‹ Jean De WittChapitre 175 sur 264 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

de faire nommer gouverneur de Bois-le-Diic. Mais les autres provinces s'étaient toutes prononcées en faveur du prince Jean-Maurice dont elles voulaient récompenser les longs services, et refusaient de laisser enlever à la maison d'Orange le commandement des troupes. Les Etals de Hollande, pressés par la nécessité, donnèrent leur consentement, mais exigèrent que les pouvoirs reconnus au prince Jean-Maurice fussent limités à la durée de l'expédition. Il entra aussitôt en possession de sa charge ^ , avec un traitement porté à 2,400 écus par an pour son équipage et à 12 florins par semaine pour sa table '. Le rliyngraff eut sous ses ordres le commandement de la cavalerie. " L'honneur qui m'a été fait v , écrit-il, au Grand Pensionnaire de Hollande, « ne me parvient que par votre personne et votre bonne direction, à laquelle je serai redevable tous les jours de ma vie. J'espère qu'avec l'aide de Dieu, je m'en acquitterai dignement, et que vous n'aurez pas honte d'avoir recommandé celui qui mourra, votre très-humble et très-fidèle serviteur '. i)

Les Etats généraux, usant des pouvoirs qui leur appartenaient, se firent représenter auprès du commandant en chef par cinq députés de leur assemblée, et Jean de Witt, ne pouvant les accompagner par suite de la mission qu'il remplissait sur la flotte, eut soin que son frère, Corneille de Witt, conseiller député de Hollande, fût désigné comme l'un des commissaires *. Les attaques auxquelles le comte de Guiche a donné contre eux libre cours dans ses Mémoires, font facilement reconnaître son parti pris de dénigrement aristocratique contre les représentants du pouvoir civil transformés en délégués militaires. Sa partialité ordinaire dépasse même toute mesure, dans le récit qui représente Corneille de Witt « conduit dans la tranchée par le prince de Nassau qui l'exposait aux coups du canon, en lui parlant avec le plus grand sang-froid, tandis que l'autre lui faussait brusquement compagnie et donnait ainsi fort à rire aux spectateurs ^ 5) . Les

1 28 juiiet 1665.

2 Vm WijN Nalezi.vgen sur Wagenaar, t. XIIL

3 L. Jean Maurice à de Witt, l^i" août 1665.

* Les autres étaient de Mérode, l'un des nobles de Hollande; Grommon, député de Zélande; Gant, député de Frise, et Reede Van Renswonde , député d'Utrecht.

5 De Guiche, Mémoires, t. I, p. 296.

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témoignages de vaillante intrépidité par lesquels Corneille de Witt se signala dans ses campagnes navales, et qui sont constatés par tous les contemporains, laissent sans portée d'aussi téméraires allégations.

Les États se mirent en mesure, quoique tardivement, de suppléer à l'insuffisance de la défense. Les nouvelles levées qui avaient été ordonnées furent mises sur pied et complétées par 6,000 waartgelders ou soldats de milice enrôlés par les Etats d'Overyssel. L'artillerie des villes fut envoyée au camp. Les mesures furent prises pour la réparation des forteresses cl Tapprovisionnement des arsenaux. En outre, les Etats de Hollande avaient, dès le mois de juillet \ proposé aux Etats généraux de faire passer au service de la république, moyennant subsides, les troupes qui leur étaient offertes par les princes de la maison de Brunswick-Lunebourg, le duc de Zell, Georges-Guillaume, et Tévêque d'Osnabruck, Ernest-Auguste, son frère. Les conditions de cet accord furent réglées avec les Elats généraux ^ par Tentremise de leur négociateur, le comte de Waldeck, qui avait servi les Etats comme capitaine de cavalerie et qui, « ayant une forte estime de lui-même « , se flattait de recevoir un jour le commandement des forces militaires de la république^ Moyennant 280,000 livres payées comptant, et des subsides de 22,225 livres par mois, un contingent de 12,000 hommes leur fut promis *.

Mais Fargenfc manquait pour l'obtenir . Les préparatifs d'une nouvelle campagne sur mer absorbaient les ressources qui commençaient à s'épuiser. La Zélande, dont le commerce maritime était ruiné par la guerre, se trouvait hors d'état de payer son contingent financier. La Gueldre, TOveryssel, les provinces de Frise et de Groningue, occupées et dévastées par l'armée de l'évêque de Munster, étaient réduites à une détresse qui les rendait à peu près insolvables. La Hollande, obligée de supporter presque seule le poids des impôts et des emprunts, " ne pouvait ", écrivait d'Estrades % ic continuer, un an, à être ainsi obérée, sans qu'il arrivât une révo-

^ L. de Witt à Van Beuningen, 23 juillet 1665.

2 9 septembre 1665.

3 DeGuiche, Mémoires, i. I, p. 153, et 1. de l'évêque de Munster à Temple, 15 octobre 1665.

* WiCQUEFORT, t. III, p. 223. DuMoxT, Corps diplomatiques i t. VI, p. 46. '' L. d'Estrades. 27 août 1665.

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lution qui changeât le gouvernement. Si, dans de telles conjonctures, une ou deux villes déclaraient ne vouloir plus contribuer aux charges financières, il faudrait s'attendre à du nouveau, parce qu'elles seraient inévitablement soutenues des membres de TEtat connus pour être les ennemis de M. de IVitt. « — a L'Etal se trouve si accablé de dépenses » , avoue lui-même le Grand Pensionnaire * , a que nous ne pouvons y satisfaire, quand même nous le promettrions; il est à craindre que quelques-unes des troupes nouvellement levées ne désertent, faute de payement. La même chose est à prévoir pour les troupes de Lunebourg. v Les Provinces-Unies étaient ainsi mises dans l'impuissance de se suffire à elles-mêmes pour leur défense.

Dans cette situation , la république ne pouvait se passer du secours de la France, qui lui était assuré par le dernier traité d'alliance, moyennant lequel 12,000 hommes devaient être fournis aux Etats, dans le cas où ils seraient attaqués. Jusque-là, Louis XIV avait temporisé, malgré les pressantes démarches de l'ambassadeur des Provinces-Unies à Paris, Van Beuningen; il s'était contenté ^ de renouveler à Londres sa proposition de paix, et de menacer l'évêque de Munster de son intervention. Mais la mort du roi d'Espagne ^, qu'il attendait depuis longtemps, lui imposa la nécessité d'user de ménagements envers les Provinces-Unies, afin de les détourner d'une alliance avec l'Angleterre qui aurait mis obstacle à Texécution de ses projets sur les Pays-Bas espagnols. De Witt avait assez habilement manœuvré, pour donner au roi de France la crainte de ce rapprochement, en faisant reprendre les négociations par l'ambassadeur des Etats, Van Gogh, qui était resté à Londres *. ce J'ai déclaré au comte d'Estrades " , écrivait-il à Van Beuningen % " que si le roi ne rétablit promptement lesafiaires, mieux que par de belles promesses, je ne saurais désapprouver plus longtemps le sentiment de ceux qui croient que nous devons achètera tout prix la paix avec l'Angleterre. «

Intéressé à prolonger la guerre, afin que les Provinces- Unies et l'Angleterre, en restant aux prises, laissassent l'Espagne livrée à

1 L. de Witt à Van Beuningen, 7 janvier 1666.

2 L. Louis XIV à d'Estrades, 17 et 21 juillet 1665. ^ 17 septembre 1665.

^ L. Van Gogh à de Witt, 4 octobre 1665; et I. d'Estrades, 6 novembre 1665. ^ L. de Witt à Van Beuningen, 12 et 19 novembre 1668.

.^es coups, Louis XIV reconnut facilement qu'il ne pouvait se dispenser (le secourir la république, pour rétablir l'équilibre entre les puissances belligérantes. Mais voulant se départir le moins possible d'un système de neutralité si avantageux à ses intérêts, il se contenta d'intervenir contre l'évêquc de Munster, en limitant ainsi l'assistance qu'il donnait aux États et qu'il eut soin d'ailleurs de rendre plus apparente que réelle.

Un corps de 6,000 hommes futmis en campagne, sous le commandement de Pradel, lieutenant général et gouverneur de Bapaume. Il se dirigea, à petites étapes, le long des frontières des Pays-Bas espagnols jusqu'à Maestricbt, où il fut reçu par les députés des Etats Vv Les espérances de concours que cette intervention devait donner à la république s'évanouirent bientôt les unes après les autres. La cavalerie française dont faisaient partie deux compagnies des mousquetaires du roi, était, il est vrai, une troupe d'élite; mais l'infanterie, qui comprenait 4,000 hommes, ne ressemblait qu'à des bandes de soldats : elle était aussi mal armée que mal vêtue, et les Etats généraux furent obligés de faire acheter, pour la chausser, «quatre mille paires de souliers et quatre mille paires de bas * î5 . La discipline ne laissait pas moins à désirer. D'après le rapport de l'intendant de l'armée ^, les mousquetaires eux-mêmes, quoiqu'ils appartinssent à la noblesse du royaume, donnaient l'exemple du désordre et de la violence. Des convois pillés, leurs conducteurs maltraités, des bestiaux enlevés, des maisons brûlées, l'exercice du culte calviniste outragé : telles furent les traces du passage des soldats français^. « Ils ne payent rien de ce qu'ils se font livrer ^ , écrit de son côté le chevalier Temple au gouvernement anglais, ce ou bien s'ils payent quelque chose, ils payent en fausse monnaie. Ils envoient les Hollandais au diable et ont poussé la mauvaise volonté ou plutôt l'extravagance jusqu'à boire publi- (juement, au milieu du marché de Maastricht, à la santé du roi d'Angleterre et à celle de l'évêque de Munster ^ « Ils se conduisaient en pays allié comme en pays ennemi.

1 Movembre 1665.

2 L. d'Estrades, 22 octobre 1665.

2 RoussET, Histoire de Louvois, t. I, p. 90, ^ L. d'Estrades, 17 décembre 1665 et 18 février 1666. L Temple au marquis d'Ormond, 10 décembre 1665,

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