‹ Jean De WittChapitre 180 sur 264 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Hiddes de Vries. La troisième, composée des vaisseaux de l'amirauté d'Amsterdam et de l'amirauté de la Hollande du Nord, avait pour lieutenants-amiraux Tromp et Meppel. La flotte dont l'équipaqe coûtait aux Provinces- Unies une somme annuelle de 11,600,000 livres, comptait environ 100 voiles, dont 72 vaisseaux de Querre; elle était armée de 4,700 pièces de canon dont le tir avait été perfectionné par la récente invention des boulets à chaîne, due à Jean de Witt; elle était montée par 22,000 hommes, tant matelots que soldats ^

La flotte anglaise, à peu près égale en force, comptait moins de vaisseaux et plus d'hommes. Le commandement en avait été donné à Monk et au prince palatin Robert. Elle était également divisée en trois escadres : Tescadre rouge , l'escadre blanche et l'escadre bleue, dont les trois commandants étaient Monk, l'amiral Askue et l'amiral Allen. Une escadre d'observation de vingt vaisseaux en avait été détachée, sous les ordres du prince Robert, pour surveiller les mouvements de la flotte française , si celle-ci tentait de faire sa jonction avec celle des Etats. Monk, qui voulait se réserver l'honneur de la victoire, avait tenu à éloigner ainsi un rival de gloire, au risque d'affaiblir les forces navales dont il disposait.

Les deux flottes se rencontrèrent à la hauteur des Dunes ^. La flotte de la république était restée à l'ancre, le vent et la marée lui étant contraires. A la première approche de l'ennemi, les câbles furent coupés, et à une heure après midi, l'attaque commença des deux côtés avec le même acharnement. La troisième escadre, qui devait former l'arrière-garde, poussée par le vent àTavant-garde, engagea la bataille, à laquelle elle prit la plus grande part. Tromp, dont le vaisseau avait été atteint par un boulet rouge qui mit le feu dans la galerie, occupa la moitié de son équipage à l'éteindre, sans cesser de poursuivre l'ennemi avec son intrépidité ordinaire; mais ayant malencontreusement abordé un vaisseau hollandais, il perdit la mâture de son bâtiment, et fut contraint de passera bord d'un autre navire sur lequel il continua le combat jusqu'à cinq heures du soir. A cette heure, une manœuvre imprudente de la flotte anglaise, obligée de virer de bord, lui livra avec un autre vaisseau, celui du vice-amiral de l'escadre blanche ,

1 De Joxge, Histoire de la marine, t. I, p. 781. '^ Vendredi 11 juin 1666.

le chevalier Barklay, beau-frère du duc d'York, qui, atteint d'un coup de mousquet après s'être vaillamment défendu , ne laissa que son cadavre à ceux qui enlevèrent son bâtiment à Tabordage. Ruyter s'était trouvé, de son côté, aux prises avec Monk. Les deux amiraux avaient opiniâtrement cherché à se rencontrer, mais n'étaient pas restés longtemps à portée Tun de l'autre. Monk, ayant perdu son grand mat, fut obligé de se retirer, pendant que Ruyter repoussait Tattaque d'un vaisseau armé de 70 canons, et le coulait à fond. Deux volontaires français , qui avaient tenu à faire la campagne navale sous ses ordres, le comte de Guiche et le prince de Monaco, firent honneur à la France par leur bravoure. Montés sur le vaisseau du capitaine Terlon, qui, ayant pris feu, était menacé de couler bas, ils se préparaient à l'abandonner en sejelant à la mer, lorsqu'ils purent s'élancer sur un autre navire qui Pavait accosté. Après y avoir combattu comme s'ils prenaient part à une fête, impatients d'aller partager les dangers de l'amiral en chef, ils se firent conduire à prix d'argent, dans une barque et sous le feu de l'ennemi, à bord du vaisseau de Ruyter \ Cette première journée ne fut malheureuse que pour l'escadre de Zélande; son lieutenant-amiral. Corneille Evertz, se trouva engagé avec le contreamiral anglais Hartman, qui, réduit à 40 hommes d'équipage sur 300, se défendit avec une rare intrépidité, et sauva son vaisseau. En l'attaquant, Evertz fut atteint d'un boulet de canon. Ses deux fils cachèrent sa mort, pour obéir à ses instructions, et empêchèrent ainsi qu'elle ne devînt funeste à l'issue du combat.

Le lendemain', dès six heures du matin, la bataille recommença avec la même ardeur. La mer devenue plus calme favorisait le tir; les flottes, en ordre de bataille, se croisèrent trois fois dans la matinée, sans pouvoir s'aborder. A midi, Tromp, ne prenant conseil que de lui-même , et voulant tirer parti du vent qui lui était favorable, entreprit de tourner la flotte anglaise, pour la prendre à revers. Ce mouvement qui rompait l'ordre d'attaque ne lui réussit pas. Des deux vaisseaux qui le suivaient, l'un, celui du viceamiral Van den Hulst, qui périt à bord, fut mis hors de combat; l'autre reçut un boulet qui le fit sombrer, et Tromp fut lui-même contraint d'abandonner le sien qui était entièrement désemparé.

^ De Guiche, Mémoires, t. II, p. 60-63. 2 Samedi 12 juin 1666.

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