‹ Jean De WittChapitre 207 sur 264 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

mettre tant dliabileté et tant de persévérance dans ses propositions, qu'il réussit à faire reprendre les pourparlers diplomatiques. Eu chargeant Van lîeuningen d'offrir au roi de France ', avec la Franche-Comté, les villes de Cambrai, Saint-Omer, Aire, il entreprit de le ramener aux projets d'accord auxquels l'invasion des Pays-Bas semblait avoir porté un coup irréparable. La paix entre l'Angleterre et les Etats généraux % que le gouvernement français avait vainement tenté de retarder, les négociations d'alliance plutôt suspendues que rompues entre les Etats généraux et l'Espagne, engagèrent Louis XIV à se montrer moins exigeant. Les offres de Van Keuningen lui paraissaient insuffisantes ; mais il se montrait toutefois disposé à en tenir compte. Renonçant à faire valoir ses prétentions sur tous les Pays-Bas, il se contentait de réclamer les places qui bordaient les frontières de la France, Douai, Tournay, Bergues, Cambrai, Saint-Omer, Aire, et il abandonnait la ville de Lille qu'il avait conquise, en l'échangeant pour une bande de territoire qui permettrait à la France de s'avancer dans les Pays-Bas jusqu'à Cbarleroi. Il demandait, par compensation, que le gouvernemen* espagnol se dessaisît non-seulement de la Franche-Comté , mais encore du Luxembourg. Il exigeait en outre que les Etats généraux, pour le dédommager de la partie des Pays-Bas à laquelle il renonçait, s'engageassent, dans le cas où l'Espagne n'accepterait pas les conditions du traité, à l'y contraindre, en donnant à la France leur assistance armée '.

Le Grand Pensionnaire de Hollande se garda de témoigner aucun mauvais vouloir contre ces propositions, si inadmissibles qu'elles lui parussent, et les accueillit plutôt comme des gages de conciliation ''. Il considérait le succès de sa politique comme assuré, s'il empêchait que les Pays-Bas ne devinssent des provinces françaises : pourvu qu'il obtînt cette garantie, il était prêt à toutes les concessions. Dans cette vue, il se contenta défaire des réserves, en commençant par contester les prétentions de Louis XIV sur Tournay, Cbarleroi et le Luxembourg, qui, abandonnés a la

1 L. de Witt à Vaa Beuningen, 30 juin 1667.

2 Elle ne fut ratifiée que le 24 août 1667; mais elle avait été arrêtée dans les conférences de Bréda, dès le mois de juillet.

3 Propositions de Louis XIV, 4 juillet 1667. ^ L. d'Estrades, 21 juillet 1667.

France, semblaient mettre les Pays-Bas à sa merci. En outre, crai^rnanl de trouver Louis XIV intraitable, si de nouveaux succès encourageaient le roi de France à reprendre ses ambitieux projets, il réclamait une suspension d'armes pendant le temps laissé à la cour de Madrid pour faire connaître sa détermination. La prévoyance du Grand Pensionnaire s'étendait encore plus loin. 11 ne se contentait pas de limiter les prétentions que Louis XIV faisait valoir sur les Pays-Bas, avant que la monarchie espafrnole fût devenue vacante; il voulait encore empêcher que Louis XIV ne les revendiquât, quand la mort du jeune et débile roi d'Espagne permettrait au roi de France de réclamer l'héritage de tous ses États. Aussi tenait-il à assurer aux Provinces-Unies un engagement par lequel Louis XIV renoncerait définitivement à la partie des Pays-Bas qui ne lui serait pas dès maintenant abandonnée. Pour obtenir cette déclaration qui aurait donné à la république pleine sécurité pour l'avenir, il offrait de lui garantir par un traité secret l'assistance des Etats, dans le cas où la succession de la monarchie espagnole viendrait à s'ouvrir. Il espérait, moyennant cette offre éventuelle de concours, non-seulement détourner le danger imminent du voisinage de la France, mais encore en prévenir pour toujours le retour.

Louis XIV, se laissant séduire par l'espérance d'une entente qui l'aiderait un jour à recueillir l'héritage qu'il convoitait, craignant en outre que son silence trop prolongé ne fît prendre aux Etats des engagements irrévocables avec ses ennemis, finit, après de longues hésitations, par charger le comte d'Estrades ^ de faire savoir au Grand Pensionnaire de Hollande qu'il avait résolu de se mettre d'accord avec lui. Il évitait de s'expliquer sur la renonciation aux Pays-Bas, qui lui était demandée en cas d'ouverture de la succession espagnole, a ne voulant pas " , écrivait-il à d'Estrades, ce se creuser des fossés qu'il lui faudrait ensuite franchira. Mais quoiqu'il prétendît se réserver ainsi l'avenir, le roi de France ne s'en déclarait pas moins prêt aux concessions. Il renonçait à demander Tournay et Charleroi , et ne réclamait plus le Luxembourg que dans le cas où les Espagnols aimeraient mieux garder la Franche-Comté. Pour se montrer encore plus conciliant,

* L. Louis XIV à d'Estrades, 27 septembre 1667.

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