‹ Jean De WittChapitre 177 sur 264 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sidère qu'il no proposait rien moins à Louis XIV^ ' que de profiter de leur présence pour s'assurer, par la place de Coevorden, des provinces de Frise et de Groningue. et On pourra ainsi " , écrivait-il en prévision de l'opposition que feraient les Etats aux projets du roi de France sur les Pays-Bas espagnols, ^i soutenir ceux qui se déclareront pour nous, quand le cas écherra, et réduire la Hollande à la raison , si elle s'écartait de son devoir ^ . v Espérant toutefois pouvoir mettre la république dans la dépendance de la France, sans hasarder une si audacieuse violation du droit des gens, de Lionne pressait d'Estrades ^ de négocier l'acquisition de x\Iaestricht, ou au moins l'occupation de Wesel. Il allait jusqu'à lui conseiller de se faire donner le commandement des troupes des Etats. Les alarmes étaient telles, que le projet d'introduire des garnisons françaises dans les villes de Hollande, si invraisemblable qu'il fût, ayant été attribué à Jean de Witt, l'un des plus fidèles amis de son père lui représentait qu'il s'exposerait, en y donnant suite, au sort d'Olden-Barneveklt '.

La déclaration tardive du roi de France en faveur des Provinces-Unies contre PAngleterre^ ne fit pas disparaître ces inquiétudes et continua même à les justifier. Louis XIV l'avait jusqu'alors retardée; il finit par Paccorder, dans la crainte de décourager les États par de nouveaux délais, et de les disposer ainsi à accueillir les offres de médiation que l'empereur d'Allemagne avait fait porter à la Haye *. De leur côté, les Etats, pour le rassurer, rappelèrent de Londres leur ambassadeur Van Gogh, et s'engagèrent à ne recevoir aucune proposition de la part de Charles II, sans en donner aussitôt avis à l'ambassadeur de France. Tandis qu'ils se montraient résolus à tenir rigoureusement leur promesse '^, Louis XIV moins scrupuleux continuait les négociations avec les envoyés de Charles II, dans la demeure de la reine douairière d'Angleterre retirée à Chaillot : mais elles trom-

ï L. d'Estrades, 22 octobre 1665.

2 L. de Lionne à d'Estrades, 2 octobre 1665.

3 Ibid., 8 janvier 1666.

^ L. Janot, consul de France à Amsterdam, à Lionne, 19 février 1685 : Archivea aff. étr.

^ 26 janvier 1666.

6 L. Louis XIV à d'Estrades, 30 octobre 1665.

"' L. d'Estrades, 18 février 1666.

3"Î2 JEAIV DE WITT.

pèrent son attente, et furent rompues après quelques semaines d'inutiles conférences '.

Il s'agissait désormais d'obtenir la réunion de la flotte française à la flotte des Etats. Le roi de France avait annoncé Tenvoi d'une escadre de trente voiles, commandée par son amiral, le duc de Bcaufort'; mais il refusait de donner aucune garantie pour le salut réciproque du pavillon. D'après le règlement qu'il avait arrêté ^, sans oser le publier, Louis XIV exigeait que l'amiral des États fût obligé de saluer non-seulement Tamiral de France, mais encore le vice-amiral et le contre-amiral de l'escadre française. Il prétendait en outre faire attribuer le commandement en cbef à l'amiral de France seul, tandis que les Etats généraux exigeaient que les deux amiraux y fussent associés. " On ne peut s'engager ^5 , écrivait de Witt à Van Beuningen'', ci à n'obéir exclusivement qu'au signal de l'amiral de France qui ne s'est encore trouvé à aucune bataille navale , et cela dans un combat décisif d'où dépend le salut ou le malheur de la république. "

Une fois l'accord péniblement conclu ^ , les Etats furent réduits à attendre encore pendant plusieurs mois l'arrivée de la flotte française. Le duc de Beaufort, qui devait mettre à la voile, dès le mois de février, pour rejoindre les vaisseaux que le roi de France faisait armer Pdans les ports de l'Océan, resta dans la rade de Toulon jusqu'au mois d'avril. Il s'arrêta à Lisbonne et n'en partit qu'à la fin de l'été, sans s'avancer à la rencontre de la flotte des Etats, au delà de la Rochelle. " S'il doit rester dans le Tage jusqu'à ce qu'il ait reçu les nouveaux ordres du roi 5> , écrivait le Grand Pensionnaire à Van Beuningen ^, a je prévois avec chagrin qu'il ne nous sera plus d'un grand secours. Aussi je ne puis vous déguiser que la conduite de la cour de France est sujette aux réflexions de chacun. 1) De son côté, Van Beuningen ne cessait de se plaindre avec véhémence « que la déclaration de guerre n'eût été qu'un parchemin, le roi de France n'ayant envoyé

1 Août 1666.

2 Le duc de Beaufort était investi de cette charge en survivance de son père, le duc de Vendôme,

^ Règlement du 26 février 1666,

^ L. de Wilt à Van Beiiningen, 4 mars 1666,

5 L. Van Beuningen à de Witt, 26 mars 1666.

6 L. de Witt à Van Beuningen, 16 juillet 1666.

Page 1