‹ Jean De WittChapitre 190 sur 264 · CHAPITRE VI. 3D · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 3D

le coup qu'avec beaucoup de dextérité ' « , Charles II changea brusquement de tactique, et résolut de hâter à tout prix les conférences. 11 se proposait d'en profiter pour se rapprocher de Louis XIV, et rompre les liens qui unissaient la France à la république. Les circonstances paraissaient désormais se prêter à un changement de politique, et lui donnaient Tespoir d'enlever aux Provinces-Unies leur allié. Louis XIV se montrait impatient de commencer le démembrement de la monarchie espagnole, et se préparait à envahir les Pays-Bas, pour en revendiquer l'héritage, les armes à la main. Le gouvernement anglais prévoyait dès lors que les Etats généraux , menacés par cette annexion, se croiraient obligés de s'y opposer, et détacheraient ainsi eux-mêmes le roi de France de leur cause. Aussi, Charles II espérant les isoler, loin de récriminer contre leur refus de laisser le congrès se réunir à la Haye, s'empressa-t-il d'informer les Etats qu'il tiendrait compte de leur désir, en faisant choix de Bréda.

Le Grand Pensionnaire de Hollande ne pouvait manquer d'accueillir cette nouvelle offre de négociations. Il n'avait aucun parti pris contre la paix : les projets de Louis XIV sur les Pays-Bas espagnols lui paraissaient désormais trop redoutables, pour qu'il ne reconnût pas l'impérieuse nécessité de traiter avec l'Angleterre. Désirant préparer un rapprochement, il eut recours à Tentremise de l'ambassadeur suédois à Londres, Pierre Coyet, son ancien compagnon d'études à Leyde, pour faire proposer la médiation de la Suède, qui fut acceptée. D'ailleurs, il n'avait jamais voulu faire de la république l'ennemie irréconciliable de l'Angleterre et avait refusé, quelque temps avant l'incendie de Londres, de prendre aucune part à un complot destiné à y mettre le feu, en déclarant ce ne pas vouloir élargir et rendre irréparable la brèche entre les deux peuples ^ « . Plus tard, quand les hostilités furent reprises, de Witt écrivait encore ^t qu'il serait inutile et peu chrétien d'incendier les villes, et qu'il était bien préférable de ménager les habitants ' V . Dès qu'il apprit que Charles II était disposé à faire partir pour Brédases deux ambassadeurs, DenzillHollis et Henri Coventry, il pressa la nomination des plénipotentiaires de la république. Obligé

^ L. man. de Witt à Van Beuningen, 24 février 1667.

2 BURNET, t. II, p. 27.

3 L. man. de Witt à G. de Witt, 12 juillet 1667.

délaisser aux Etats de chaque province le droit de désigner Tun de leurs députés, et craignant a qu'une députation trop nombreuse ne fût facilement désunie \ i) il fît décider que les pleins pouvoirs ne seraient conGés qu'à trois des négociateurs, Jongestal, président de la cour de justice de Frise, Pierre de Huybert, pensionnaire de Zélande, et Beverningli, à qui la direction de l'ambassade fut réservée. Le roi de France se fit représenter par le comte d'Estrades et Courtin; le roi de Danemark, dont les Etats avaient exigé la participation au traité, par Clingenberg et Charisius, et le roi de Suède, en sa qualité de médiateur, par Flemming et le comte de Dohna, chargé de remplacer Coyet qui venait de mourir. En vue de prévenir toute querelle d'étiquette et de préséance, « une grande table ronde et fermée fut entourée de sièges égaux, avec huit guichets correspondant aux portes, de telle sorte que les négociateurs, en entrant, pouvaient de suite prendre leurs places devant eux, sans qu'aucune contestation pût se produire ^ -n .

Ce fut à Bréda, comme bientôt après à Aix-la-Chapelle, et plus tard à Madrid, que Beverningh justifia sa renommée d'homme d'Etat, et prit rang parmi les premiers diplomates de son temps. D'après le témoignage de ses contemporains % le boniieur de faire cesser les différends était attaché à son étoile, et le surnom de pacifique pouvait à bon droit lui être donné, ce II n'y a pas d'affaire si difficile qu'il ne démêle, lorsqu'il veut bien s'y appliquer 15, déclaraient ceux qui traitaient avec lui ^. Sa perspicacité et la rectitude de son jugement le servaient à souhait pour le succès d'une ambassade. Doué, en outre, d'une élocution facile qui s'élevait aisément jusqu'à l'éloquence, il savait joindre la modération à la fermeté. « Moins rigide que Jean de Witt, il encourageait plus facilement les confidences, quand elles n'étaient pas contraires au bien de l'Etat ^ i? — u. Pour se fiiire passer ses inégalités

' L. de Witt à Reigenberg, 26 août 1667.

2 L. Wicquefort, 21 août 1667.

3 Bayle, /. c, p. 389.

■* Voir son procès-verbal, p. 216 et 218. Résol. et considération, p. 195 et 197, ainsi que son exposé du 2 décembre 1653 à Cromwell et aux commissaires du conseil d'État d'Angleterre. — L. de J. de Witt, t. IV, p. 526. — Vaiv Dijk, p. 386, 393, Étude sur les relations diplomatiques des Provinces-Unies avec la France et avec V Espagne.

5 Chavut, Mémoires, 1655 : .^rch. aff. étr.

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