CHAPITRE V
tudes qu'elle continuait adonner aux Provinces-Unies, le principal danger qu'il redoutait et qu'il avait déjà signalé quelques années auparavant dans une lettre confidentielle ', l'isolement diplomatique de la république , était désormais conjuré. Les deux traités qui avaient été successivement conclus avec l'Angleterre et avec la France, en laissant aux Etats généraux le libre choix des alliances, semblaient être le gage durable de la sécurité extérieure. La médaille qui en consacra le souvenir reproduisait dans l'exergue ce vers de Virgile : Deus nohis hœc otia fecit , et on y lisait ces mots sur le revers : La Paix, couronnée d'oliviers, unit les Provinces-Unies à la France ainsi qu'à la Grande-Bretagne, et cette union rend l'Etat florissant.
La politique persévérante du Grand Pensionnaire avait également accompli avec succès Fœuvre de la pacification intérieure. Il en avait cherché la garantie dans Tunion de la Hollande avec la Zélande. Pour faire réussir les négociations engagées entre les deux provinces, de Witt s'était assuré des dispositions du pensionnaire de Zélande, Adrien Veth, qui occupait cette charge depuis quatre ans, et avait acquis dans rassemblée des Etats de la province une autorité prépondérante. Il l'avait assoupli , en l'intimidant par la fermeté altière et un peu hautaine qu'il lui témoignait, si l'on en juge par là lettre ' dans laquelle il lui reprochait de n'avoir pas tenu. ses premiers engagements. « Mes sentiments sont tels » , lui écrivait-il, u que si j'avais l'intention de faire quelque chose que j'alléguasse nécessaire à mon honneur, je ne déclarerais à personne que je ferais le contraire : si une fois j'avais promis à quelqu'un de faire quelque chose, et si plus tard je me trouvais forcé de changer de conduite, je n'hésiterais pas un moment à lui en donner connaissance. Dans le cas où j'aurais pour ma part agi de telle sorte avec vous, vous pourriez dire à bon droit que c'eût été manquer de bonne foi; mais cela est entièrement contre ma coutume, et si une telle manière d'agir est la vôtre, je ne saurais pas trop si le vieux proverbe : Bien franc, bon Zélandais, vous serait appliqué avec raison, y) De Witt avait usé d'autre part des plus adroites prévenances pour le gagner aux intérêts de la Hollande, par la protection
» L. man. de Witt à son oncle Graeff de Zuidpolsbroeck, 18 août 1658 : Archives de la Haye.
2 L. man. de Witt à Veth, 23 juillet 1662 ; Archives de la Haye.
qu'il avait donnée à Tun de ses frères menacé d'être exclu de la cour provinciale '. L'ayant rendu son obligé, il en fit son auxiliaire*
L'accord des deux provinces fut dès lors facilement conclu. Les États de Hollande, pour satisfaire les Etats de Zélande, réglèrent à leur avantage les différends judiciaires que soulevait l'organisation de la cour de justice commune aux deux provinces : ils promirent en outre de renoncer en leur faveur à un certain nombre d'emplois qui dépendaient du clioix du prince d'Orange, et dont ils auraient la disposition, s'ils le reprenaient un jour sous leur tutelle. En retour de ces concessions, ils obtinrent que les Etals de Zélande s'engageassent non-seulement à ne pas choisir un stathouder, sans accord préalable avec la Hollande, mais encore à ne demander aux Etats généraux le rétablissement du fils de Guillaume H dans aucune des charges de ses ancêtres, avant ses dix-huit ans accomplis ^. La Princesse Douairière s'opposa vainement à ce compromis. D'après le témoignage d'un auteur contemporain', elle avoua que « l'acte d'exclusion du prince d'Orange, passé dix ans auparavant entre la Hollande et Cromwell, n'avait pas été plus funeste aux intérêts de son petit-fils « . En perdant l'appui de la Zélande, le parti orangiste semblait réduit à capituler, ci J'aurais souhaité me rendre utile au jeune prince 5), écrivait le comte d'Estrades; " mais je vois bien a présent que pour longtemps c'est une maison détruite *. i)
Un an plus tard, l'ambassadeur du roi de France témoignait publiquement, par sa conduite envers le dernier descendant des stalhouders, qu'il ne le considérait pas comme l'héritier de leur pouvoir. Il prenait pour prétexte une nouvelle querelle d'étiquette, pour lui refuser tout hommage. Leurs deux carrosses s'étant rencontrés de front dans la promenade de la Haye, la Voorhout, disposée avec des barrières pour la circulation des voitures, le prince voulut s'attribuer la place d'honneur, celle de droite, en passant le plus près de la barrière; mais le cocher du comte d'Estrades, faisant la même manœuvre , lui barra le passage. Ni l'un ni l'autre ne voulait céder, et la contestation faillit donner le signal d'une mêlée. Le peuple que la foire de la Haye mettait en fêle dans les
^ WlCQUEKORT, t. III, p. 96.
2 Résol. États de Hollande, 18 et 22 septembre 1662. ^ WicQUEFORT, t. m, p. 37.
4 L. d'Estrades, 22 mars 1663.