CHAPITRE VI. 3iT
de Charles II, sans pouvoir, par une juste punition, rendre durable pour la république le bénéfice d'alliances achetées au prix du sang. Il ne se contenta pas d'obliger le prince d'Orange, inquiet des révélations qui le menaçaient', à se tenir timidement à Técart, et à désapprouver publiquement la conduite de Buat*; il intervint directement dans le procès, en s'adressant au président de la cour, Van Dorp de Maasdam. « J'espère », lui écrivait-il, « qu'en cette affaire la cour procédera avec vigueur et promptitude; autrement, il y aurait grand danger à craindre : Quis nescit maximam esse peccando illecehram impunitatis spem? » — Qui ne sait pas que le plus grand encouragement au mal est l'espoir de l'impunité '? Dociles aux inspirations du Grand Pensionnaire, les États de Hollande, qui soupçonnaient la cour d'être disposée à se montrer clémente, lui recommandèrent de faire justice *, et résolurent d'appeler ks conseillers dans leur assemblée '. Le président se contenta de leur répondre que ceux-ci feraient leur devoir.
Mécontents de leur indécision prolongée, mais n'osant pas, malgré la proposition de quelques membres, les obliger à prononcer un jugement en leur présence, les Etats chargèrent sept commissaires d'aller leur déclarer qu'ils considéraient Buat comme coupable du crime de lèse-majesté ^. C'était faire de la justice l'instrument du pouvoir politique, suivant les tristes exemples du temps, dont la république des Provinces-Unies n'avait pas su éviter la malfaisante contagion. Après avoir délibéré pendant plus de cinq heures, la cour, auprès de laquelle l'ambassadeur de France n'avait épargné, de son côté, ni les manœuvres, ni les remontrances, se laissa faire la loi. Sur les huit conseillers qui siégeaient, trois" se prononcèrent pour le bannissement, cinq * votèrent la peine de mort ^
* L. Blaspiel à l'électeur de Brandebourg : Droyssev, Histoire de la politique prussienne.
2 L. de Wilt au prince d'Orange, man., 30 août 1666.
3 L. man. de Witt à Van Dorp, 30 août et 4 septembre 1666.
4 RésoL, 16 septembre 1666.
s Résol , 17 septembre 1666.
« Résol. Holl., 2 octobre et 5 octobre 1666. "^ Sixte, Goes et Ockers.
* Nierop, Pauw, Fannius, Van Honert, Van Dorp de Maasdam. Voir Tvdkmand, Notes, au t. X de Bilderdijk, Histoire de la patrie.
9 Résol. Holl., 5 octobre 1666.
Le véritable auteur de la condamnation fut Van Dorp de Maasdam , qui remplaçait provisoirement, à titre de doyen, le dernier président de la cour , Dedel , auquel un successeur n'avait pas encore été donné. Le jour môme où la sentence fut rendue, les Etats lui accordèrent le traitement de président, et en firent remonter la jouissance jusqu'au jour où il avait profité de la vacance de cette charge '. Ils semblaient le récompenser ainsi, non-seulement de sa complaisante docilité, mais encore de la perfide intrigue qui est signalée par un pamphlet du temps*. Non content de condamner Buat, de Maasdam aurait en effet manœuvré pour le perdre encore plus sûrement, en faisant mettre à l'écart celui des conseillers qui lui était le plus favorable. Van der Graeff. Appelé auprès de Buat par un faux message , celui-ci , sous prétexte de la visite qu'il avait rendue au prisonnier, aurait encouru l'interdiction de siéger parmi ses juges , et cette récusation , sans laquelle la majorité des suffrages aurait sans doute conclu an bannissement , avait pu suffire pour faire prononcer la peine capitale. Les complices de Buat ne furent point épargnés; Van Ruyven et Kiévit furent également condamnés à mort, et Van den Horst, traité seul avec plus d'indulgence, ne fut puni que par l'exil; mais ils s'étaient mis en sûreté, et l'arrêt de la cour ne pouvait faire qu'une victime.
Les Etats de Hollande, après avoir intimidé par cette condamnation les partisans du roi d'Angleterre, auraient pu se montrer miséricordieux. Ils restèrent inflexibles. De IVitt était sur la flotte, et ils n'osèrent pas, sans le consulter, faire grâce au coupable. Vainement les Etats de Zélande prétendaient-ils être les juges de Buat, en sa qualité de capitaine d'une compagnie à leur solde; vainement l'électeur de Brandebourg essaya-t-il d'obtenir au moins le sursis de l'exécution. Les Etats généraux eux-mêmes furent éconduits , malgré la requête dans laquelle ils se plaignaient que Buat fût soustrait à leur juridiction. Quoique les négociations de la paix, au sujet desquelles son procès lui était intenté, rentrassent dans les prérogatives du pouvoir fédéral, ils ne purent faire tenir compte de leurs réclamations, dont leur président de semaine, de Wit, député de Hollande et cousin du Grand Pensionnaire, s'élait pour-
1 Résol. Hollande, 5 octobre 1666.
2 Tydeman, Notes, au t. X de Bilderdijk.