CHAPITRE V
Dans cette vue, il fît voter ^ l'acte connu sous le nom à' Acte d'indemnité^ destiné à garantir protection et réparation aux ministres et députés qui éprouveraient quelque dommage au service de la Hollande, aussi bien qu'à leurs veuves et a leurs enfants. D'autre part, il donna satisfaction aux nobles, en leur faisant attribuer dans leurs domaines certaines prérogatives du pouvoir judiciaire '. Il intervint avec la même sollicitude pour concilier les prétentions rivales des villes qui se disputaient le droit d'être représentées par leurs députés dans les différents collèges de la confédération ^ La nécessité d'assurer à la république les ressources nécessaires à la défense commune ne lui paraissait pas moins impérieuse, et sous son inspiration, les Etats généraux résolurent * d'obliger les provinces qui ne payeraient pas leurs subsides, à les acquitter, fût-ce par voie de contraint e . Aucun succès ne manqua à sa politique, quand il eut fait nommer ' secrétaire du conseil d'État fédéral Govert Van Slingelandt ", qui s'était signalé par le succès de ses négociations en Danemark et en Suède pendant la guerre du Nord : cette nomination donnait en effet une nouvelle garantie à la prépondérance des Etats de Hollande, qui trouvaient également leur plus fidèle auxiliaire dans le greffier des Etats généraux, Ruysch. Ruyscb, de Witt et Slingelandt, qui avaient été tour à tour pensionnaires de Dordrecht, occupaient désormais les trois principales charges de la république, et leur triumvirat rendait les États de Hollande maîtres du gouvernement de la confédération. Le prince Guillaume-Frédéric de Nassau, qui seul aurait pu leur disputer cette domination, ne recherchait plus que leurs bonnes grâces et se mettait à leur service \
Assuré de la reconnaissance des États ses maîtres, de Witt pouvait jeter un coup d'œil satisfait sur le passé , et un regard confiant sur l'avenir. « Jamais » , écrit un contemporain *, « les États n'ont
» Résol. Hollande, 19 juillet 1663.
2 Résol. Hollande, 5 mai 1661.
^ Résol. Hollande, juillet 1661 et septembre 1662. * Résol. Etats généraux, 2 mai 1663.
& 6 mai 1664.
^ Il remplaçait Jean Teek, député de Groningue. Il était marié en secondes noces à la fille du secrétaire des Etats de Hollande, Beaumont. "^ L. de Witt au prince de Nassau, 7 mai 1664. ^ L. man. Wicquefort à de Lionne, 11 octobre 1663 : Archives aff. élr.
témoigné tant d'amitié ni tant de satisfaction à leur Grand Pensionnaire, qu'ils ne l'ont fait en se séparant la dernière fois, les nobles et les villes l'ayant remercié avec une affection tout extraordinaire, de sorte qu'au lieu que ci-devant il y avait des villes qui parlaient encore pour les intérêts du prince d'Orange, il n'y en a pas une qui ne parle aujourd'hui de la souveraineté et de la liberté de la province de Hollande. ')
La récompense de ses services venait de lui être donnée par sa réélection comme Grand Pensionnaire -, et c'était pour la deuxième fois qu'il obtenait ainsi le renouvellement de son mandat. Six semaines plus tard, ayant demandé et reçu l'autorisation du conseil de Dordrecht*, Jean de Witt reprit pour cinq années l'exercice de son ministère. Les Etats s'empressèrent de lui accorder une nouvelle garantie d'indemnité et confirmèrent la promesse de lui réserver, à l'expiration de ses fonctions, un siège à l'une des cours de jusiice de la province, « qu'il se ménageait comme une retraite sûre et honorable ^55 . Déjà, depuis trois ans *, il avait joint à sa charge celle d'intendant ou président de la cour des fiefs et de conservateur du grand sceau, dont l'ancien grand pensionnaire Cats était resté longtemps en possession, sans avoir cessé jusqu'à sa mort ^ d'en conserver le traitement, qui était de trois mille florins. Obligé, pour devenir intendant des fiefs, de justifier qu'il était propriétaire de biens-fonds, de Witt fit emploi de la dot de sa femme, pour acheter ® quatre terres ou seigneuries dans la province de Hollande % et obtint ainsi l'investiture de sa nouvelle charge^.
Les pouvoirs qu'il exerçait avaient profité à sa famille. Dans l'année même qui avait suivi sa première nomination comme Grand Pensionnaire, la charge de ruard ou bailli de Putten, l'une des plus importantes de la province par l'étendue des attributions qu'elle conférait, avait été donnée à son frère Corneille, échevin de Dor-
1 28 juillet 1663.
2 15 septembre 1663.
3 L. Wicquefort, 22 novembre 1663 : Archives aff. étr.
^ Résol. Hollande, 5 mai 1660. — L. man. de Tbou, 13 mai 1660 : Archives aff. étr. — L. Vof^elsangh à de Witt, 15 mai 1660,
5 Septembre 1660.
6 22 octobre 1660.
"^ C'étaient celles de Zuid et Noord-Linschote. ^' Résol. Hollande, 20 juillet 1654.