CHAPITRE VI
sa flotte qu'à des noces, sans avoir voulu jamais la faire joindre à celle des États * « . Loin de se défendre contre ces accusations, Louis XIV s'en glorifiait, et Tannée suivante il recommandait à son ambassadeur à Londres, M. de Ruvigny, de faire savoir au roi d'Angleterre " qu'il ne croyait pas que Charles II pût désirer d'autres effets de son amitié que ceux qu'il lui avait donnés de toute manière dans la durée de ladite guerre^ « .
Quoi qu'il en soit, l'alliance française, malgré l'assistance insuffisante dont les Provinces-Unies avaient droit de se plaindre, ne leur fut pas inutile. Elle les empêcha d'être écrasées , et favorisa auprès des autres puissances le succès des négociations qui firent cesser leur isolement diplomatique. Les États généraux avaient à craindre l'hostilité de la Suède qui ne leur pardonnait pas leur intervention récente en faveur du Danemark. Les concessions commerciales que les États généraux firent offrir au gouvernement suédois par leur envoyé Ysbrandt contribuèrent à le détourner d'une alliance offensive avec TAngleterre , et les représentations de l'ambassadeur de France, le marquis de Pomponne, obtinrent « qu'il s'engageât à ne prendre jamais d'intérêts contraires à ceux de la France ^ » . Le concours du Danemark semblait plus facile à obtenir, malgré le mauvais vouloir du roi Frédéric III, qui, parent du roi d'Angleterre, oubliait les services dont il était redevable aux Provinces- Unies, en se montrant disposé à chercher d'autres protecteurs. Les avances empressées du Grand Pensionnaire de Hollande ^ , les négociations de l'envoyé de la république, d'Amerongen, et les satisfactions pécuniaires que les États consentirent à accorder, jusqu'à concurrence de 1,800,000 écus, favorisèrent la conclusion ^ d'un traité signé à la Haye* : les articles secrets qui y furent ajoutés stipulaient entre le Danemark et les États généraux une alliance à la fois offensive et défensive, aux termes de laquelle quarante vaisseaux étaient mis à la disposition des Provinces- Unies .
i L. Louis XIV à Ruvigny, 11 août 1667 : Mignet, t. II, p. 508.
2 Ibid.
3 Mémoires Pomponne, man., p. 40.
* L. de J. de Witt à Otto Kragh, sénateur de Danemark, de passage à la Haye, 12 novembre 1660. — Combes , Correspondance fr. du grand pensionnaire de Witt : Mélanges historiques, 1873.
^ 11 février 1666.
L'électeur de Brandebourg, Frédéric -Guillaume , suivit cet exemple. Le voisinage des troupes françaises envoyées contre Tévêque de Munster Finquiélait. Il craignait que les États poussés à bout n'abandonnassent au roi de France la ville de Wesel, située dans son duché de Clèves, et qu'il ne cessait de leur réclamer \ Ses inimitiés contre le Grand Pensionnaire semblaient, en outre, mettre un obstacle insurmontable à toute tentative de rapprochement, u II avait étéjusqu'à écrire qu'il ne pouvait consentir à laisser aux Etats de Hollande Téducation du jeune prince , parce que la vie de son neveu ne serait pas en sûreté entre les mains de Jean deWitt^." Il avait même prétendu l'intimider, « en lefaisant menacer du même traitement et de la même disgrâce dont Tun de ses prédécesseurs avait autrefois souffert^ 5) . Mais les intérêts allemands qu'il ne perdait jamais de vue lui firent rechercher un rapprochement auquel les Etats se prêtèrent, en réglant avec lui leurs différends pécuniaires^. Son désir d'accord ëlait tel qu'il se proposait de se rendre lui-même à la Haye, pour y parler au Grand Pensionnaire et s'y mettre avec lui en relations d'amitié confidentielle ^ D'après le traité qui ne tarda pas à être conclu ®, satisfait d'avoir obtenu des Etals 400,000 livres payées comptant, et des subsides de solde montant par mois à plus de 100,000 livres, l'électeur leur promit un contingent de douze mille hommes.
Les Provinces-Unies ne gagnaient pas seulement à ce traité l'assistance d'un puissant voisin. Une fois devenues les alliées de l'électeur de Brandebourg, elles pouvaient s'assurer l'intervention des princes de Brunswick-Lunebourg qui n'osaient pas les secourir, tant que Frédéric-Guillaume ne s'était pas déclaré en leur faveur. Les Etats se trouvaient ainsi en mesure non-seulement de repousser l'agression de l'évêque de Munster, mais encore de lui imposer
* L. de Witt à Van Beuningen, 19 novembre 1665.
'-^ L. Wicquefort, i^"^ mars 1663 : Archives aff. étr.
^ Wicquefort, t. II, p. 581. — Puffenuorf, De rébus gestis Frederici-Guiilelmi, p. 365.
^ Il s'agissait d'une somme de 100,000 écus prêtés par les Etats à l'un des ancêtres de l'électeur de Brandebourg, et dont les intérêts portaient le total à 1,200,000 écus.
''"' L. man., de l'envoyé des Etats à Berlin, Haersolte, à de Witt, 14 novembre 1665.
^ 16 février 1666. — Dumont, Corps diplomatique , t. I, p. 86. — Aitzema, t. V, p. 1001.