CHAPITRE VI
tant rendu Tinterprète. Six jours après sa condamnation, Buat fut exécuté', et les imprécations populaires contre ses juges retentirent jusqu'au pied de Téchafaud. Sa mort ne désarma pas le gouvernement français, qui poussa Tanimosité jusqu'à se plaindre ^ que le crime de lèse-majesté n'eût pas été spécifié dans l'arrêt, de façon à justifier la confiscation des biens qui lui appartenaient en France. En prenant toutes les mesures pour le perdre, bien qu'il lui eût laissé inutilement la liberté de s'écbapper, de Witt avait sacrifié la justice à la politique, soit pour satisfaire la France, soit pour décourager le parti orangiste : il n'avait dès lors d'autre excuse à faire valoir que celle de la raison d'État, cette complaisante attitrée des mauvaises actions de la vie publique, qu'elle prétend justifier, sans pouvoir jamais les rébabiliter.
Une fois le complot des négociations occultes déjoué et cruellement puni, le Grand Pensionnaire , ne craignant plus que la paix ne fût imposée à la république, n'avait aucun intérêt à la continuation de la guerre. De son côté, le roi d'Angleterre ne pouvait guère en supporter le poids. Il était aux prises avec tous les embarras d'un trésor épuisé. En outre, il avait à craindre en Ecosse les armements du parti presbytérien, et en Irlande le soulèvement des catholiques. De Witt pressait le roi de France d'envoyer des armes aux Irlandais, qui, disait-il, «n'attendaieni; qu'une occasion pour secouer le joug ^^5 . En même temps, les calamités qui s'abattaient sur Londres répandaient la consternation dans le royaume. La peste avait ravagé tous les quartiers de la ville et fait, en moins de six semaines, soixante-dix mille victimes. A peine le fléau avait-il cessé, qu'un terrible incendie réduisait en cendres les deux tiers de la cité et ses plus beaux monuments. Le Parlement, après avoir accordé au roi de nouveaux subsides d'un million de livres, témoignait énergiquement le désir de la paix '*, et quand les Etats eurent renvoyé à Londres le corps de l'amiral Barklay tué dans l'un des derniers combats, Charles II lui-même tint à leur donner l'assurance de ses dispositions pacifiques ^ Elles étaient toutefois plus apparentes que
J 11 octobre 1666.
2 L. de Lionne à d'Estrades, man., décembre 1666 : Arch, aff. étr.
3 L. d'Estrades, 11 novembre 1666.
^ Harangue de l'avocat de la Chambre des communes, 28 janvier 1667. ^ L. Charles II aux États, 14 octobre 1666.
réelles. 11 ne désespérait pas encore de réduire la république à sa merci, par de nouvelles manœuvres. Ce fut dans cette vue qu'après avoir, tout en s'attendant à un refus, proposé Londres comme lieu de rendez-vous pour les négociations, il fit une offre qui ne semblait pas pouvoir être repoussée, celle de la Haye.
La cour de France dissuada les Etats de l'accepter. Elle craignait que Charles II ne profilât du retour de son ministre Downing et de l'envoi de ses plénipotentiaires, pour donner de nouveaux encouragements au parti orangiste et pour détacher la république de Talliance française. De Witt ne voulait pas de son côté exposer la république à ce danger. Ce n'était pas qu'il fût accessible aux craintes d'un complot contre sa vie, par lesquelles Tambassadeur de France cherchait à Peffrayer, en lui représentant que Downing s'en ferait l'instigateur, plus facilement à la Haye que partout ailleurs '. Il s'en montrait si peu préoccupé, qu'il repoussait fièrement la proposition qui était faite dans l'assemblée des Etats de Hollande, pour lui donner des gardes. Mais il ne se dissimulait pas les intrigues que le roi d'Angleterre pourrait facilement entretenir, à l'abri des immunités diplomatiques, si les conférences pour la paix étaient tenues dans la ville où les Etats siégeaient. Il résolut dès lors d'opposer un refus à la proposition de Charles II, malgré l'accueil favorable que les députés des autres provinces semblaient disposés à y faire. D'après ses conseils', les Etats de Hollande, se rendant en corps dans l'assemblée fédérale, déclarèrent qu'ils ne pouvaient être tenus d'accepter, contre leur gré, la réunion d'un congrès sur le territoire de leur province. Les Etats généraux se laissèrent persuader. Pour essayer de donner le change à Charles II, ils lui firent craindre de ne pouvoir protéger à la Haye, contre l'irritation populaire, la sûreté de ses envoyés, lui rappelant le sort funeste dont ceux de Cromwell avaient été victimes; ils ne l'en remercièrent pas moins de ses avances, et lui offrirent Bréda, Bois-le-Duc ou Maestricht, à son choix.
Après avoir inutilement tenté de provoquer ainsi des divisions intérieures, a ce qui est un grand trait de la politique anglaise v , écrivait de Witt à Van Beuningen, a et ce qui ne nous permet de parer
ï L. Wicqiiefort, 7 avril 1667 : Arch. aff. étr.
^ L. (le Witt à Van Beuiiingen, 13 et 31 mai, 7 août 1667.