CHAPITRE VI
prêt à tous les sacrifices '. En ramenant la flotte en mer, malgré ks défaites et les tempêtes, de Witt avait relevé l'honneur du pavillon et raffermi la confiance publique. Aussi se rendait-il justice à lui-même, lorsqu'il écrivait à lan Beuningen * : a Quoiqu'il n'ait pas plu au ciel de donner à Temploi de cette flotte toutes les • bénédictions que nous aurions souhaitées, je suis néanmoins persuadé que ma présence n'y a pas été inutile, surtout pour empêcher qu'elle ne rentre en désordre et faute de vivres, après avoir été battue et dispersée par la tempête. » Si elle n'avait pu ressaisir la victoire, elle avait au moins réparé l'humiliation de la défaite.
Tandis que la république était ainsi aux prises avec les redoutables épreuves d'une guerre maritime qui épuisait ses ressources, elle était encore menacée plus dangereusement dans son indépendance par l'agression d'un de ses voisins, l'évêque de Munster. En se concertant avec lui pour attaquer les Provinces-Unies, Charles II s'était ménagé une diversion qui pouvait les mettre à sa merci.
Bernard Van Galen, évêque de Munster, qui gouverna ses Etats pendant vingt-huit ans ', perpétuait au milieu du dix-septième siècle les traditions des prélats guerriers du moyen âge. En temps de paix , il remplissait avec régularité les devoirs de son état ecclésiastique, et administrait son diocèse avec un soin paternel, u se montrant ^^ , dit l'un de ses anciens ministres qui a écrit son histoire, Johannes ab Alpen, a un prince équitable, humain', affable et clément » . Toutefois, ayant passé sa jeunesse au service militaire de Félecteur de Cologne, il n'avait pas renoncé à sa première vocation, et paraissait plus propre à porter Tépée qu'à tenir la crosse. Dès qu'il se mettait en campagne, il reprenait les mœurs des camps, et passait une partie de ses journées en joyeux festins *. Joignant aux ressources de l'esprit le plus délié une opiniâtre résolution de caractère, il faisait volontiers parade de son ambition turbulente qui le rendait étranger à tout scrupule ^. Plein de confiance en lui-même, « il voulait îj , disait-il, et faire beaucoup de bruit dans le monde avant d'en sortir, et déclarait
* Vie de J, et C. de Witt, par Van der Hokven, p. 419.
2 L. de Witt II Van Beuningen , 19 novembre 1663.
3 II mourut à soixanle et onze ans, en 167 8.
* Vax Wijm Nalezingkm sur Wergenaar, t. XIII, p. 393; et Temi'lk, 1. 1, p. 58. B Basnage, t. II, p. 949.
que s'il venait jamais à perdre ses l'étais, il ne jugerait pas sa condition empirée, ayant assez d'argent à la banque de Venise pour acheter une barrette de cardinal ' i) .
C'était aux dépens des Provinces-Unies qu'il se proposait d'agrandir sa principauté. Les p]tats généraux avaient à plusieurs reprises provoqué ses ressentiments , sans avoir su le réduire à l'impuissance de leur nuire. Huit ans auparavant ils avaient entrepris de secourir la ville de Munster qui rel'usait de reconnaître son autorité, en prétendant aux privilèges de ville libre. Sur les énergiques représentations de Jean de \Vitt'\ ils avaient mis sur pied un corps de troupes d'environ 7,000 hommes^ dont l'envoi avait été tenu en suspens par l'opposition d'Amsterdam, tandis que Tévéque prévenu à temps pressait la conclusion d'un accord qui rendit inutiles les préparatifs d'intervention. De nouvelles contestations lui donnaient des prétextes de plaintes. Les États refusaient de reconnaître ses prétentions sur la seigneurie de Borkelo qui appartenait à la province de Gueldre. En outre, ils avaient pris parti contre lui en faveur du prince d'Ost-Frise, George-Christian, dans les Etats duquel ils occupaient les places de Liroort et d'Emden, comme avant-postes de la ville de Groningue \ L'évêque de Munster ayant pris possession, dans cette principauté, de la ville de Deyl ou Eydeler, qui lui assurait un libre accès dans les Provinces-Unies , ils donnèrent le commandement d'une expédition aupiince Guillaume-Frédéric de Nassau, qui réussit facilement à la reprendre ^
L'année suivante, Tévêque signait ° avec Charles II les préliminaires d'un traité secret d'alliance offensive et défensive. Aussitôt après avoir touché les subsides considérables qui lui avaient été promis , il faisait demander aux Etats généraux la réparation des griefs qu'il invoquait, et sans attendre que son envoyé fût revenu de la Haye, donnait l'ordre à ses troupes d'envahir le territoire des Provinces-Unies '.
* L. Temple à son frère, 6 septembre 1655; et Barnage, t. II, p. 949. 2 L. man. de Witt à Zuidpolsbroclf, 18 et 23 octobre 1657.
* Résol. États généraux, 20 octobre 1657.
^ Ils exercèrent une sorte de protectorat sur sa principauté pendant la minorité de son fils Christian-Ebrard.
6 13 juin 1665.
"^ Septembre 1665.