CHAPITRE Vil
entre le Portugal et TEspagne. Quoique le traité des Pyrénées eût stipulé que la France cesserait de donner assistance au Portugal, il n'en faisait pas moins oflrir à la cour de Lisbonne une alliance offensive et défensive qui fut acceptée avec empressement. Il réussissait ainsi à tenir l'Espagne dans de perpétuelles alarmes qui mettaient obstacle à tout envoi de secours dans les Pays-Bas.
Le roi d'Angleterre lui-môme était devenu Pauxiliaire de la politique française. En lui déclarant la guerre, afin de ne pas laisser les Provinces-Unies succomber à une lutte inégale , Louis XIV avait eu soin de s'en tenir aux apparences de la rupture, et comptait bien recueillir le prix des ménagements qu'il lui témoignait. Aussi lui avait-il fait offrir ' avec confiance, une convention par laquelle les deux rois se promettaient « de ne prendre, pendant une année entière, aucune liaison contraire à leurs intérêts réciproques w . Charles II lui en donna l'assurance dans une lettre qu'il adressa à sa mère, restée en France, et Louis XIV, se contentant de cette déclaration, fit remettre à la reine douairière d'Angleterre, le même engagement. « Vous pouvez craindre sérieusement « , écrivait au grand pensionnaire de Witt l'un de ses correspondants, Cl qu'en vue de la conquête des Pays-lîas, la France ne s'unisse avec l'Angleterre, tout étant à prévoir dans un siècle où il n'y a que corruption et infidélité ^ v .
Privés ainsi de toute assistance, et obligés en même temps de continuer à soutenir la guerre contre l'Angleterre, les Etats généraux n'avaient que deux partis à prendre, l'alliance avec l'Espagne, ou la temporisation avec la France.
En prenant la défense de l'Espagne, ils ne pouvaient espérer, pour le moment, engager avec eux aucune autre puissance, et se mettaient en rupture ouverte avec la France. Toutefois, sous le coup de leurs ressentiments et de leurs appréhensions, ils auraient été tentés d'intervenir dans la lutte, si téméraire qu'elle fût, pour donner à l'Europe le signal de la résistance, si l'Espagne ne les avait rebutés. Persuadée que les Provinccs-Lnies avaient plus d'intérêt qu'elle-même à la défendre % l'Espagne prétendait
' Février 1667.
2 L. man. à de Witt, 16 mai 1667.
3 L. Arlington, 9 juillet 1669.
que le salut des Pays-Bas ne deiaii lui couler aucun sacrifice, et regrettait déjà les propositions que le gouverneur des l\iys-Bas avait adressées aux Etats généraux, pour obtenir leur concours. Celui-ci venait de négocier avec eux \ par Tentremise de son principal ministre, le baron de Berglieyck, un projet d'alliance défensive. Aux termes de celte convention, les Etats promettaient d'assister PEspagne par un prêt de 3 millions et un renfort de 12,000 bommes, moyennant la remise en gage des ville d'Ostende, de Bruges et de quelques forteresses limitropbes des Pays- Bas et des Provinces-Unies, dans lesquelles ils devaient tenir garnison. Mais les illusions que la cour de Madrid se plaisait à entretenir, et la sécurité renaissante que lui donnaient le temps d'arrêt de l'expédition française ainsi que Tapprocbe de Pbiver, eurent bientôt cbangé ses dispositions. L'Angleterre, pour prix de l'assistance qui lui était demandée par le gouvernement espagnol, réclamait également une cession de territoire, de telle sorte que TEspagne, obligée de partager les Pays-Bas entre le roi de France et ses deux alliés, aurait été, comme récrivait ironiquement le marquis de Castel-Rodrigo, ce châtiée de trois verges pour une » . D'après les nouvelles instructions qui lui furent adressées, il déclara n'être plus autorisé qu'à engager les forts et les revenus du pays de Waas déjà dévasté par les troupes françaises. Les Etats généraux s'irritèrent d'une proposition aussi dérisoire; ils se gardèrent de continuer leurs avances; du moment où l'Espagne semblait les éluder, et de Witt fit déclarer à l'ambassadeur espagnol à la Haye, don Estevan de Gamarra, a que si ses maîtres n'avaient pas d'autres amis que les Etals, ils pouvaient bien se vanter de n'en avoir pas du tout ^ « .
La conduite indécise de l'Espagne servait la politique du Grand Pensionnaire, qui craignait, comme une mesure de désespoir, toute rupture précipitée avec la France. Son programme politique se résumait dans cette phrase d'une lettre qu'il écrivait plus tard aux ambassadeurs des Etats généraux en Angleterre, Meerman et Boreel ^ « Abandonner l'Espagne, c'est faire cadeau à la France
* 10 septembre 1667.
^ L. Meerman à de Witt, 13 novembre 1667. L. de Witt à Meerman, 18 novembre 1667. Wicquefort, t. III, p. 340, ^ L. de Witt à Meerman et Boreel, 6 avril 1G68.