‹ Jean De WittChapitre 148 sur 264 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

rues de. la ville, s'attroupait autour des carrosses, et se disposait à prendre \/iolemment parti pour le prince, pendant que le comte d'Estrades faisait donner Tordre à toute sa suite de venir le rejoindre. Le Grand Pensionnaire de Hollande, prévenu du danger, accourut avec quelques députés des Etats, et tenant compte des plaintes de l'ambassadeur, il envoya chercher la Princesse Douairière, qui décida son petit-fils à descendre de voiture, sous prétexte de venir raccompagner \ Pour satisfaire le roi de France et éviter qu'un pareil différend ne se renouvelât , les Etats de Hollande s'empressèrent de faire un règlement qui obligeait tous leurs sujets , sans aucune exception , à suivre désormais le côté gauche, dans la promenade de la Haye. La prétention du prince d'Orange ne lui avait ainsi valu qu'une nouvelle humiliation.

Impatients de jouir à l'aise de leur suprématie, les Etats de Hollande entreprirent de la faire officiellement reconnaître, en décrétant un changement dans les prières publiques, telles qu'elles étaient récitées dans leur province : ils prétendaient les modifier, de façon à n'y pas laisser la préséance aux Etats généraux. De nombreux écrits favorables ou contraires à la révision du formulaire avaient été publiés. Celui qui eut le plus de retentissement était l'œuvre du cousin du Grand Pensionnaire, qui s'appelait également Jean de Wit ', et qui avait pris parti en faveur de la nouvelle liturgie, avec l'autorité que sa parenté lui donnait. Le Grand Pensionnaire ne l'avait pas encouragé à prendre une telle initiative; il n'avait aucun goût pour cette nouveauté; « elle lui fut imposée » , écrit l'ambassadeur de France % ^c par ses amis qui l'obligeaient quelquefois à parler contre son sentiment, et à leur faire des concessions sans lesquelles il n'aurait pas conservé son pouvoir » . A la suite de débats qui se prolongèrent pendant trois semaines, les Etats de Hollande enjoignirent à tous ceux des ministres ecclésiastiques qui élaient leurs sujets , de prier d'abord pour les Etats de la province, leurs seuls et légitimes souverains; ensuite, pour les Etats des autres provinces leurs alliés, et pour les députés qui les repré-

1 L. d'Estrades, man., 8 mai 1664. — L. Louis XIV à d'Estrades, 30 mai 1664 : Archives aff. étr.

2 Son nom patronymique, de Wit, s'écrivait seulement avec un seul t. ^ li. man. d'Estrades à de Lionne, 18 octobre 1663.

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sentaient à rassemblée de la confédération ' . Les États généraux , qui personnifiaient en quelque sorte Tunion et la souveraineté des Provinces-Unies, étaient ainsi déshérités du rapg qu'ils revendiquaient et qui leur avait jusqu'alors légalement appartenu, puisqu'ils décidaient de la paix et de la guerre, de la conclusion des traités, et même de la conservation de la religion. Leur suprématie n'en était pas moins contestable, puisque leurs résolutions pouvaient toujours être soumises au consentement des autres provinces. Sous l'apparence d'une nouvelle querelle, c'était toujours la même lutte qui continuait, telle que les États de Hollande l'avaient engagée contre le pouvoir fédéral dont ils refusaient de reconnaître la domination. Les autres provinces, qui ne pouvaient éviter leur assujettissement aux États de Hollande qu'en leur opposant l'autorité des Élats généraux, s'empressèrent de répondre à l'appel des États de la Frise qui leur dénonçaient cette usurpation de pouvoir. Les États de Hollande ne tinrent aucun compte de leurs protestations, et pour les dissuader de toute résistance inutile , leur adressèrent un message^ savamment étudié : Jean de Witt l'avait rédigé, en se faisant assister par l'un des pasteurs de Dordrecht, Jacob Lydius ^ Dans ce manifeste, qui lui valut les plus flatteurs éloges du roi de France ^ , le Grand Pensionnaire exposait aux autres provinces qu'il ne s'agissait pour la Hollande que d'un règlement à l'usage de ses habitants, et pour les rassurer sur la portée de la nouvelle forme de prières, il leu» représentait qu'elles gardaient intact le droit d'en user à leur convenance, pour la conservation ou la révision de l'an- ^ cienne liturgie. Les précautions qu'il fit prendre pour ne pas laisser ces contestations politiques dégénérer en controverses théologiques, et pour empêcher le clergé calviniste d'y prendre part, enlevèrent tout prétexte aux passions religieuses et assurèrent la facile exécution des ordres donnés par les Etats.

Habitué à ne considérer comme superflue aucune mesure de prévoyance, le Grand Pensionnaire de Hollande avait soin d'entretenir dans l'assemblée de la province la confiance et l'accord.

1 Résol. Hollande, 13, 21 mars et 27 avril 1663. '^ 4 octobre 1663.

3 L. man. J. de Witt, 20, 25, 28, 30 juin 1663. L. raan. Lydius à de Witt, 19 juin 1663. Archives du royaume,

^ L. man. de Lionne à d'Kstrades, 9 novembre 1663. Arch. aff. étr.

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