‹ Jean De WittChapitre 187 sur 264 · CHAPITRE VI. 3!)l · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 3!)l

le complot. Buat ne s'aperçut de sa fatale méprise que lorsqu'il fut rentré chez lui; il ne craignit pas de retourner auprès du Grand Pensionnaire pour lui réclamer la lettre dont il s'était dessaisi. De Witt lui répondit que pour obéir aux instructions de sa charge, il était tenu de la remettre aux conseillers-députés de la province. Après avoir manqué de hardiesse pour se la faire rendre, fût-ce en se servant de son épée , Buat ne sut pas tirer parti de l'avertissement que le Grand Pensionnaire lui avait donné, pour lui ménager à dessein un moyen de salut. En effet, de Witt était intéressé à prévenir un procès qui pouvait le compromettre lui-même, par suite des encouragements qu'il avait donnés à la correspondance de Buat. Mais au lieu de prendre la fuite, quand il n'aurait eu, d'après le témoignage d'un contemporain ', a qu'à monter à cheval pour être en six heures de temps hors de la Hollande ^ , Buat, éperdu ou trop confiant, ne sut même pas pourvoir à sa sûreté, en détruisant les papiers compromettants qu'il avait entre les mains. Il attendit que les gardes des Etals vinssent l'arrêter à la fin de la journée, « après avoir eu jusqu'au soir pour s'échapper, ou pour déjouer toutes les recherches ^ v .

Les papiers qui furent saisis, par suite de son injustifiable imprévoyance, confirmèrent les preuves d'une connivence avec le parti orangiste dont le Grand Pensionnaire crut devoir informer le jeune prince et la Princesse Douairière ^ Elles résultaient notamment de la copie d'une lettre que Buat avait adressée* à Arlington, cinq mois auparavant : « Nous avons fait un grand parti pour la paix, et par conséquent pour mon petit maître « , lui écrivait-il, « et nous avons pris nos mesures pour qu'il l'emporte de haute main sur l'autre parti qui a toujours dominé jusqu'ici, tellement que le roi ne doit pas douter que mon petit maître ne se trouve debout, et que dans peu de jours, les bons amis ne le fassent reconnaître, par l'assurance que Sylvius et moi leur avons donnée que Sa Majesté a les meilleures intentions du monde pour la paix, ce qui a gagné les cœurs de tous les honnêtes gens d'ici, v

La révélation d'une correspondance secrète, commencée depuis

' De Guiche, Mémoires, t. II, p. 135.

2 L. de Witt à Fannius, 4 septembre 1666.

3 L. J. de Witt, 20 août, 24 août 1666.

4 Ibid., 19 mars 1666.

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longtemps, résultait de Timprudente déclaration qui terminait cette lettre : « Pour ne pas laisser mettre la main sur mes dernières dépêches, je les ai jetées au feu. « La découverte de cette pièce ne pouvait manquer de faire renvoyer Bual devant la cour de Hollande. Ses complices, en se hâtant de se dérober aux poursuites, aggravèrent les charges qui pesaient sur lui,' et leur fuite, qui était l'aveu de leur culpabilité, contribua à sa perte.

En apprenant son arrestation, Tun de ses affidés, Ruyven, banni dix ans auparavant pour ses intrigues, et revenu depuis quatre ans en Frise, à Leuwaarden, ne s'y crut pas à Tabri, et se retira en hâte à Anvers'. En même temps, deux autres de ses associés, Kiévit, beau-frère de Tromp, et Van den Horst, régents de Rotterdam, l'un membre du conseil d'Etat, l'autre conseiller-député de la Hollande, craignant d'èlre compromis par la saisie de ses papiers, allaient chercher un refuge, l'un à Londres, l'autre à Bruxelles. La situation importante qu'ils occupaient accréditait le soupçon d*un vaste complot destiné à faire des Provinces-Unies les sujettes du prince d'Orange, et à les rendre ainsi vassales de l'Angleterre.

Louis XÏV s'en était ému, craignant que la république détachée de l'alliance française ne tombât sous une domination étrangère. Aussi , après avoir chargé son ambassadeur à la Haye ' de féliciter le Grand Pensionnaire de l'arrestation de Buat, s'était-il empressé de réclamer une prompte et sévère condamnation ^ Il se montrait impatient de la lenteur des procédures *, et prêt à accuser les Etats de Hollande eux-mêmes de secrètes intelligences avec l'Angleterre, a dont il saurait bien les punir ^ » . Cette intervention du roi de France les détermina à se montrer implacables, et pour conserver son appui, ils lui donnèrent un gage sanglant de leur condescendance.

De Witt eut l'impardonnable faiblesse de se prêter à cette politique. Il sacrifia Buat aux inquiétudes de Louis XIV, comme il avait sacrifié, cinq ans auparavant, trois régicides aux ressentiments

* L. Arlington à Temple, 12 octobre 1666. 2 L. Louis XIV à d'Estrades, 24 août 1666.

^ L. d'Estrades à Louis XIV, 9 septembre 1666.

* L. Wicquefort, man., 2 septembre 1666.

^ L. Louis XIV à d'Estrades, 17 septembre 1666.

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