CHAPITRE VI
(Phumcur, il les meltait volontiers sur le compte d'une intempérance affectée à dessein» , et qui est signalée par tous les rapports des ambassadeurs français, et II aime boire » , dit Courtin, « et les premières fumées du vin lui montent à la tête'. » « Il perd souvent, avec la sobriété du matin, le mérite et la capacité qu'il a jusqu'au dîner», observe Pomponne^. « Un peu plus de débauche le rend souvent plus hardi à parler» , écrivait plus tard d'Estrades '. A l'abri de cette excuse , il se permettait les véhémences de langage et les emportements qui pouvaient hâter le dénoùment des négociations diplomatiques, et en assurer le succès.
Les États comptaient sur lui pour déconcerter, par la prompte conclusion de la paix , les secrets projets d'accord entre les deux rois de France et d'Angleterre. Tandis que les ambassadeurs anglais cherchaient à rendre le Grand Pensionnaire de Hollande suspect, en l'accusant de complicité avec le roi de France, qui, disaient-ils, « une fois les Pays-Bas espagnols conquis , le nommerait comte de Gueldre * », ils témoignaient eux-mêmes le plus grand empressement à se concerter avec les négociateurs français. Les envoyés de Louis XIV répondaient à ces avances par leurs encouragements; ils engageaient les plénipotentiaires de Charles II à soutenir les prétentions de l'Angleterre % tout en dissuadant ceux des Provinces-Unies de rien céder. Ce manège n'était pas difficile à découvrir et avait éveillé la défiance des ambassadeurs de la république, qui firent partager leurs soupçons aux Etats généraux, ^t Ceux qui ont le principal crédit à la Haye » , avouait le comte d'Estrades ", tt appréhendent que la paix ne soit suivie d'une étroite liaison entre la France et l'Angleterre. » — ^ Je crois, d'après mes avis et d'après mon opinion personnelle » , écrit de son côté Jean de Witt à Beverningh \ "que nous n'avons aucune assistance à attendre des Français pour le succès des négociations; mais je ne peux croire encore qu'ils trahissent et en viennent à traiter sans nous ; toutefois, nous pouvons nous conduire sur la supposition que les Fran-
1 L. Courtin, 14 juillet 1667.
2 L. Pomponne à Louis XIV, 9 octobre 1670 : Archives aff. étr.
3 L. d'Estrades, 14 et 28 août 1676.
4 L. man. de Van Manmaker à de Witt, 11 mai 1667.
5 L. Clarendon à de Ruvigny, 10 juin 1667.
6 L. d'Estrades, 16 et 21 juin 1667.
■^ L. man. de Witt à Beverningh, 14 juin 1667.
400 JEAM DE WITT.
çais seraient capa!)les de cette infamie; et c'est ce que nous ferong effectivement, car j'ai cette maxime arrêtée qu'il faut toujoure s'attendre à ce qu'il y a de pire. «
Pour déjouer cette tactique, les plénipotentiaires des États cherchaient à obtenir la conclusion de la paix, par les offres les plus sincères elles plus pressantes. D'après leurs propositions, les puis» sances belligérantes devaient avoir le choix, soit de recouvrer tout ce qui leur appartenait avant la guerre, soit de garder ce qu'elles possédaient, en renonçant à toute réclamation antérieure. Les envoyés anglais se prononçaient pour cette dernière offre, mais refusaient de souscrire à la condition qui y était ajoutée. Ils voulaient réserver au roi d'Angleterre le droit de renouveler les différends qui avaient servi de prétexte à la rupture du dernier traité, et lui ménager ainsi ^occasion de recommencer à son gré les hostilités; ils joignaient à leurs exigences la demande d'une amnistie destinée à faire rentrer en Hollande les complices de Buat, et se proposaient de favoriser ainsi de nouvelles intrigues contre le gouvernement des Etals. Leurs contestations rendaient les conférences inutiles et pouvaient faire craindre qu'elles ne fussent bientôt rompues. A cette politique de lenteurs calculées et de mauvais vouloir prémédité, le Grand Pensionnaire de Hollande résolut d'opposer un coup d'audace qui accabla l'Angleterre sous le poids d'un désastre imprévu et permit aux Provinces-Unies de conquérir la paix par la victoire.
Tandis que le roi d'Angleterre, s'abandonnant à une sécurité trompeuse, remettait la flotte sur le pied de paix, et faisait désarmer une partie de ses vaisseaux, les Etats généraux plus prévoyants s'étaient mis en mesure de recommencer la guerre , sans tenir compte des négociations. De Witt les avait pressés de pourvoir aux dépenses d'une nouvelle campagne, pour lesquelles 15 millions de florins furent fournis aux amirautés. Les États de Hollande en prirent huit à leur charge '. Pour subvenir à cette augmentation de leur contingent, ils ne pouvaient plus avoir recours aux emprunts, qui depuis le commencement de la guerre avaient dépassé 12 millions de florins ^ La vente de quelques domaines
* L. Wicquefort, 10 mars 1667.
2 Le chiffre des emprunts successivement contractés pendant la guerre était de 12,295,793 florins, dont un million en rente viagère.