‹ Jean De WittChapitre 135 sur 264 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

leurs plaintes, a J'ai déclaré à Do wning^^ , écrivait fièrement de Witt\ ce qu^avant de reconnaître cette souveraineté imaginaire sur les mers, ou bien avant de recevoir des Anglais, à titre de concession, la liberté de navigation et de pêche qui nous appartient par le droit naturel, nous aimerions mieux verser la dernière goutte de notre sang. i> Un an plus tard , les négociations qui ne semblaient plus laisser aucun espoir de succès étaient heureusement conclues. Beverwaert, obligé par la santé de sa femme de revenir en Hollande, et découragé par le mauvais accueil fait à ses propositions, avait tristement renoncé à achever l'œuvre de son ambassade ^. Les autres plénipotentiaires restés à Londres après son départ venaient même de recevoir un ordre de retour immédiat % quand le gouvernement anglais se décida à leur donner la satisfaction si longtemps attendue. Aux termes du traité*, la liberté de la pêche était rendue aux habitants des Provinces-Unies; d'autre part, le salut du pavillon cessait d'être contesté aux vaisseaux du roi d'Angleterre dans les mers britanniques, et comme réparation des pertes que la Compagnie des Indes orientales avait pu faire souffrir aux Anglais, l'ile de Pouleron leur était restituée. Enfin, les deux puissances s'engageaient à ne donner ni asile, ni protection aux exilés et aux rebelles qui chercheraient un refuge sur le territoire de FAngleterre ou des Provinces-Unies. Nul engagement ne fut pris en faveur du prince d'Orange, et Charles II, après avoir ainsi renoncé à imposer ses exigences, renouvela les déclarations les plus favorables, ce Si nous vous cédons l'honneur d'avoir commencé les premiers à exécuter le traité tî, écrivait-il aux États généraux^ pour les remercier de lavoir remis en possession de l'île de Pouleron, « nous aurons au moins l'honneur de le continuer, et de faire paraître par nos actions que nous serons les derniers à l'enfreindre. « Le :grand pensionnaire de Witt se réjouissait de constater « qu'il ne se pouvait rien ajouter au contentement que les États avaient éprouvé des sentiments de confiance et d'amitié que Sa Majesté témoignait pour eux '^ » .

1 L. de Wilt à Beveraaert, 24 juin 1661.

*.L. Beverwaert à de Witt, 2 septembre 1661.

3 L. de Wilt à Van Hoorn, 5 septembre 1662.

* 4 septembre 1662.

^ L. de Charles II aux États généraux, 23 janvier 1663.

^ L. de Witt à Clarendon, 25 mai 1663.

Pour que des dispositions jusqu'alors si hostiles fussent devenues tout à coup si favorables, il avait fallu que le Grand Pensionnaire ne se laissât rebuter par aucun mécompte. Résolu à refuser au roi d'Angleterre toute concession qui pourrait mettre en péril la conservation du gouvernement républicain, auquel il avait juré fidélité, de Witt essaya d'obtenir ses bonnes grâces, en n'épargnant aucune démarche, en vue de s'assurer un appui efficace dans son entourage. Pour l'obtenir, il fit appel ^ à la reine de Bohême', tante de Charles II, à la cour duquel elle s'était retirée, espérant qu'elle se montrerait reconnaissante de l'hospitalité qu'elle avait reçue pendant son séjour en Hollande. Ayant reconnu qu'elle n'avait pas assez de crédit pour lui rendre les services qu'il attendait de sa protection, il tenta de gagner à prix d'argent l'un des ministres du roi, le marquis d'Ormond, qui, à l'ordinaire des courtisans, « promit beaucoup et ne fit rien ^55. L'appui qui fut donné par le comte de Clarendon fut plus sincère et plus efficace. « Je ne doute point 55 , écrivait de Witt au chancelier d'Angleterre après la conclusion du traité, « que vous ne donniez la dernière perfection à un ouvrage qui est proprement vôtre, et que vous ne soyez l'instrument qui lui fera produire les effets nécessaires pour la conservation et l'affermissement de la bonne amitié et correspondance entre les deux nations *. 55

La paix avec le Portugal, conclue par la pressante intervention du Grand Pensionnaire, donna en même temps au roi d'Angleterre qui venait d'épouser l'infante portugaise, la princesse Catherine, Tine satisfaction à laquelle il ne pouvait se montrer indifférent. La république avait refusé jusqu'alors de laisser au Portugal la conquête du Brésil qu'elle espérait toujours lui reprendre; mais les négociations avaient été brusquement arrêtées par la trahison de l'ambassadeur portugais , Ferdinand Telles de Faro, qui abandonna sa charge pour passer au service du roi d'Espagne. Elles furent reprises par le comte de Miranda, qui les fît réussir, malgré l'opposition

* L. de la reine de Bobême à de Witt, 14/24 juin 1661. — Voir Van Sypes- TEYN, le Prince de Nassau, p. 138, 139.

^ La reine de Bohême était la veuve de l'électeur palatin Frédéric V. Elle mourut en 1662.

3 WicQUEFORT, t. III, p. 48. Edition Chais Van Buren. La citation est plus complète dans l'un des manuscrits que dans l'édition imprimée.

* L. de Witt à Clarendon, 13 octobre 1662.

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