‹ Jean De WittChapitre 137 sur 264 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

de les livrer. Sans tenir compte des pressantes supplications qui leur furent adressées, et malgré la courageuse résistance de quelques-uns des députés de leur assemblée, ils firent remettre à Downing les victimes que la vengeance de Charles II attendait \ ce Ils voulaient 55 , écrivait de Witt au chancelier* Clarendon, u aller au-devant de ce qu'on ne pourrait leur demander qu'en vertu du traité » , dont ils espéraient ainsi hâter la conclusion.

Néanmoins cette faiblesse à laquelle le Grand Pensionnaire s'était laissé entraîner lui donnait des remords. « On verrait ici avec contentement", écrit-il à Tambassadeur Bevervi/aert , " que le roi d'Angleterre se laissât disposer à pardonner aux coupables, d'après l'intercession de Leurs Nobles et Grandes Puissances. Vous voudrez bien en faire une tentative discrète, et m'en donner avis; car cette intercession ne pourrait avoir lieu qu'avec la certitude probable de ne pas éprouver de refus ^ v Charles II se souciait peu de ces stériles désirs, et avant que l'ambassadeur de la république, convaincu de l'inutilité de toute démarche, eût osé demander grâce, les trois régicides étaient exécutés à Londres, ■comme coupables de haute trahison.

Une clameur d'indignation s'éleva dans les Provinces -Unies contre l'iniquité de cette condescendance, qui fut reprochée à de Witt comme un acte de lâcheté. Les ministres du roi d'Angleterre s'empressèrent * de lui manifester leur reconnaissance, dont Charles II ne lui épargna pas le témoignage compromettant. Le Grand Pensionnaire se sentait embarrassé par ces éloges, qui lui attribuaient le mérite de la satisfaction donnée à Downing. « J'aur^iis préféré ", écrit-il à Beverwaert % k qu'en manifestant son contentement, le roi ne m'eût pas nommé, ou qu'au moins vous eussiez bien voulu n'en pas faire mention dans votre dépêche. Mettant la gloire et le but de mes actions à défendre mes supérieurs les États de Hollande, je n'y pourrais pas réussir, si je ne faisais pas rendre en entier à Leurs Nobles et Grandes Puissances la justice qui leur est due. v Aussi, dans la lettre qu'il

1 Résol., 21 mars 1662.

2 L. de Witt à Clarendon, 11 avril 1662. ' L. de Witt à Beverwaert, 24 mars 1662.

^ L. Clarendon à de Witt, man. 28 mars 1662.

'^ L. de Witt à Beverwaert, 31 mars, 7 avril 1662.

adressa au chancelier Clarendon \ tout en dépassant la mesure des protestations les plus obséquieuses, se défendit-il d'avoir contribué à satisfaire Charles II, « autrement que par sa seule bonne volonté et en appuyant les bons sentiments qu'il avait reconnus dans les membres de l'assemblée « . Il n'entendait pas d'ailleurs laisser prise à de nouvelles exigences royales. Aussi avait-il fait insérer dans la délibération d'extradition «que l'autorisation donnée àDowning n'était valable que pour cette fois, et sans conséquence pour Tavenir » .

Ces concessions, si humiliantes qu'elles fussent, n'auraient peutêtre pas suffi pour ramener Charles II à l'alliance des Provinces- Unies : ce fut la crainte de l'union de la république avec la France contre TAngleterre, qui l'obligea à conclure avec les Etats généraux le traité qu'il leur refusait depuis deux ans.

Pour l'obtenir, les Etats généraux pressèrent le dénoùment des négociations commencées avec la France par leur ambassadeur ordinaire Boreel, et reconnurent la nécessité de le faire assister par un autre envoyé. Le mauvais état de ses affaires domestiques, la retraite dans laquelle il vivait avec sa femme, JacobaCarels, qualifiée, dans un récit contemporain ^, « de bonne et grosse bourgeoise « , de « vraie mère d'Amsterdam « , sa simplicité de vie exagérée, l'empêchaient d'entretenir les relations nécessaires à son crédit. « Un peu misanthrope et même hargneux » , disent de lui les contemporains, ce il aurait été mieux choisi pour une cour du Nord que pour celle de France. « Les Etats, qui ne voulaient pas le rappeler, en considération de ses longs services, désignèrent, en qualité d'ambassadeur extraordinaire, l'un de leurs plus habiles diplomates, Conrad Van Beuningen, qui les avait déjà représentés auprès du roi de Danemark pendant les guerres du Nord, et auquel le grand pensionnaire de Witt accordait toute sa confiance. Ils lui associèrent Jean de Ghent, député de Gueldre, rattaché aux intérêts de la Hollande, et Justus de Huybert, député de Zélande, pensionnaire de la ville de Zierikzée '.

Conrad Van Beuningen, qui avait fait apprécier son inflexible fermeté dans les négociations de la guerre du Nord, allait avoir

» L. de Wilt à Clarendon, 11 avril 1662. 2 Journal d'un voyage à Paris, p. 84.

^ II était le cousin germain de Pierre de Huybert, qui fut plus tard pensionnaire de Zélande.

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