CHAPITRE VI
qui pourraient être pris ou détruits. Dès que ses prévisions furent justifiées, il n'eut plus d'autre crainte que celle d'un temps d'arrêt dans les derniers coups qu'il aurait voulu porter à l'ennemi, a S'il n'y a pas d'autre obstacle que le vent contraire w , écrit-il à son frère ', « il faut avancer à la rame. Dans tous les cas, je me fie à votre caractère résolu pour être assuré qu'on ne laissera rien de possible sans le tenter, et dans la consternation où se trouve l'Angleterre, tout semble facile à une force aussi formidable que celle dont vous disposez. ïl ne faut pas qu'on puisse dire plus tard 4 Vincere scit^ Victoria uti nescit '. « 11 sait vaincre; il ne sait pas profiter de la victoire.
Les Etats généraux s'associèrent aux inspirations de cette politique entreprenante. Ils venaient d'apprendre que l'escadre expéditionnaire, ne trouvant plus aucun bâtiment ennemi à portée, et inquiète de la réunion des milices appelées de toutes parts pour repousser un débarquement, était sortie de la Tamise. Mécontents de cette retraite, ils lui donnèrent l'ordre « de rentrer dans le fleuve pour le remonter aussi loin qu'elle pourrait s'avancer, ei tenir ainsi l'ennemi dans des inquiétudes continuelles ' îî . Jean de Witt accompagnait cette dépêche de la lettre suivante adressée à son frère, dans laquelle il semblait se plaindre des hésitations qui arrêtaient la prompte exécution de ses conseils, ce J'espère ", lui écrivait-il *, « que les officiers en chef, ayant reconnu que des entreprises qui ont été longtemps jugées impossibles sont tout à fait praticables, se montreront désormais d'autant plus disposés à faire d'autres tentatives, bien qu'elles leur semblent quelque peu difficiles. MM. les commissaires des Etats pour les affaires de la marine prient Dieu d'inspirer aux officiers de terre et de mer qui sont auprès de vous tant d'ardeur et d'entraînement, que vous soyez obligé de les retenir, t) Dans une lettre suivante, il reprochait à son frère de demander des ordres aux États généraux, au lieu de les donner lui-même, en usant des pleins pouvoirs qui lui étaient confiés, et lui témoignait une impatience qui ne tenait compte d'aucun obstacle. « Nous ne comprenons pas •» ^ lui écrivait-il^
» L. J. de Witt à G. de Witt, 30 juin 1667.
2 L. des États généraux à Ruyter et G. de Witt, 3 juillet 1667.
3 L. man. J. de Witt à G. de Witt, 3 juillet 1667. < /ôiW., 9 juillet 1667.
u que nos officiers supérieurs, qui devraient vous surpasser en courage et en résolution, ne puissent se conformer à vos idées, et que nos vaisseaux continuent à rester tranquilles. »
La présence du Grand Pensionnaire sur la flotte faisait défaut. Son frère ne pouvait le remplacer; il était trop habitué à lui obéir, pour donner lui-même la direction. Embarrassé par les dififérentes instructions qui lui étaient adressées, il n'osait y suppléer par une prompte résolution, et son intrépidité ne pouvait tenir lieu de l'autorité qui lui manquait. Pour obéir aux ordres qu'il avait reçus \ Ruyter reprit roflensive, mais tenta inutilement de faire éprouver à l'ennemi de nouvelles pertes qui auraient achevé sa ruine. Il n'osa pas s'engager jusque sur les côtes de l'Ecosse, malgré le conseil peut-être téméraire de Jean de Witt^ qui le pressait d'aller attaquer le port de Montrose, afin de donner une fausse alerte, à l'aide de laquelle il se porterait ensuite sur Leith et Edimbourg, qui étaient dégarnies de troupes. Après avoir essayé, pour satisfaire les Etats généraux, de rentrer dans la Tamise, il reconnut qu'il ne pouvait sans danger remontei ]e fleuve au delà de Gravesend, les Anglais ayant intercepté le passage, au-dessous de Londres, par plusieurs bâtiments qu'ils avaient coulés. Il se contenta de laisser une escadre, sous le commandement du lieutenantamiral Van Nés, au confluent de la Tamise et de la Medway, afin de fermer la sortie du fleuve, et se mit à la recherche des vaisseaux ennemis, dans tous les ports du voisinage. L'attaque qu'il tenta à la sortie delà Tamise contre le port de Harwich ^ n'ayant pas réussi, il se présenta tour à tour devant Portsmouth, Dartmouth, Torbay, Plymouth '*, et s'avança jusqu'aux extrémités de la côte méridionale. Mais les vents étaient contraires; les ports avaient été fortifiés €t rendus inaccessibles; le succès de Tentreprise se réduisit à une descente à Torbay, où quelques vaisseaux marchands furent brûlés. Peu s'en était fallu, pendant cette excursion, que l'escadre de Van Nés n'eût été détruite : elle avait eu à repousser deux attaques % dans lesquelles les brûlots ennemis l'avaient mise en
1 L. des États généraux à Ruyter et G. de Witt, 3 et 10 juillet 1667.
2 L. man. J. de Witt à Ruyter, 6 juillet.
* Ibid., 12 juillet.
* Ibid., 22 juillet, 25 août.
^ Ibid., 5 août.