‹ Jean De WittChapitre 161 sur 264 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

générale qui interdisait la sortie des bâtiments construits pour le compte des puissances étrangères, l'emploi de toutes les forces navales de la république leur étant indispensable contre TAngleterre. Ils se contentaient d'offrir la réparation pécuniaire du préjudice qui pourrait en résulter. Le roi de France s'en tenait impérieusement à ses exigences. Après avoir vainement tenté de les éluder par des offres de conciliation, les États s'y soumirent, afin de lui enlever tout prétexte de mécontentement \

De Witt était trop prévoyant et trop fidèlement instruit par ses correspondances diplomatiques des secrètes dispositions du gouvernement français, pour n'avoir pas ressenti des alarmes bien justifiées. Sescraintes augmentèrent, quand il apprit qu'un envoyé de Charlesll était venu en France à la dérobée et avait été secrètement reçu par Louis XIV. Il reconnut néanmoins la nécessité de dissimuler ses soupçons, ce Deux députés de Haarlem et de Dordrecht ayant lu des lettres qui annonçaient l'accord des deux rois, il leur dit en pleine assemblée que ces lettres étaient fabriquées par Downing, pour entretenir la mésintelligence entre la France et la république, ajoutant que le roi de France était le père de leur Etat, et qu'il n'abandonnerait pas ses enfants *. ^ En outre, il ne cessait d'adresser à l'ambassadeur de Louis XIV des représentations à la fois énergiques et conciliantes', dans l'espoir d'obtenir ainsi les conditions équitables d'un accommodement avec l'Angleterre. Mais l'opinion publique ne se laissait pas abuser par le double jeu de la diplomatie française. « On ne doute plus w , écrivait d'Estrades*, « que les longueurs qui paraissent dans l'examen de Votre Majesté, pour savoir lequel des deux peuples est l'agresseur, ne soient un indice que Votre Majesté ne veut pas les assister, et qu'elle les laissera s'engager avec l'Angleterre pour profiter de leurs débris. C'est ainsi qu'on en parle dans les assemblées et dans toutes les compagnies <le la Haye. «

Les Etats généraux étaient donc obligés de se suffire à eux-mêmes. « Quoique l'on puisse encore espérer que le roi de France s'acquitte

1 L. de Witt à Van Beuningen, 9 avril 1665.

2 L. d'Estrades, 11 décembre 1664.

3 L. man. de Witt à d'Estrades, 12 mai, 28 mai 1665. Voir Combks, Correspondance française de Jean de Witt : Mélanges historiques, 18r3, p. 249.

4 L. d'Estrades, 5 février 1665.

de ses obligations w, annonçait résoîùment de Witt à Van Beuningen \ «cependant Leurs Hautes Puissances agissent comme si elles devaient agir seules, et mettent leur espoir en la grâce de Dieu. ^ — «Nous n'avons plus de ressources qu'en nos forces o , disait-il à d'Estrades avec une fière résignation, a et les remontrances ne servant plus de rien, les Etats attendront que ce soit de lui-même que le roi de France exécute le traité^. 55 Ainsi, au moment oîi la république, naguère Palliée de l'Angleterre et de la France, était attaquée par Cbarles II et avait dès lors plus que jamais besoin de l'alliance de Louis XIV, elle semblait réduite à en désespérer.

La confiance du Grand Pensionnaire n'était point ébranlée par cet isolement inattendu. Les préparatifs de la guerre, auxquels il donnait des soins assidus, avaient été conduits avec vigueur et prévoyance, sans être ralentis par le fléau de la peste qui sévissait dans les principales villes et enlevait dans Amsterdam jusqu'à quinze cents personnes dans une seule semaine. Les Etats généraux avaient donné tous leurs soins aux armements maritimes par la construction d'un grand nombre de vaisseaux et par de nouveaux enrôlements de matelots \ L'armée de terre était en même temps réorganisée et augmentée. La crainte d'une guerre avec Charles II obligeait les Etats à licencier les troupes anglaises et écossaises ^ qui étaient engagées à leur service. Toutefois ils avaient conservé sous les drapeaux de la république les officiers et soldats qui refusaient d'être rapatriés en Angleterre, et après leur avoir fait prêter un nouveau serment de fidélité % ils les répartirent en trois régiments qu'ils firent commander par des colonels investis de leur confiance ^. Cette réduction des troupes étrangères fut compensée par de nouvelles levées qui permirent d'augmenter l'effectif des compagnies, ainsi que le nombre des régiments, et de créer un corps de troupes de marine fort de 6,900 soldats d'élite. L'armée, qui ne comprenait plus que 25,000 hommes, fut désormais portée à 32,000 '. Les États généraux pourvurent avec la même prévoyance aux

1 L. de Witt à Van Beuningen, 19 février 1665.

2 L. d'Kstrades, 16 avril 1663.

3 De Jonge, Histoire de la marine néerlandaise, t. I, p. 633.

^ Elles formaient sept régiments, dont quatre anglais et trois écossais.

5 Février 1665.

^ Dolman, Kilpatrick et Acker.

' 6,600 fantassins et 800 chevaux.

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