CHAPITRE VI
ressources financières. Ils votèrent un fonds Je 24,000 tonnes cVor \ représentant 2,400,000 florins, affecté aux dépenses de la guerre, et établirent sur les vins et les vinaigres un impôt qui ne devait servir qu'à la construction de nouveaux vaisseaux. La province de Hollande donnait Texemple de tous les sacrifices. Sur les vingtquatre tonnes d'or réparties par les Etats généraux entre les sept provinces, elle en prenait quatorze à sa charge (1,400,000 florins), et ne reculait ni devant les impôts ni devant les emprunts, pour suffire aux dépenses extraordinaires dont elle était obligée de supporter le poids. Le budget des recettes dont elle disposait en temps ordinaire était de 13,672,890 livres ^, sur lesquelles 2,672,890 livres étaient prélevées pour les amirautés. Pour y ajouter de nouvelles ressources, les États de Hollande rétablirent l'imposition du deux centième denier, qui, levée dans la première guerre contre l'Angleterre, avait été, aussitôt après, abaissée au millième denier; mais le recouvrement était difficile, et la recette, qui resta de moitié au-dessous de la prévision, ne donna que 1,200,000 livres ^ Le péage des routes et canaux fut également surélevé, et produisit plus d'un million par an, par suite du grand nombre de passagers, qui s'élevaient annuellement jusqu'à 40,000 pour les bateaux faisant le trajet d'Amsterdam à Haarlem "" . Un nouvel impôt fut établi, celui des fours et cheminées ^; il produisit 600,000 livres. L'impôt foncier fut doublé. Les nouvelles ressources ainsi demandées aux contribuables ne suffisaient pas, quoiqu'elles fussent évaluées à 11 millions. Il fallut faire usage des fonds qui depuis dix ans étaient régulièrement affectés à l'amortissement, et malgré leur loyale répugnance à grever l'avenir, les Etats ne purent échapper à la nécessité des emprunts. Un premier emprunt de 4 millions fut voté avec constitution de rentes à 4 pour 100, et à 6 pour 100 pour rentes viagères ®. Quatre mois plus tard ^, il fut complété par un second d'un nouveau million. L'année suivante,
1 La tonne d'or valait 100,000 florins.
2 Principes et maximes politiques de Delacourt, p. 16.
3 Ihid,
4 Ibid.
^ La taxe des fours était de 4 francs; celle des cheminées, de 2 francs, 6 RésoL États de Hollande, 3 février 1665 et l^r avril 1665. ' Résol. 24 juillet et 1" août 1665.
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trois autres se succédèrent' : le premier, tVun million^; le second, de 500,000 florins^; le troisième, d'un nouveau million'*. Lu guerre d'Angleterre augmenta ainsi la dette de huit millions de florins. De toutes parts, l'empressement le plus patriotique se manifestait pour répondre à cet appel. Les régences des villes donnèrent toutes leur consentement; elles pressèrent les recouvrements des impôts, et quelques-unes s'offrirent même d'en faire les avances. Le receveur d'Amsterdam déclarait que si un versement de vingt millions lui était demandé, « il les recevrait en autant de temps qu'il faudrait pour les compter^ i) . Les régents de cette ville se déclarèrent prêts à interrompre tout commerce pendant un an, en faisant passer au service de TÉtat les 12,000 matelots et les nombreux bâtiments employés par la marine marchande •*. L'intérêt public imposait le sacrifice de tous les intérêts privés, et le faisait généreusement accepter.
De Witt ne se contentait pas d'encourager le zèle patriotique dont les États de Hollande faisaient preuve pour mettre la république en mesure de pourvoir ainsi aux charges de la guerre. Il n'épargnait aucune démarche pour obtenir de la part des autres provinces un concours aussi empressé. Les provinces maritimes partageaient l'ardeur de la Hollande, et les Etats de Frise, que Downing représentait à Charles II «comme ne devant pas contribuer aux frais de la guerre ^^ , avaient recours à l'emprunt pour anticiper le payement de leur contingent. Mais les provinces qui n'étaient pas intéressées directement à la navigation, entre autres la Gueldre et rOveryssel, se pressaient moins de verser leurs fonds : le Grand Pensionnaire de Hollande fut chargé par les Etats généraux d'aller leur représenter la nécessité de se mettre promptement en règle avec la confédération. «On ne remplit pas la bourse w , disait-il aux députés des États d'OverysseF, dans une harangue remarquée des contemporains ', « et l'on ne paye pas les dettes avec des paroles,
^ Voir DE Tydgenoot, 1843, article de M. Veegens.
2 Résol., 8 juin 1666.
'^ Ibid., 25 juin 1666.
4 Ibid., 5 mars 1667.
^ L. Wicquefort, man., 21 mai 1665.
^ Ibid., 19 juin 1665.
'^ Novembre 1664.
^ Vie de Jean de Witt, édition 170G, t. I, p. 311.