller dévoué de la PrincesseRoyale, il avait pour ami particulière marquis d'Ormond, ministre du roi d'Angleterre, dont le fils, le comte d'Ossory, épousa Taînée de ses filles. La seconde se maria plus tard à lord Arlington; la plus jeune, Charlotte de Nassau, se rendit célèbre à Londres dans les réunions auxquelles présidait la duchesse de Mazarin, entourée de son cortège d'hommes de lettres : Saint-Réal, Saint-Evremont et tant d'autres. Toutes trois étaient dignes de leur mère, qui, douée des charmes les plus séduisants, était la meilleure auxiliaire des négociations de son mari. La scrupuleuse honnêteté de Beverwaert contribuait en outre à lui assurer la confiance du gouvernement anglais. A peine arrivé à Londres , il fut averti qu'à son insu, Charles II avait accordé à son second fils d'Odyk, dont les désordres et les dettes déshonoraient le nom paternel, une part des bénéfices prélevés sur l'entrée des vins du Rhin, « et il se laissa persuader que cette libéralité équivalait à une rente d'environ dix mille livres ^ » . Elle lui parut contraire au serment par lequel les ambassadeurs de la république s'engageaient à ne recevoir aucun don *. Pour n'être pas accusé d'y manquer, fût-ce involontairement, il offrit sa démission, refusant même de continuer ses fonctions jusqu'à ce que les Etats mieux informés eussent déclaré ' « que son fils ne jouissait pas du privilège qui lui avait été promis » . Les intérêts de la république ne pouvaient être confiés à un diplomate qui fût mieux en mesure de les servir par sa bonne renommée.

Tandis que les Etats faisaient choix d'un ambassadeur aussi loyal que conciliant, et qui donnait au nouveau roi la plus complète satisfaction, Charles II renvoyait à la Haye l'intrigant ministre de Cromwell, Downing, connu par les sentiments hostiles qu'il n'avait cessé de témoigner aux Provinces- Unies. Compromis au service du

* WicQUEFORT, Traité de l'ambassadeur et de ses /onctions, p. 342. 2 Résol. Étati de Hollande, 10 août 1661. 8 Ibid., 20 mai 1661.

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parti républicain, il n'avait pas attendu la restauration pour se ménager la faveur de Charles II. Pendant que le prétendant se trouvait à la Haye, où, malgré la défense des États de Hollande, il était venu rendre secrètement visite cà sa sœur, un personnage déguisé avait été introduit auprès de lui. Downing, s'étant fait reconnaître, pria le prétendant de lui pardonner un rôle que le malheur des temps lui avait imposé, et lui conseilla de s'éloigner sans retard, les Etats ayant promis de le livrer à Cromwell. D'après le même récit, Charles II, profitant de l'avertissement, serait parti en grande hâte, et Downing, pour le convaincre du service quMl prétendait lui avoir rendu, aurait envoyé des affidés chargés de l'arrêter après lui avoir laissé le temps de se mettre en sûreté \ A supposer que cette aventure ne fût qu'une fiction, Doxi/ning n'en prit pas moins ses mesures ^ pour rentrer en bonnes grâces auprès du nouveau roi parl'entremise de son beau-frère, mylord Howard, qui s'était ouvertement prononcé en faveur du parti royaliste. Après avoir eu avec lui un long entretien, Charles II le créa chevalier et lui promit de le laisser en possession de son emploi. Son retour à la Haye, signalé, dès son arrivée, par de nouvelles contestations d'étiquette % fit promptement reconnaître, ainsi qu'écrivait de Witt '*, que u les Anglais restent toujours Anglais, et que les changements de gouvernement ne font pas changer leur humeur i) .

Le roi d'Angleterre semblait d'ailleurs ne s'être prêté aux négociations que pour essayer de pourvoir à ses embarras financiers, et il s'adressait vainement à Beverwaert * pour obtenir que les Etats lui prêtassent plusieurs millions de florins. Les contestations qu'il soulevait ne permettaient d'espérer aucun accord. Ne voulant pas dérogerauxprétentions de Cromwell, Charleslirefusait de consentir à laisser exercer le droit de pêche dans un rayon de dix lieues le long des côtes, au grand préjudice du commerce des Provinces- Unies. Leurs pêcheurs avaient même été violemment chassés de la mer britannique, et les Etats généraux ne pouvaient faire écouter

1 Cerisier, Histoire des Provinces-Unies , t. VI, p. 555, d'après un journal anglais de 1779.

2 L. de Thou, 27 mai et 3 juin 1660.

^ WicQL'EFORT, Traité de V ambassadeur et de ses fonctions , p. 434.

^ L. man. de Wi(t à Amerongen, 27 janvier 1661.

^ L. Beverwaert à de Witt, 3 septembre, l^' octobre 1660.

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