‹ Jean De WittChapitre 201 sur 264 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

mains débiles, n'avait pour héritier qu'an enfant de quatre ans, si frôle qu'il ne semblait pas destiné à lui survivre. Son fils naturel, don Juan, qui s'était signalé à la tète des armées espagnoles en Italie et en Flandre, était tombé en disgrâce, et c'était à sa veuve, la reine Marie-Anne d'Autriche, sœur de l'empereur d'Allemagne Léopold, que la régence était confiée. Il avait institué pour l'assister un conseil ou junte de régence composé de six membres : le comte de Castrillo, président de Castille, chef de la justice et de la police du royaume; don Christoval Crespi, vice -chancelier d'Aragon; le cardinal de Sandoval, archevêque de Tolède; le cardinal d'Aragon, inquisiteur général; le marquis d'Ayetona, représentant la grandesse d'Espagne; le comte de Peiîiaranda, conseiller d'État. Le premier acle.de la régente fut le choix d'un nouveau conseiller : c'était son confesseur, le Père Nithard; elle lui fit céder par le cardinal d'Aragon les fonctions d'inquisiteur général et ne tarda pas à lui donner la direction du gouvernement, sans trouver en lui aucune des qualités d'un premier ministre.

Les Pays-Bas étaient la possession la plus menacée de la monarchie espagnole : n'ayant à attendre aucun secours efficace de l'Espagne, ils ne pouvaient opposer la moindre résistance à une agression. Les gouverneurs qui s'y étaient succédé depuis Tarchiduc Léopold^, n'avaient pu les remettre en état de défense , ou bien avaient négligé de pourvoir à leur sécurité. Le marquis de Castel-Rodrigo, nommé depuis trois ans, s'était mis courageusement à Fœuvre pour sortir de cette détresse et pour résister à l'invasion française qu'il prévoyait. Toutefois, malgré l'appel d'argent et de soldats qu'il ne cessait d'adresser à Madrid, il avait à peine sous la main 20,000 hommes disséminés dans toutes les garnisons, et ne comptait pour la résistance que sur les régiments allemands fournis par la cour de Vienne. « Si les Français nous attaquent au printemps, » écrivait-il ^, ic je ne vois pas comment ces provinces seront sauvées, à moins d'un miracle v

Trop confiant dans son courage et son activité % Castel-Rodrigo croyait pouvoir se passer d'auxiliaires ; prétendant suffire à tous les services publics, malgré la goutte qui le retenait souvent dans

2 L. de Castel-RodrJgo, 20 mars 1667.

3 De Guiche, Mémoires, p. 265, 267.

son cabinet, il se montrait jaloux de conserver pour lui seul l'exercice (le tous les pouvoirs politiques et militaires. Il s'élait ainsi privé (le Tassislance du prince de Ligne, le plus grand seigneur des Pays- Bas, dont la disgrâce avait indisposé la noblesse flamande '. Il avait également tenu jusqu'alors à Técart le seul officier de talent et d'expérience dont l'Espagne pût disposer, le comte de Marsin, ancien compagnon d'armes et lieutenant de Condé, éloigné par la Fronde du service de la France, et à qui la cour de Madrid avait confié le commandement des troupes dans les Pays-Bas. Les provinces espagnoles ainsi délaissées semblaient être une proie offerte au premier occupant.

L'Espagne , dans cet abandon , avait trouvé pour défendre sa cause deux diplomates, l'un à son service, l'autre au service de l'empereur d'Allemagne, don Estevan de Gamarra et le baron Lisola. Don Estevan de Gamarra, amnassadeur d'Espagne à la Haye, avait exercé les principales cbarges militaires dans les armées espagnoles; il s'y était élevé jusqu'au rang de maître de camp général, et avait obtenu Je gouvernement de la citadelle de Gand. Kecbercbé et apprécié comme négociateur, il ai/ait à sa disposition les ressources d'un caractère affable et d'un esprit délié. ce Son bumeur gaie et ouverte le rendait d'un commerce doux et agréable » , écrivait un ambassadeur de France ^ qui l'avait beaucoup connu, " et quelque opposés que fussent nos intérêts, nous vécûmes ensemble avec beaucoup de liberté et de familiarité. )5 Mais il n'avait pu jusqu'alors détourner le cours des événements, et avait fait de vains efforts pour détacber les Provinces-Unies de l'alliance française.

A côté de don Estevan de Gamarra, François de Lisoladonnait des preuves d'une énergie et d'une activité de caractère peu communes, jointes à de rares talents de publiciste. Il était né en 1613 à Salins, en Francbe-Comté , et à ce titre, se trouvait être sujet espagnol ; mais dès sa jeunesse, il avait passé au service de l'empereur d'Allemagne, qui, après l'avoir employé dans les négociations les plus importantes , l'envoya tour à tour comme ambassadeur à Londres et à la Haye, en lui donnant le titre de baron. Il s'était empressé de signaler les dangers de la puissance française ^ , avait

^ De Guiche, Mémoires, p. 275.

- PoAii'ONNE, Négociations man., t. II, p. 136.

2 L. d'Estrades, 17 septembre 1669 ; et L. de Lionne, 13 janvier 1668.

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