CHAPITRE VI
déclarait plus tard ' « qu'il avait jugé que la république devait renoncer à rester un Etat libre, si elle cédait sur un point où les Anglais eux-mêmes savaient qu'ils n'avaient aucun droite), « Il serait préférable » , écrivait-il ' au prince de IVassau, « de résister jusqu'à toute extrémité, pour ne pas rendre celte nation plus insolente encore, suivant l'ancien proverbe : Supporter trop facilement de vieilles injures, c'est s'en préparer de nouvelles. »
La cour d'Angleterre faisait volontiers bon marché de pareilles prétentions. « Qu'a-t-on besoin », disait Monk, « d'insister sur la restitution de deux vaisseaux? Il s'agit de bien autre chose : il faut que la nation anglaise étende son commerce. — Faut- il donc 1) , lui répondait Tenioyé de la république, a qu'on y sacriGe celui des Hollandais? Le commerce est pourtant un trésor qui s'enrichit du travail de chacun. — Oui îî , repartit Monk ; « mais il faut, coûte que coule, que notre nalion y trouve sa part, ou autrement la paix ne durera pas ^ w
C'était pour rendre la guerre populaire que Charles II avait engagé une querelle de procédure indigne d'un grand pays, mais à laquelle le caractère anglais se prêtait. « Cette nation 5) , écrivait l'ambassadeur des États à Londres *, « est pleine de fantaisies et entêtée dans ses fantaisies, d'humeur altière, par-dessus tout, opiniâtrement disputeuse, et y mettant une sorte de gloire, i? Ne pouvant toutefois donner ainsi une satisfaction suffisante à l'amourpropre national, le roi d'Angleterrre entreprit de provoquer avec éclat les hostilités, en se rendant maître, sans déclaration de guerre, des colonies de la république qui faisaient une redoutable concurrence au commerce de son royaume.
Depuis un demi-siècle, les Hollandais avaient fondé sur les côtes d'Afrique et dans l'Amérique septentrionale des établissements qui y prospéraient. Ne croyant pas avoir à craindre en pleine paix des attaques du dehors, ils venaient de rappeler l'escadre de Ruyter, qui avait croisé pendant deux ans dans la Méditerranée, pour y châtier glorieusement les déprédations des corsaires barbaresques. Tandis qu'elle rentrait dans les ports de Hollande, vingt-quatre
* L. Temple, 10 octobre 1667.
2 L. de Witt au prince de Nassau, 24 mai, 6 juin 1664. 8 L. Van Gogh à de Witt, 20 juillet 1664.
* Ibid., 22 août 1664.
vaisseaux anglais étaient envoyés en Afrique, sous le commandement de Robert Holms, pour y faire une véritable expédition de pirates. Holms commença par saisir onze vaisseaux marchands qu'il rencontra sur sa route; puis, au commencement de Tannée 1664, il s'empara de Tîle de Gorée, du cap Vert, et de la plupart des places qui appartenaient aux États généraux dans ces parages. Poursuivant sa course sur la côte de Guinée, il y compléta de faciles conquêtes, en les souillant par des massacres qui laissèrent la trace sanglante de la domination anglaise. Se dirigeant ensuite vers l'Amérique du Nord, il occupa les îles de Tabago, de Saint-Eustache et de la Nouvelle-Hollande, qu'il appela la Nouvelle-York, en l'honneur du frère du roi d'Angleterre '. Loin de désavouer ces violences, le gouvernement anglais, tout en feignant de n'en être pas instruit, revendiquait le droit de recouvrer des possessions auxquelles il prétendait, soit en invoquant pour les territoires de Guinée un prétendu don du roi de Portugal, soit en alléguant que les territoires d'Amérique étaient une ancienne concession du roi Jacques I" au comte de Sterling, l'un de ses sujets. L'opinion publique encourageait cette politique oflensive. Dès l'ouverture du Parlement, la Chambre des communes avait présenté une adresse au roi, pour lui faire valoir « la nécessité de protéger le commerce anglais contre la concurrence étrangère « . Quand le Parlement fut prorogé, l'orateur, en remerciant le roi , lui recommanda les intérêts de ses sujets, et la ville de Londres lui prêta un million pour Tarmement d'une flotte dont la destination était facile à prévoir.
En recevant les premières nouvelles de cette violation du droit des gens, les Etats généraux firent un nouvel essai de conciliation auquel le roi d'Angleterre semblait tenir. En effet, Charles II avait témoigné, dès l'année précédente, le mécontentement que les Etats lui donnaient, en ne s'élant fait représenter auprès de lui par aucun ambassadeur, depuis la conclusion du dernier traité. Il avait interdit à ses ministres tout rapport avec le secrétaire de leur ambassadeur, resté à Londres, en qualité de résident , et lui avait fait savoir qu'il ne recevrait plus de communications diplomatiques que par l'entremise de son envoyé à la Haye , Downing. Pour le satisfaire, les Etats généraux pressèrent la Zélande, qui avait droit à la désignation de l'ambas-
« Mai 1664.