CHAPITRE VI
sadeur d'Angleterre , de faire un choix qu'elle avait jusqu'alors retardé. L'ambassade, qui semblait d'abord réservée à Boreel, neveu de l'ambassadeur en France, fut donnée à Michel Van Gogh ' , pensionnaire de Flessingue , qui avait déjà pris part en Angleterre, avec Beverwaert, aux négociations du dernier traité. Pour lui ménager un accueil favorable, les Etats généraux , « qui n'avaient pas grande confiance dans sa capacité fort médiocre * w , le firent accompagner par le colonel Killegrew. d'origine anglaise, ami et parent de Monk.
Fidèles à leur politique pacifique, ils ne cherchaient qu'à éviter toute occasion de répondre aux provocations. Ils venaient ^ de renvoyer Ruyter, avec douze vaisseaux, dans la Méditerranée, pour imposer les conditions de la paix aux pirates algériens qui les avaient violées. Ruyter rencontra le vice-amiral anglais Lawson qui revenait avec sept navires d'une croisière dans les mêmes parages. Il le salua de ses bordées et abaissa son pavillon; Tamiral anglais répondit au salut, mais ne descendit pas le pavillon. Ruyter indigné résolut de ne plus amener le sien, alléguant qu'il n'était pas dans les mers britanniques, et déclara qu'il se croirait désormais autorisé à s'abstenir, d'après un ordre verbal qu'il aurait reçu. De Witt fut informé de la conduite que Ruyter se proposait de tenir, par le commissaire des Etats sur la flotte, M. de Mortaigne; il répondit* aussitôt, au nom des États de Hollande, qu'on devait s'en tenir rigoureusement à l'observation du traité. Il ajoutait que le salut du pavillon ne devait pas être limité aux mers britanniques , parce qu'il pourrait être ainsi interprété comme une reconnaissance de leur assujettissement à la domination anglaise. Il n'hésita même pas à désavouer Ruyter, en représentant qu'un officier accoutumé à recevoir ses ordres par écrit ne pouvait être dispensé du salut par un ordre verbal , et prévoyant le cas où l'amiral Lawson refuserait une seconde fois d'abaisser son pavillon, il signifia qu'on devrait se contenter d'en prévenir les Etats.
Ne voulant négliger aucune des précautions destinées à pré-
1 Juin 1664.
2 WicQUEFORT, t. III, p. 132 et 134.
3 Mai 1664.
* L. de Witt à M. de Mortaigoe, 22 juillet 1664.
328 JEAM DE VVITT.
venir une brusque rupture, le Grand Pensionnaire de Hollande essayait en même temps de tirer parti des négociations commencées. Malgé Tinexpérience de Van Gogh^ de IVitt avait confiance dans son intervention diplomatique. « Nous avons appris avec plaisir votre arrivée », lui écrivait-il', « et nous espérons que vous aurez occasion de convaincre le roi et ses ministres de Finjustice de leurs prétentions. 15 Son désir de conciliation ressort avec la même évidence de la lettre qu'il écrivait à l'ambassadeur des Provinces-Unies en France, Boreel ' : « Les Etats de Hollande ont jugé que pour se mettre la conscience en repos devant Dieu et devant les hommes, dans le cas où les choses en viendraient à la dernière extrémité, il était bon de céder, autant qu'on pourrait, toutes les fois qu'il y aurait du pour et du contre. «
Ce désir d'entente ne faisait pas perdre de vue au Grand Pensionnaire de Hollande la nécessité impérieuse d'une réparation. u Sans satisfaction pour l'attentat commis en Guinée lî , écrivait-il à Van Gogh, * « il serait impossible d'attendre la paix, n Cette satisfaction étant vainement demandée , et Downing ne cessant de l'éluder par des promesses illusoires, les Etats généraux résolurent de ne pas se laisser impunément attaquer. Ils décrétèrent ^ l'armement de douze vaisseaux destinés à la défense de la Guinée, quoique Downing annonçât «que leur sortie du port équivaudrait à une déclaration de guerre » . Cette résolution une fois prise ne semblait pouvoir être suivie d'exécution, avant que Tordre du départ eût été donné à la flotte anglaise, etlui eûtainsi permis de devancer l'escadre des Etats.
De Witt entreprit de précipiter l'expédition projetée, en la dissimulant, afin d'empêcher l'Angleterre de s'y opposer. Quels que fussent les obstacles qu'il rencontrât, sa dextérité d'esprit et sa décision de caractère lui permettaient de trouver toujours les expédients qui pouvaient assurer la prompte exécution de ses desseins, a Tant qu'il avait cru 5? , comme l'écrivait plus tard l'ambassadeur de France à la Haye * , « pouvoir sortir de l'aflaire d'Angleterre par la voie des
* L. Louis XIV à d'Estrades, 18 septembre 1665.
2 L. de Witt à Van Gogh, 27 juiu 1664.
3 L. de Witt à Boreel, 12 juin 1664. L. de Witt au prince de iVassau, juin 1664, man.
* L. de Witt à Van Gogh, 27 juin 1664.
* Résol. États généraux, 9 août 1664.
^ L. Pomponne, man., 5 octobre 1669 : Archives aff. ëtr.