‹ Jean De WittChapitre 192 sur 264 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ne leur donnait que des produits insuffisants. Obligés dès lors de ne pas épargner les contril)uables , ils rétablirent l'impôt du capital au taux du deux centième denier, élevèrent de 10 à 15 pour lOOrimpôt du revenu, et doublèrent la taxe des cheminées \ Le généreux empressement des conseils des villes, qui, suivant l'exemple donné par Amsterdam, offrirent de faire à leur compte au trésor public les avances de ces contributions ^, leur vint utilement en aide.

Grâce à l'emploi de ces ressources, la flotte, qui était prête à tenir la mer, comprenait 66 vaisseaux armés de 3,300 pièces de canon. Elle portait à bord 28 compagnies d'infanterie armées pour un débarquement, et avait à son service comme transfuges plusieurs pilotes anglais soigneusement recrutés en vue d'une invasion maritime en Angleterre. Le Grand Pensionnaire la méditait depuis longtemps. Pendant la campagne de Tannée précédente, il s'était avancé jusqu'aux embouchures de la Tamise pour reconnaître les passages qui pourraient être accessibles aux vaisseaux des Provinces-Unies et leur permettre d'aller y détruire une partie de la flotte anglaise; il avait en outre pressé Ruyter de préparer les mesures destinées à l'exécution de ce projet '. Une fois les armements complétés, il obtint facilement Tordre de faire partir du Texel les escadres de Hollande.

Empêché de quitter la Haye, où il était retenu par la nécessité de surveiller les négociations, il se fit remplacer par son frère. Corneille de Witt, que les Etats de Hollande désignèrent comme leur plénipotentiaire auprès de l'amiral. Les instructions qui donnaient à Tentreprise sa destination offensive furent secrètement préparées dans la commission des députés chargés des affaires de la marine, auxquels les Etats généraux avaient remis leurs pouvoirs* : Jean de Witt prit soin de ne pas les laisser divulguer; écrivant à son frère, il lui recommandait « de n'adresser aux États aucune lettre concernant Tentreprise projetée , sans commencer par lui en donner connaissance ^ 5? .

iRésol. États de Hollande, l^r mars 1667; et 1. de Witt à Van Beuningen, 10 mars 1667.

2 L. d'Estrades, 23 décembre 1666.

3 L. mail, de Witt à Ruyter, 7 et 11 juillet 1666. ^ Résol. Hollande, 12 mai 1667.

. •' L. man. J. de Witt à Corneille de Witt, 6 juin 1666.

Une fois la flotte arrivée à Teinbouchure de la Tamise, devant Harwich, un conseil de guerre se réunit. Il décida qu'une escadre de 30 navires, dont 17 vaisseaux armés de 30 à 60 canons, et 13 frégates accompagnées de 10 brûlots, serait envoyée contre les vaisseaux anglais qui stationnaient dans la Tamise et dans l'un des affluents du fleuve, la rivière de Medway \ Le commandement en fut donné au lieutenant-amiral Van Ghent, et Corneille de Witt, jaloux de partager ses périls, réclama le droit de l'accompagner.

L'escadre d'opérations remonta la Tamise jusqu'au delà de Gravesend, à l'embouchure de la Medway, mais sans pouvoir rejoindre les vaisseaux anglais qui se retiraient du côté de Londres, et elle s'empara du fort de Slierness qui commandait le confluent des deux rivières. Après l'avoir foudroyé de son artillerie, elle prit possession de l'île de Sheppey , entra victorieusement dans la Medway et s'avança jusqu'auprès de Rochester, à quatorze lieues de Londres : le but de l'expédition était Chatham , principal arsenal de l'Angleterre, où les plus grands vaisseaux de guerre de lamarine anglaise se trouvaient à l'ancre, à demi désarmés. Ils semblaient à l'abri du danger. Des batteries élevées sur les deux rives de la Medway, et dont le tir était appuyé par des compagnies de fusiliers, quatre vaisseaux de guerre et deux frégates en état de défense, deux grands bâtiments et quatre brûlots coulés dans la rivière et ne laissant libre qu'un étroit chenal fermé par une chaîne de fer, opposaient à toute attaque des obstacles qui paraissaient insurmontables. Ruyter, qui avait rejoint en chaloupe son avant-garde, vint donner le signal de les enlever. L'escadre hollandaise, se contentant de faire usage de son artillerie, n'avait pas encore osé avancer, lorsque le capitaine Van Brakel, sans se laisser arrêter par la hardiesse de l'entreprise, se charge intrépidement de forcer le passage. Envoyé aux arrêts pour avoir laissé descendre à terre quelques-uns de ses matelots, il sollicite la liberté de remonter sur sa frégate, promettant d'aller détruire les vaisseaux ennemis. Le feu des batteries et des vaisseaux ne l'arrête pas ; il se dirige, sans tirer un seul coup, jusqu'auprès de la chaîne, et déchargeant tout à coup ses bordées sur la frégate la plus voisine, s'en rend maître à l'abordage. En même temps, le capitaine Daniel Van Rhein, qui l'avait suivi avec un brûlot, encou-

ï De Jonge, t. II, p. 179. — Pomponne, Mémoires imprimés , t. II, p. 436.

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