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CHAPITRE VI

la paix. Elle fut signée à Clèves \ dans les États de Télecteur de Brandebourg, et ce fut la direction donnée aux négociations par Beverninglî, qui en assura le prompt succès. L'évêque s'engagea à ne plus entretenir que 3,000 hommes de troupes pour la sûreté de sa principauté, à rendre toutes les places qu'il avait conquises, et à rompre la convention par laquelle il s'était engagé à donner au roi d'Angleterre son concours contre la république.

Six mois plus tard, ces différenls traités étaient complétés et confirmés par une ligue définitive conclue à la Haye ' entre les États généraux, le roi de Danemark, l'électeur de Brandebourg et les princes de la maisc n de Brunswick -Lunebourg. Cette quadruple alliance assurait aux États, moyennant engagement réciproque de leur part, un nouveau contingent de 10,800 hommes, et obligeait les parties contractantes à s'assister de toutes leurs forces, pendant une durée de dix ans, en cas de nouvelle attaque. Elle permettait aux Provinces-Unies de n'être plus, pour se défendre, à la merci de la France qui aurait voulu rester seule leur protectrice, afin de pouvoir leur faire plus aisément la loi ^. La diplomatie réparait ai^isi les mécomptes et les malheurs de la guerre, par les négociations dont la politique étrangère du Grand Pensionnaire de Hollande avait assuré le succès.

La campagne maritime contre l'Angleterre pouvait dès lors recommencer sous de meilleurs auspices, et pour en préparer l'heureuse issue, les Etats généraux, après n'avoir laissé à Charles II aucune alliance , entreprirent de lui chercher des ennemis jusque dans son royaume. Dès le mois de mai 1665, un projet de descente en Irlande était proposé dans le conseil de Dordrecht. Des notes avaient été remises pour rendre compte des chances d'un soulèvement; on demandait des armes pour 7,000 fantassins et 3,000 cavaliers; on démontrait combien il était facile de surprendre les villesles plus importantes, telles queLimerick etCork. En même temps, des mesures étaient proposées pour provoquer en Ecosse une insurrection, en tirant parti de la communauté des croyances religieuses et des intérêts commerciaux qui unissaient l'Ecosse aux Provinces-Unies. Le grand pensionnaire de Witt,

1 18 avril 1666.

2 2T octobre 1666.

3 L. d'Estrades, 1" octobre, 28 octobre 1665 ; et L. Louis XIV, 5 novembre 1665.

qui s'y était ménagé de secrètes intelligences, réclamait le prompt concours du roi de France, pour faire donner le signal d'une prise d'armes \ Dans cette vue, Louis XIV entretenait des rapports avec deux des chefs du parti républicain , Algernon Sidney et Ludlow ', mais ne se hâtait pas de donner suite aux offres que ceux-ci lui adressaient.

Malgré ses conseils de temporisation, les Etats généraux étaient pressés de faire partir leur flotte. En la laissant inactive, le Grand Pensionnaire craignait non seulement de provoquer le mécontentement populaire et le découragement des équipages, mais encore de donner aux Anglais le temps de mettre en mer une nouvelle escadre. Dans un long mémoire manuscrit, il exposait magistralement à Fambassadeur de France les raisons à la fois politiques et maritimes qui ne permettaient pas de retarder la campagne navale^. Il se rendit au Texel, accompagné de quelques députés des États généraux, afin de hâter les derniers préparatifs de départ. Pour encourager le comte d'Estrades à réclamer la prompte arrivée de Tescadre française, il faisait valoir le nombre et le bon équipement des vaisseaux, ainsi que les dispositions manifestées par les officiers et matelots , a gais comme s'ils allaient aux noces w . ^ Tout est à souhait " , écrivait-il à l'ambassadeur de France, « de sorte qu'il ne reste qu'à prier Dieu qu'il veuille faciliter la réunion des deux flottes alliées, et nous octroyer sa bénédiction dans la bataille ''. »

La flotte mit à la voile dans les premiers jours de juin, sous le commandement de Ruyter. L'amiral en chef montait le vaisseau les Sept Provinces^ construit par l'amirauté de Rotterdam, et qui portait le pavillon rouge des Etats généraux sur lequel le lion batave étai représenté. Trois escadres étaient réunies sous sa direction. Il avait gardé lui-même le commandement de la première, celle de l'amirauté de la Meuse, en prenant pour second le lieutenant-amiral VanJ^és. La deuxième escadre était sous les ordres des lieutenants-amiraux de la Zélande et de la Frise, Cornelis Evertz et

1 L. d'Estrades, 6 août 1665.

*^ L. Lionne à d'Estrades, 19 mars 1666.

^ Mémoires de Jean de Witt, 9 juin 1666 : Archives du royaume, la Haye, * L. de Witt à d'Estrades, 4 juin 1666. — Combes, Mélanges histojnques, 1873 p. 266.

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