CHAPITRE PREMIER
geaient. Ils déléguaient, tantôt pour un an, tantôt pour trois ans, le pouvoir exécutif ainsi que Fadministration des finances à des régents connus sous le nom de bourgmestres. Eu Hollande, d'autres régents, membres des conseils, les échevins, avaient l'exercice du pouvoir judiciaire, dans un grand nombre de causes civiles et criminelles, et dans les plus grandes villes, telles qu'Amsterdam , un bailli , chef de la police et de la force publique, nommé par l'assemblée des Etats, complétait cette magistrature municipale. En outre, les conseils des villes et les régents de Hollande étaient assistés par un pensionnaire chargé d'accompagner les députés du conseil aux assemblées des Etats et d'y prendre la parole en leur nom. Chaque ville était, comme chaque province, un petit Etat uni à d'autres, mais resté en pleine jouissance de son autonomie. Le pouvoir municipal ainsi exercé servait de base à la constitution politique des Provinces-Unies et contribuait au recrutement permanent d'une oligarchie bourgeoise unie par la communauté des mêmes intérêts, habituée au maniement des affaires publiques, jalouse d'indépendance et qui avait mérité de devenir la classe gouvernante du pays.
Le rapprochement de tous ces éléments épars de gouvernement , qu'il fallait fondre dans l'association de sept provinces se gouvernant chacune par leurs assemblées, avait été l'œuvre de l'Union d'Utrecht. Les Etats généraux, chargés des intérêts diplomatiques et militaires de chaque province et assistés d'un conseil d'Etat, étaient le lien de la confédération; mais ce lien aurait été insuffisant, si l'autorité des princes d'Orange ne Favait resserré et rendu indissoluble.
La république des Provinces-Unies, qui, pour se constituer, ne pouvait se passer d'un pouvoir central, avait eu le bonheur de rencontrer une famille de princes auxquels elle fut redevable de son indépendance. Les princes d'Orange avaient été ses libérateurs, sans qu'elle les eût laissés devenir ses maîtres. Elle les avait investis de la double autorité militaire et civile, en leur attribuant les charges de capitaine et amiral général, et de stathouder. Investis par les Etats généraux de la charge de capitaine et amiral général, ils exerçaient le commandement de l'armée et de la flotte, avec un droit, tantôt de présentation, tantôt de nomination aux grades militaires, qui était, à vrai dire, contrôlé plutôt
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que partagé* par les Etals. La charge de stathouder, qui dépendait de chaque province, réservait aux princes d'Orange, comme principale attribution, le choix des magistrats municipaux, bourgmestres et échevins, dont les conseils des villes ne s'étaient réservé que la présentation. En outre, le stathoudérat leur donnait droit de séance dans toutes les assemblées. Le stathouder était membre du conseil d'Etat, membre des Etats de Zélande, en qualité de premier noble ou seul représentant de la noblesse de la province, membre des Etats de Hollande comme chef du corps de la noblesse, et président de la cour de justice commune à la Hollande et à la Zélande. Enfin le stathoudérat attribuait aux princes d'Orange le pouvoir d'intervenir dans les différends entre les provinces. Plus ces différends étaient inévitables, par suite de l'obligation d'un vote unanime auquel l'assemblée générale était tenue de se conformer dans les délibérations les plus importantes , plus l'exercice fréquent de ce droit d'arbitrage avait affermi l'autorité et étendu les prérogatives des slathouders. Toutefois ce n'était pas une royauté qui leur appartenait. En faisant du stathoudérat une magistrature élective de droit, quoique héréditaire de fait, les Etats étaient restés les souverains.
Ils avaient échappé jusqu'alors aux dangers de l'usurpation ; mais ces dangers restaient toujours à craindre. Le prestige de la naissance des princes d'Orange , l'éclat de leurs services rendus à l'indépendance nationale et à la religion réformée, les vastes possessions territoriales qui mettaient une partie de la Zélande dans leur dépendance, les prérogatives du commandement et de la première magistrature civile qui leur étaient dévolues semblaient leur laisser ouverte la voie de la toute-puissance. Ils avaient glorieusement acquis et conservaient, comme un héritage intact, le dévouement de l'armée, la fidélité de la noblesse encore puissante en Gueldre et dans l'Overyssel, la reconnaissance du clergé calviniste, l'attachement passionné du peuple, qui n'était pas intéressé à conserver le gouvernement républicain, auquel il ne prenait directement aucune part.
* Aux Etats généraux appartenait la nomination des feld-maréchaux, des lieutenants généraux, ainsi que celle des amiraux : les Etats des provinces s'étaient réservé la présentation de trois candidats aux charges des compagnies vacantes de leur contingent, à l'exception des compagnies étrangères, les plus nombreuses, dans lesquelles la nomination était laissée sans réserve au capitaine général.