CHAPITRE VII
des Pays-Bas; prendre à soi seul parti pour elle, c'est folie. Il ne reste donc à proposer que la conciliation. " De Witt était bien déterminé à ne pas reculer devant la résistance pour empêcher que la domination française ne s'étendit sur les Pays-Bas. Mais il avait, d'autre part, trop de prudence, pour ne pas considérer que la république se compromettrait inutilement, tant qu'elle ne pourrait pas s'assurer le concours de puissants alliés. Il résolut donc de gagner du temps en négociant : ce parti était à la fois le plus sage et li; plus habile. En le suivant, les Etats généraux restaient maîtres de donner suite aux projets d'entente avec Louis Xîi , si le roi de France modérait ses prétentions, et si l'inaction de l'Europe obligeait la république à transiger avec lui : en même temps, ils conservaient la liberté de réunir contre lui, tôt ou tard, les autres puissances, si son ambition, en ne gardant aucune mesure, éclairait l'Europe sur le danger de ses conquêtes.
Louis XIV favorisa lui-même le plan du Grand Pensionnaire, en mettant fin à la campagne des Pays-Bas, avant que la saison l'y contraignît. La prise d'Alost par Turenne ^ termina l'expédition, qui sembla dès lors remise à l'année suivante, u Jamais la promptitude et la furie françaises n'ont moins paru qu'en cette occasion » , écrivait à de Witt l'un de ses correspondants *. Le désir de revenir à Versailles, pour y jouir de l'éclat de son triomphe, n'aurait pas assurément suffi pour empêcher le roi de France d'achever son entreprise, s'il n'avait cru devoir céder aux conseils de la politique, en témoignant aux Etats généraux des ménagements inattendus.
Les premières tentatives d'accord n'avaient pas trouvé auprès de lui un accueil favorable, malgré l'empressement que le Grand Pensionnaire y avait mis. Quoique l'invasion du roi de France dans les Pays-Bas lui semblât une atteinte aux engagements d'accord préalable que Louis XIV avait pris avec les Provinces-Unies, de Witt avait en quelque sorte fait violence à ses légitimes ressentiments, afin de laisser ouverte la voie des négociations. Il avait repris sa correspondance avec le comte d'Estrades, qui, pour se dérober à des entretiens importuns, était reparti pour Bréda.
* 11 septembre 1667.
^ L. man. à de Witt, février 1668-
432 JEAIV DE WITT.
« Ceux à qui Ton a assuré, tant par paroles que par dépêches i) , lui écrivait-il, " qu'on ne poursuivrait pas par la voie de fait le droit et les prétentions de la Reine sur les Pays-Bas espagnols, sans leur avoir tout confidemment communiqué auparavant, et qu'on n'y entreprendrait rien qu'après un préalable concert fait avec eux, et qui, sur cette parole formelle, ont donné les mêmes assurances à ceux de l'État les plus considérés par leur prudence et leur dignité, se trouvent présentement incapables de lever ces ombrages et d'eflkcer les fâcheuses impressions qu'ils peuvent avoir prises; en effet, ils se trouvent eux-mêmes frustrés de l'effet de ces assurances, aussi bien que ceux qui, sur leur rapport, ont cru y trouver le repos et la sûreté requise. Je supplie donc Votre Excellence de faire ressouvenir Sa Majesté de tout ce qui s'est passé sur ce sujet, afin qu'elle exécute encore la même promesse si solennellement faite '. n Pour donner plus de poids à sa demande, il faisait déclarer à Louis XIV ^ « que les États de Hollande disposeraient volontiers les États généraux à s'entremettre pour engager l'Espagne à lui donner une satisfaction raisonnable, pourvu que le roi de France leur fit sincère confidence de toutes ses intentions ». Il réclamait avec instance de Louis XIV ce gage de bonne foi. « Je vous supplie d'être persuadé et de faire savoir à la cour, autant qu'il sera besoin v , écrivait-il encore à d'Estrades, « que l'affaire ne souffre pas plus de délais, et que je mettrai en œuvre tout ce qui dépendra de moi, afin que Ton s'entre-entende sur cette importante affaire, moyennant que l'on ne m'en rende pas tout à fait incapable, en relardant encore plus longtemps les ouvertures que nous attendons '. »
Louis XIV ne répondait pas à ces avances. Malgré les conseils que le comte d'Estrades lui donnait, en l'avertissant qu'il s'exposait à l'hostilité imminente des Provinces-Unies, il avertissait son ambassadeur ^ a qu'il ne voulait pas se laisser engager dans des négociations imaginaires qui donneraient le temps aux Espagnols de se mieux préparer à se bien défendre, et à attirer aux Pays-Bas des secours étrangers «. Toutefois, le Grand Pensionnaire sut
' L. de Witt à d'Estrades, man., 23 mai 1G67. (Voir Goaibes, Mélanges historiques, 1873, p. 292.)
- L. de Witt à Van Beuningen, 19 mai 10G7.
3 L. de Witt à d'Estrades, 19 juin 1667. Combes, p. 297.
^ L. Louis XIV à d'Estrades, 8 juin 1667.