‹ Jean De WittChapitre 152 sur 264 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

imprimer ^ De Witt aurait mis à profit cette communication pour corriger le manuscrit et y ajouter deux chapitres. Cette déclaration est confirmée par le manuscrit même, tel qu'il a été retrouvé ^ : il porte la trace calligraphique de la révision de plusieurs passages que le Grand Pensionnaire lui-même avait corrigés '.

Quant à l'addition des deux chapitres, s'ils n'ont pas été écrits de sa main , ils n'en sont pas moins son œuvre : Delacourt a pris soin de faire savoir, par une note ajoutée à son manuscrit, qu'ils doivent lui être attribués. En outre , dans la préface de la seconde édition, il s'en reconnaît expressément redevable «à des gens trèsillustres, et versés si à fond dans la connaissance de toutes les affaires concernant les Provinces-Unies et le gouvernement de la Hollande, que toutes les affaires mentionnées dans ces chapitres ont passé par leurs mains m . Il déclare que « le mérite doit en être reporté à celui qui a fait lui-même ce dont il parle )) . Enfin, l'examen du manuscrit peut faire constater qu'un des chapitres composés par Delacourt, et qui est resté inédit, est remplacé dans l'ouvrage par deux autres qui s'y trouvent substitués : ce sont ceux qui portent les numéros xxix et xxx *, et qui ont pour titres ; Des raisons pour lesquelles la liberté n'a pas fait obtenir plus d'avantages depuis la mort du prince d'Orange. — Des bons fruits que les commencements d'un bon gouvernement ont produits.

Aussi fut-ce sous le titre habilement choisi de Mémoires de Jean de Wittj que parut, dans le siècle suivant % la traduction française de la deuxième édition AqV Intérêt de la Hollande^, quoique la préface de Delacourt conservée en tête de la traduction, donnât un démenti à cette prétendue origine. En outre, certaines parties du livre, dans lesquelles la Hollande était invitée à se désintéresser des affaires extérieures, en abdiquant tout rôle au dehors, sans aucun souci des alliances et des traités, sont en contradiction si manifeste avec la politique du Grand Pensionnaire, si énergique, si scrupuleuse et

1 II résulte de pièces authentiques que le manuscrit de Delacourt fut envoyé, à J. de Witt le 10 juillet 1661. Le manuscrit porte de nombreuses corrections de la main de J. de Witt.

'•^ Il appartenait à la bibliothèque du professeur Tydeman, à Leyde.

3 Voir article de M. Fruin : de Gids, 1865, t. II; et article de M. Veegens : DE Gids, 1867, t. I.

'' Les chapitres xxix et xxx de \ Intérêt de la Hollande sont les chapitres ru et v, et le chapitre vi de la troisième partie, Des principes et maximes politiques.

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si prévoyante, ainsi que sa correspondance en témoigne \ que cette comparaison suffirait pour empêcher d'attribuer à de Witt Pouvrage tout entier. Au contraire, les deux chapitres dont il est l'auteur ne font que résumer les doctrines et les opinions dont il avait fait le programme de sa vie publique. Dans l'un, il relevait les griefs qui pouvaient être imputés au gouvernement des stathouders, auxquels il reprochait la prolongation inutile de la guerre contre l'Espagne, l'excès des dépenses militaires, l'abaissement de la puissance navale des Provinces-Unies, et la préoccupation des intérêts dynastiques, préférés à ceux de la république. Dans l'autre chapitre, de Witt faisait valoir les services rendus par les États de Hollande, depuis qu'ils avaient en quelque sorte hérité du pouvoir des stathouders. Les titres de confiance qu'il revendiquait en leur faveur étaient la réduction des rentes et la diminution de l'armée, qui devaient permettre de dégrever les impôts de consommation et d'amortir la dette, dont le remboursement ne devait pas dépasser une période de trente ans ^. L'apaisement pacifique des différends intérieurs, l'augmentation considérable des ressources navales et les garanties de sécurité qui en résultaient, complétaient cette apologie.

En donnant ainsi à l'ouvrage de Delacourt une collaboration qui ne laisse prise à aucun doute, de Witt avait publié le manifeste destiné à justifier le changement du gouvernement. 11 avait tenu à mettre en regard les reproches adressés aux derniers stathouders et les éloges donnés aux nouveaux maîtres du pouvoir. La satisfaction patriotique qu'il témoignait de l'œuvre déjà accomplie pendant son ministère paraissait pleinement justifiée. Le parti dont il était le chef avait depuis dix ans gouverné la république , et en glorifiant la politique de la Hollande, après Tavoir glorieusement dirigée, le Grand Pensionnaire faisait de ce panégyrique comme un bulletin de victoire écrit par le vainqueur.

^ Voir notamment L. de Witt à Beverwaert, 24 juin 1661, t. IV, p. 144. — L. de Witt à Slingelandt, 4 août 1639, t. VI, p. 98; et L. de Witt à Heinsius, 31 octobre 1661, t. VI, p. 524. (Extraits de l'ouvrage de M. Van Rees sur Delàcourt.)

2 Voir DE GiDs, 1867, article de M. Veegens. Cette remarquable étude donne l'exposé le plus complet de la question.

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