‹ Jean De WittChapitre 208 sur 264 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

il offrait de s'en tenir à la possession des places conquises, et ne voulant laisser aucun doule sur ses dispositions pacifiques, il consentait à prolonger jusqu'à six mois la suspension d'armes de trois mois qui lui était demandée.

Cette nouvelle proposition, si conciliante qu'elle parût, par l'alternative qui était offerte, laissait les Provinces-Unies exposées à deux dangers, la crainte encore éloignée des prétentions de Louis XIV sur les Pays-Bas, en cas d'ouverture de la succession espagnole, et l'obligation imminente d'une rupture avec FEspagne, si les négociations n'aboutissaient pas à la paix. Cette obligation était d'autant plus menaçante, que le roi de France prétendait imposer à la cour de Madrid la reconnaissance de l'indépendance du Portugal : il suffisait dès lors que l'Espagne refusât de s'entendre avec le Portugal, pour que les Provinces-Unies fussent mises en demeure d'aider le roi de France à s'emparer des Pays-Bas. Les États généraux ne consentaient pas à prendre un engagement aussi compromettant; ils considéraient une rupture avec l'Espagne comme également préjudiciable à leurs intérêts politiques et à leurs intérêts commerciaux. Après avoir mis fin glorieusement par la paix de Bréda à leur guerre avec l'Angleterre , ils se trouvaient plus libres de résister aux prétentions de la politique française. Se déliant de la sincérité de Louis XIV, ils se montraient disposés à accueillir les offres de ligue habilement renouvelées par le marquis de Castel-Rodrigo \ « Les plus sages du gouvernement ont beau vouloir en tel cas «, écrivait d'Estrades, «ils seront obligés de suivre la foule ^. w Le parti le plus opposé à la France manifestait ses sentiments hostiles, en prétendant même exiger de Louis XIV un nouvel engagement, aux termes duquel le roi de France, se contentant des places fortes qu'il avait conquises ou qu'il se proposait d'acquérir, reconnaîtrait comme valable la renonciation qu'il avait faite à la succession de la monarchie espagnole, et qui avait été la condition de son mariage avec l'infante Marie-Thérèse. L'ambassadeur des Etats généraux à Paris, Van Beuningen , qui avait obtenu l'autorisation de revenir en congé à la Haye, encourageait témérairement cette politique offensive, au risque de compromettre les dernières chances d'accord.

1 L. Wicquefort, 6 octobre 1667 : Arch. aff. étr.

2 L. man. d'Estrades, 23 septembre 1667.

436 JEAN DE W ITT.

Le Grand Pensionnaire de Hollande était trop prudent pour s'aventurer à proposer au roi de France une telle humiliation, sachant hien, d'après le fier langage tenu à Paris et à la Haye par de Lionne * et par d'Estrades ^, que Louis XIV ne consentirait jamais à la subir, a M. de IVitt, qui a une grandeur d'âme et une capacité beaucoup au-dessus de l'ordinaire 15 , écrivait de Lionne, ce a bien vu d'abord qu'il ne fallait pas toucher cette corde de part ni d'autre. » Aussi s'é!ait-il entremis auprès de Van Beuningen, pour lui iaire abandonner des exigences qui n'étaient propres qu'à irriter le roi de France. En restant fidèle à la politique qu'il avait toujours suivie, celle de la conciliation, de Witt espérait réussir à détourner Louis XïV de ses desseins sur les Pays-Bas. « Le Grand Pensionnaire » , écrivait le comte d'Estrades % « supplie Votre Majesté de considérer qu'on ne traite pas une si grande affaire, avec le consentement de tant de têtes, sans prendre des ménagements qui ne se pratiquent pas dans les royaumes où la volonté du Roi décide tout ce qu'il faut. 5? D'après ses représentations à l'ambassadeur de France, ce n'était qu'au prix de nouvelles concessions faites par Louis XIV, qu'il pourrait empêcher les Etats de lui demander sa renonciation à la succession espagnole , et lui assurer leur concours, quand elle viendrait à s'ouvrir. Aussi voulait-il que Louis XIV bornât ses prétentions à conserver ses conquêtes et se contentât, s'il recommençait la guerre, d'obliger l'Espagne à lui en faire l'abandon, mais en s'interdisant de les continuer. En outre, pour empêcher que la paix une fois faite, le roi de France ne cédât à la tentation de la rompre, il insistait pour faire garantir par les États généraux et par les princes qui auraient offert leur médiation, les clauses du traité qu'il lui proposait. Un tel projet était un démenti donné à l'attente de Louis XIV. « Il lui changeait, comme on dit, les cartes en main » , écrivait de Lionne '', « en l'empêchant de profiter du renouvellement de la guerre, si l'Espagne lui refusait la paix. »

Néanmoins , malgré les récriminations que son ambassadeur élait chargé de transmettre aux Etats, le roi de France

^ L. de Lionne, 28 septembre J667.

2 L. d'Estrades, 6 octobre 1667.

3 L. d'iLstrades, 20 octobre 1667.

^ L. de Lionne ù d'Estrades, 28 octobre 1667.

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