‹ Jean De WittChapitre 193 sur 264 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ragé par son exemple, précipite son navire contre la chaîne, la rompt, et met le feu à l'un des vaisseaux ennemis auquel elle servait de défense. La route étant ainsi ouverte, les autres frégates, entraînées par un irrésistible élan, s'avancent avec impétuosité ^ éteignent le feu des batteries du rivage et profitent de la confusion de l'ennemi, pour achever le succès de la journée. Un second vaisseau de guerre est incendié, sans que son capitaine, le brave Douglas, consente à le quitter', et le Roy al- Charte s, vaisseauamiral du duc d'York, qui avait ramené Charles II en Angleterre, abandonné par son équipage, tombe entre les mains des vainqueurs ^.

Pour compléter la victoire, les sept frégates les plus légères, commandées par des capitaines d'élite, remontent la rivière, et vont brûler, jusque sous le canon du château d'Upnor, quatre autres vaisseaux qui s'y étaient abrités. Ces ordres sont exécutés avec la plus audacieuse bravoure, sous les yeux de Corneille de Witt et de Ruyter, montés sur un brûlot, en vue du duc d'York et de Monk, témoins désespérés de ce désastre. Un seul vaisseau échappe, et les trois autres, qui portaient trois pavillons amiraux , n'ayant pu être coulés à temps par les Anglais , sont incendiés par les brûlots hollandais, tandis qu'un corps de matelots envoyé à terre s'empare des batteries, les encloue et détruit tous les matériaux qui pouvaient servir à l'armement d'une flotte.

L'épouvante se répandit jusqu'à Londres, où le bruit sinistré du canon étranger, qui résonnait à douze lieues de distance, fut entendu pour la première fois et ne devait plus jamais retentir. Le commerce était suspendu '; le peuple, sans ouvrage, s'assemblait dans les rues et criait à la trahison. « On eût dit, écrit un contemporain, non-seulement que les Hollandais étaient maîtres de la rivière, mais encore qu'ils avaient débarqué une armée de cent mille hommes. Il semblait qu'il n'y eût plus qu'à attendre l'arrivée de l'ennemi, sans qu'il restât aucun espoir de lui résister \ » La république des Provinces-Unies se vengeait ainsi des inquiétudes que lui avait données la descente des Anglais au Texel, et réparait,

1 L. Temple à lord Lisle, août 1667.

2 23 juin 1667.

» L. Wicquefort, 14 juillet 1667.

* BURNET, t. II, p. 75.

presque en un seul jour, les longs malheurs dont la guerre rayait rendue victime.

Tandis que cette victoire était célébrée dans les Provinces-Unies par les actions de grâces religieuses et par tous les témoignages d'une joie patriotique, le Grand l*ensionnaire se montrait impatient de nouveaux succès qui permissent d'achever la ruine de la marine anglaise. Dans cette vue, il réclama Tassistance toujours inutilement promise des forces navales de la France '. A peine instruit de Theureux résultat de l'expédition, il presse l'ambassadeur d'Estrades de décider le roi de France à mettre au service de la république des brûlots construits pour son compte à Amsterdam, en les envoyant comme renforts à la flotte des Etats qui en était insuffisamment pourvue '. Louis XIV eut soin d'éluder la demande; il était trop intéressé à ménager le roi d'Angleterre, pour aider les Provinces-Unies à l'accabler ^ Il se contenta d'annoncer * que son amiral, le duc de Beaufort, avait reçu copie de la nouvelle convention précédemment arrêtée ' pour la jonction des deux flottes, avec ordre de s'y conformer. Mais de Lionne ne craignit pas d'avouer que l'ordre avait été contremandé, dans la prévision que la paix serait bientôt conclue, et le duc de Beaufort continua, pendant deux mois, à attendre tranquillement la 6n de la guerre, dans le port de Brest.

D'autres mécomptes mirent obstacle au succès du plan dont le Grand Pensionnaire poursuivait opinâtrément l'exécution. L'entreprise qui venait d'être si glorieusement accomplie avait jusqu'alors donné raison aux hardis conseils qu'il avait adressés à son frère. Quand la flotte avait quitté les ports de la Hollande, il s'était empressé de lui signaler, avec les détails les plus précis, les moyens d'entrer dans la Tamise et dans la Medway*^. Quelques jours plus tard ', dans une lettre qui se croisa avec la nouvelle de la victoire de Chatham, mettant à profit les renseignements secrets qu'il recevait d'Angleterre-, il lui désignait les vaisseaux ennemis

1 L. d'Estrades, 16 juin 1667. ,

2 L. man. de Wilt à d'Estrades, 28 juin 1667.

3 L. d'Estrades, 30 juin 1667.

♦ L. Van Beuningen à de Witt, 1^' juillet 1667. s 19 mars 1667.

« L. J de Witt à G. de Witt, 10 juin 1667. "^ Ibid., 24 juin 1667.

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