‹ Jean De WittChapitre 184 sur 264 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

qui, à la suite de la défaite navale de l'année précédente, avait été banni de la république, pour avoir lâchement abandonné la flotte. Les deux vaisseaux de guerre, abordés par les brûlots anglais, furent réduits en cendres, et Tennenii profita de la confusion qui s'ensuivit, pour mettre le feu aux bâtiments marchands, dont huit ou neuf seulement échappèrent aux flammes ' ; la perte fut- estimée à douze millions de florins. L'île était mal gardée, et les équipages aufjlais, forts de 1,200 hommes, auraient pu facilement se rendre maîtres des magasins de la Compagnie des Indes et de ceux des Élats, sans les pluies qui empêchèrent une descente. Pour s'en dédommager, ils firent une incursion dans Tîle de Schelling, à la faveur de la haute marée, et contrairement aux lois de la guerre, mirent le feu à quatre mille maisons. En se retirant, ils s'emparèrent de Flodorp, qu'ils incendièrent également, et dont ils massacrèrent les habitants; ce ne fut qu'à l'embouchure de l'Elbe, qu'une escadre les atteignit et tira vengeance de leurs dévastations, en brûlant quatre bâtiments ennemis, sur l'un desquels périt le traître Heemskerk. Néanmoins, une entreprise aussi audacieuse semblait une irréparable atteinte portée à la puissance et à la sécurité de la république. Ces désastres s'aggravèrent encore parles inimitiés qui mettaient aux prises Ruyter et Tromp. Tromp, après avoir imprudemment poursuivi l'escadre anglaise qu'il avait combattue, n'avait rejoint la flotte que le lendemain du retour de l'amiral en chef, au risque d'èlre victime de sa témérité. Ruyter l'accusa « avec une impétueuse véhémence *î) d'avoir fait perdre la bataille. Au lieu de se justifier, Tromp, dont l'orgueil était incorrigible, ne craignit pas de prendre Ruyter à partie, en lui reprochant d'avoir perdu l'occasion de couper l'avant-garde anglaise et d'avoir ainsi laissé échapper la victoire; il se permit même d'adresser contre lui aux Etats de Hollande des plaintes aussi injustes que passionnées. Les Etats, craignant les suites de cette rupture, s*empressèrent d'envoyer leur Grand Pensionnaire pour y mettre ordre. En se rendant à Flessingue dans un yacht, de Witt faillit tomber au milieu des bâtiments ennemis ^ Echappé à ce danger, il s'employa consciencieusement à pacifier le différend; malgré son amitié pour Ruyter,

* SiMONS, Jean de Wiit et son temps, t. Il, p. 160.

2 L. de Witt à Van Beuningen, 26 août 1666.

3 L. Janot, consul à Amsterdam, 10 août 1666 : Arch. aff. étr.

il fît un accueil favorable à Tromp, écouta avec bienveillance ses explications, et 't reconnut que Kuyter lui avait fait des reprocbcs en termes trop durs ' « . II essaya de les rapprocher l'un de l'autre, en les invilant tous deux à sa table \ Les États de Hollande se montrèrent moins conciliants : se défiant de Tromp ^ et s'inquiétant de ses relations avec le parti orangisle, ils prirent la résolution de le remplacer par le colonel des troupes de marine Van Ghent. Tromp tenta vainement de les fléchir par sa soumission; il déclara à de Witt ce qu'il renoncerait sans se plaindre au commandement de son escadre pour la première campagne, pourvu qu'il fût autorisé à monter sur un vaisseau, comme second de Ruyter * ^^ . De Witt aurait voulu faire départir les Etals de leur rigueur; mais ceux-ci refusèrent de se contenter des promesses de Tromp. Dans Tintérêt de la discipline, ils lui donnèrent son congé, sans que les équipages de la flotte fussent tentés, comme on aurait pu le craindre, de prendre parti en sa faveur.

Le Grand Pensionnaire était impatient de recommencer la campagne navale \ en obtenant la coopération tardive de la flotte française, qu'il réclamait " en toute diligence '^ ^^ . Le roi de France s'en tenait à de vains témoignages de bon vouloir. Pour rendre hommage aux exploits de Ruytcr, il venait de lui envoyer les insigues de Tordre de Saint-Michel, suspendus à un collier d'or, avec son portrait enrichi de diamants. Ruyter, en remerciant Louis XIV, lui avait malicieusement répondu « qu'il lui prouverait encore plus sa reconnaissance, quand Tamiral français, en se joignant à la flotte des États, lui aurait permis de combattre avec lui pour la cause commune '^ « . Après s'être avancé jusqu'à Brest avec seize vaisseaux, le duc de Beaufort s'y était arrêté, dans la crainte de s'exposer à Tatlaque de la flotte anglaise qui était venue prendre position à la hauteur de l'île de Wight. Ruyter, parti à sa rencontre, attendit vainement pendant quatre jours ^ à la rade Saint-Jean, auprès de

» L. (le Wilt à Vivien, man., 9 et 11 août 1666. 2 L. Wicquefort, 11 août 1666 : Arch. aff. étr. ^ L. de Witt à Van Beuningen, 20 août 1666.

* Ibid.

5 L. man. de Witt à Vivien, 11 août 1666. ^ L. de Witt à d'Estrades, 4 septembre 1666. "^ L. man. Ruyter à Louis XIV, 30 août 1666.

* Septembre 1666.

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