CHAPITRE VI
mais avec de l'argent comptant. Les affaires publiques ne se soutiennent pas sans argent; l'argent est le nerf de la guerre, et Leurs Hautes Puissances nous ont donné, pour cette raison, Tordre de mettre cette assemblée en demeure de répondre à leur demande, en toute diligence. »
Quand la guerre, de plus en plus imminente, ne laissa plus d'autre incertitude que celle du jour où elle serait déclarée, huit commissaires furent envoyés par les Etats généraux pour surveiller et presser le départ de la flotte. Ils firent une tournée sur les côtes, pour les mettre en état de défense par Tenvoi de garnisons, la construction de forts, l'établissement de batteries retranchées . Ils distribuèrent des armes aux paysans de tous les villages maritimes, et trouvèrent 30,000 habitants prêts à repousser la descente de l'ennemi \ Ils se rendirent également dans les ports indiqués pour le rassemblement des navires de guerre, et désignèrent comme rendez-vous de la flotte la rade du Texel, où ils envoyèrent les députés des amirautés. Ils réglèrent avec eux toutes les mesures de rembarquement, auquel ils présidèrent, allant de vaisseau en vaisseau jusqu'à la nuit. De IVitt se multipliait pour suffire à cette tâche; il avait acquis une connaissance desaffaires navales aussi complète que s'il en avait été instruit dès l'enfance. « On le voyait îj , écrit le comte d'Estrades ^, « presser sur les lieux l'équipement et le départ de la flotte, habillé de gris avec des boutons d'or, l'épée au côté,- une cravate nouée d'un ruban couleur de feu, une canne de commandement à la main, et sans jamais prendre de repos. En vérité " , ajoutait l'ambassadeur de France, avec une sympathie dédaigneuse, a c'est un homme, quoique avocat de sa profession, qui a du cœur et beaucoup de mérite, w
La flotte dont la république pouvait disposer était composée de 103 grands vaisseaux, 11 brûlots et 12 galiotes, sans compter 40 vaisseaux destinés à servir d'escadre de renfort; elle était armée de 4,800 pièces de canon, et montée par 22,000 hommes. Les chefs qui lui furent donnés étaient dignes de la commander. Elle était mise sous les ordres de Wassenaar d'Obdam, qui s'était signalé dans la guerre du Nord et qui fut nommé, d'un commun accord, lieutenant-amiral général. Pour augmenter le nom-
ï L. Wicquefort, man., 22 janvier, 12 février 1665. 2 L. d'Estrades, man., 30 avril 1665.
bre des officiers généraux, les États de Hollande créèrent trois emplois de lieutenants-amiraux pour chacune de leurs amirautés. Ils choisirent pour lamirauté de la Meuse Cortenarr, qui avait, comme d'Obdam , pris part avec éclat à la guerre du Nord; pour l'amirauté d'Amsterdam, Ruyter, qui n'était pas encore revenu de Guinée; pour l'amirauté de la Hollande du Nord, Van Meppel, qui avait fait sous Ruyter l'expédition du cap Vert. Ils les firent assister par trois vice-amiraux, Van-Nès, Tromp, fils de l'ancien amiral de la république, et Volkert-Schram. L'escadre de Frise était commandée par Stellingwerf ; celle de Zélande avait pour chef l'intrépide Jean Evertz. Des hommes de mer aussi éprouvés étaient pour la république un état-major naval d'élite : les équipages pouvaient être fiers de leur obéir. Pour les encourager à faire leur devoir, les Etats ne s'étaient pas contentés d'augmenter leurs rations de vivres ^ , ils avaient promis * des secours et des pensions aux blessés; le payement en était porté au double, en cas de mort, pour les veuves et les enfants. En outre, des récompenses furent votées ^ en faveur de ceux qui s'empareraient de vaisseaux ennemis, et 50,000 livres promises à celui qui se rendrait maître du vaisseau amiral; enfin de larges gratifications furent réservées aux armateurs qui avaient mis en mer des bâtiments pour faire la course. D'autre part, toute reddition d'un navire de guerre devait être punie d'une condamnation à mort déclarée également applicable aux officiers qui se retireraient du combat sans ordres. Après avoir ainsi mis en œuvre tous les moyens dont ils pouvaient disposer, les Etats généraux appelèrent à leur secours la protection divine, et des prières furent dites dans toutes les provinces \ Conformément à la proposition des Etats de Hollande, elles durent être renouvelées chaque semaine, pendant toute la durée de la guerre, a Rien ne peut s'ajouter 5) , écrit d'Estrades % a à la résolution des chefs et de tous les matelots et soldats et à leur union; ils sont si persuadés du succès du combat, qu'on n'a jamais vu une si grande gaieté, ni un si grand désir d'en venir aux mains. 5)
1 Réso!. Etats généraux, 20 juin 1664.
"^ Ibid., janvier 1664.
3 Ibid., 10 mars 1665.
^ Ibid., 29 avril 1665.
5 L. d'Estrades, 21 mai 1665.