CHAPITRE V
de la Zélande et de la Gueldre, intéressées toutes deux à la Compagnie des Indes occidentales, et auxquelles l'abandon du Brésil était dès lors préjudiciable. Sous la pression de la Hollande, les Etats généraux, à la majorité des voix, votèrent le traité ^ , en faveur duquel s'était prononcé le président de semaine, Schulembourg, député de Groningue, qui fut accusé par les Etats de sa province de s'être fait acheter. D'après les conventions stipulées de part et d'autre, les Provinces-Unies, laissant le Brésil au Portugal, gardèrent les colonies portugaises dont elles s'étaient emparées dans les Indes orientales : en outre, les Etats généraux se firent promettre une indemnité de huit millions de florins, payables en seize ans, comme prix de leur renonciation au Brésil. L'échange des ratifications du traité ^ fut encore tenu en suspens pendant plus d'une année, par suite des intrigues de Downing, qui n'aurait pas voulu en laisser le mérite aux Etats généraux; mais la fermeté de Jean de Witt déjoua toutes les difficultés, et il put se prévaloir auprès de Charles II du concours efficace qu'il avait donné à la politique anglaise.
D'autres témoignages de bon vouloir ne lui parurent pas moins nécessaires pour satisfaire le roi d'Angleterre irrité de son opposition au rétablissement du stalhoudérat, et il se prêta à des complaisances dont sa bonne renommée a souffert. Depuis le retour du nouveau roi à Londres, de cruelles représailles avaient suivi les promesses d'amnistie, et le gouvernement anglais, impatient de les exercer, s'était plaint à plusieurs reprises de l'asile donné en Hollande aux juges de Charles I". Six mois après la restauration, l'ambassadeur français à la Haye, de Thou, écrivait^ : «On annonce que trois juges du feu roi sont à Amsterdam, et que si Charles II les réclame, on ne les lui refusera pas, mais qu'on les fera échapper. îj Cette information était exacte ; aussi Downing ne voulut-il pas se trouver pris au dépourvu, si la présence des régicides lui était signalée. Les États, malgré quelques hésitations combattues par de Witt, cédèrent à la requête que l'ambassadeur d'Angleterre leur adressa * , sans se douter qu'ils pussentavoir à s'en repentir, aucun proscrit ne se trouvant sur leur territoire. Conformément à sa demande, ils lui don-
ï Août 1661.
2 15 décembre 1662.
3 L. de Thou, 23 décembre 1660.
* Résol. secrètes, 6 août 1661.
nèrent en blanc un mandat d'arrestation, en chargeant le Grand Pensionnaire de le remplir, dès qu'il en serait requis. Cette violation du droit des gens était conforme aux mœurs du temps ; elle se pratiquait comme un don de roi à roi. Louis XIV venait de remettre à Charles II un réfugié anglais \ et quelques années après, il faisait enlever en Suède, par guet-apens, un agent protestant, Roux de Marsilly, qui fut impitoyablement exécuté à Paris. Toutefois, il semblait qu'une république qui se faisait gloire de donner asile à tous les bannis ne pouvait abandonner sans déshonneur son droit d'hospitalité, et ce fut au mépris de ses traditions qu'elle y renonça. Sept mois après le consentement donné si imprudemment à Downing par les Etats de Hollande, les trois juges de Charles P", que les magistrats d'Amsterdam lui avaient antérieurement soustraits, et qui s'étaient depuis réfugiés en Allemagne, revinrent secrètement à Delft pour y chercher leurs femmes, croyant n'avoir plus aucun danger à redouter. C'étaient Barghstead, ancien gouverneur de la Tour de Londres ; Corbet et Okey, qui avait été le bienfaiteur de Downing, en lui faisant obtenir, sous Cromwell, son premier emploi. Informé de leur arrivée, Downing, qui faisait bon marché de la reconnaissance, présenta sa requête au Grand Pensionnaire de Hollande^, en invoquant la dernière résolution des Etats, pour faire remplir le mandat en blanc qui lui avait été remis. De Witt, lié par ses instructions, ne crut pas pouvoir se dispenser d'y obéir, persuadé peut-être qu'avant d'être arrêtés, les trois anciens membres du parlement anglais auraient encore le temps de prendre la fuite. Mais Downing les avait fait surveiller de si près qu'il les empêcha de se dérober à ses recherches, et il les fit arrêter, avant de leur avoir laissé soupçonner le danger qui les menaçait. Il se hâta de demander leur extradition, et les Etats n'eurent plus la liberté de la refuser, à moins d'aller au-devant d'une déclaration de guerre. Vainement cherchèrent-ils à se décharger sur les magistrats de Delft ^ des ordres à donner, soit dans l'espoir de ménager aux prisonniers, par de nouveaux délais, une dernière chance d'évasion , soit pour s'épargner à eux-mêmes l'humiliation
' BuRXET, t. I", p. 448. (Édition 1827.) 2 16 mars 1668.
^ L. des bourgmestres et écheuins de Delft, 18 mars 1662; et résol. des Etats, ■21 mars 1662.