CHAPITRE VI
danger, et quand Ruy ter la rejoignit, elle était sortie delà Tamise, qu'elle continuait à bloquer, mais en se contentant de stationner à rembouchure du fleuve.
Quoique les dernières tentatives n'eussent pas donné pleine satisfaction aux espérances du Grand Pensionnaire, le succès de cette campagne navale, si audacieusement obtenu, ne pouvait manquer de hâter le dénoûment des négociations. L'orgueil de TAngleterre était abattu; naguère souveraine des mers, elle avait été réduite à ne pouvoir empêcher l'invasion de son territoire, et ses flottes, fuyant devant les vaisseaux ennemis, n'avaient pu suffire à la défendre. Elle était humiliée par une république que ' les ministres de Charles II s'étaient vantés « de châtier à coups de fouet ^ V ; l'incendie de ses vaisseaux ne lui permettait plus de prolonger sans danger la résistance qu'elle avait jusqu'alors opposée à la conclusion de la paix. A la première nouvelle de la reprise des hostilités, les ambassadeurs de Charles II, appuyés par les ambassadeurs français, avaient, il est vrai, fièrement déclaré qu'ils ne restaient plus à Brèda que pour attendre leur rappel; mais le désastre qui portait un coup si funeste à la puissance maritime de l'Angleterre les contraignit de dissimuler leurs ressentiments. Ils reçurent l'ordre de presser la conclusion des négociations et d'obtenir ainsi la paix sans aucun retard. De leur côté, les États étaient disposés à ne pas abuser de la victoire : le grand pensionnaire de Witt, malgré les ardents encouragements qu'il avait donnés à la dernière expédition, n'avait jamais perdu de vue qu'elle a était surtout destinée à terminer promptement la guerre * ^5 . Fidèle interprète de la pensée fraternelle, Corneille de Witt, sans céder aux entraînements belliqueux, écrivait aux Etats généraux en ces termes, le soir même du combat, à bord du Roy al- Charles^ trophée de la victoire : u Nous remercions le Dieu tout-puissant qu'il ait plu à sa Providence de rendre aussi glorieuses les armes de Leurs Hautes-Puissances, et nous ne pouvons douter qu'à leur grand contentement la paix ne soit obtenue \ »
D'ailleurs, elle ne pouvait être retardée, sans compromettre irréparablement les intérêts de la politique étrangère. L'invasion de
* Glarendon, Mémoires.
2 L. man. J. de Witt à G. de Witt, il juin 1667.
3 L. G. de Witt aux États généraux, 23 juin 1667.
Louis XIV dans les Pays-Bas espagnols venait de jeter l'alarme dans les Provinces-Unies. Tant qu'elles étaient aux prises avec TAngleterre , elles ne pouvaient tenter d'arrêter les conquêtes du roi de France, et pour n'être pas réduits à Timpuissance de s'y opposer, les États généraux se montrèrent encore plus empressés de hâter la conclusion des négociations. Leur modération acheva l'œuvre commencée par la victoire, et les persévérants efforts de Beverningh , qui lui valurent les témoignages les plus flatteurs de satisfaction \ levèrent les derniers ohstacles. u Ce n'avait été qu'avec regret que j'avais vu ma patrie entraînée dans une funeste guerre « , écrivait de IVitt au ministre plénipotentiaire de l'empereur d'Allemagne % te tellement que ce ne peut être qu'avec une joie extrême que je l'en verrai sortir, tant pour son repos que parce que j'espère que cette paix particulière sera un acheminement à la paix générale de toute l'Europe. «
Les envoyés de Charles II, qui voulaient paraître ne rien céder à la fortune contraire, ayant renouvelé quelques-unes de leurs premières prétentions, les envoyés des Etats ne cherchèrent pas à s'en prévaloir pour leur opposer de nouvelles exigences; ils s'en tinrent à leurs premières propositions, sans que le succès de la dernière expédition leur y fît rien changer. Ces propositions, jusque-là repoussées par le roi d'Angleterre, devinrent les articles du traité signé ' sous la médiation de la Suède entre les parties belligérantes, qui le ratifièrent* un mois plus tard. Toutes les conquêtes qui leur appartenaient avant la guerre leur furent réciproquement attribuées. L'Angleterre garda la Nouvelle Amsterdam ou New -York, et New-Jersey en Amérique. Les Provinces- Unies se firent rendre la colonie de Surinam qu'elles avaient perdue, et quoiqu'elles eussent antérieurement promis de restituer à l'Angleterre l'île de Pouleron, l'une des Moluques, la plus riche peut-être des colonies de la Compagnie des Indes, elles la conservèrent, en alléguant qu'elles ne s'en étaient jamais dessaisies.
Le roi d'Angleterre renonça en outre à toutes les réclamations qui avaient servi de prétexte à la guerre. Il se relâcha sur quelques
^ L. man. J. de Witt ù Beverning, l^"^ août 1667.
2 L. de Wilt à Lisola, 21 juillet 1667.
3 Paix de Bréda, 31 juillet 1667.
* 24 août 1667.