‹ Jean De WittChapitre 209 sur 264 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

reconnut la nécessité de faire sur lui-même un dernier effort de modération au moins apparente. Craignant de rendre trop évidentes ses intentions de recommencer la guerre, s'il s'opposait à laisser garantir par d'autres Etats le traité de paix, il se déclara prêt à accepter celte dernière condition \ En outre, pour rassurer les États généraux contre l'obligation de rompre avec TEspagne, que ceux-ci ne voulaient pas se laisser imposer, il renonçait à l'exiger, dans le cas où la guerre recommencerait, par suite du refus de TEspagne d'accorder la paix au Portugal. Il ne réclamait plus cette rupture que dans le cas où l'Espagne ne consentirait pas à lui abandonner la partie des Pays-Bas qu'il avait conquise. Il allait même jusqu'à faire savoir au comte d'Estrades que « pour s'accommoder à la portée des esprits auxquels il avait affaire, au lieu de pousser les cboses à bout, il se contenterait d'obtenir des Etats la promesse de fermer le passage aux troupes qui pourraient venir, du côté de l'Allemagne, au secours des possessions espagnoles « . Il ne faisait de réserve que sur l'engagement qui lui était demandé de renoncer, soit à compléter la conquête des Pays-Bas dans le cas où l'Espagne repousserait les propositions de paix, soit à les revendiquer, si la mort de Charles II lui permettait plus tard de faire valoir ses droits à la succession de la monarchie espagnole. « Sa Majesté î? , disait-il lui-même dans' le mémoire qu'il envoyait à d'Estrades, ce ne pouvait être supposée capable de faire une si grande faute, que serait celle de se lier éternellement les mains *. )î

Ce fut sur cette dernière condition que de IVitt rencontra de la part de Louis XIV une insurmontable résistance. Jusque-là, pendant les cinq mois de négociations qui venaient de s'écouler, il avait si habilement manœuvré, qu'il lui avait fait abandonner peu à peu les prétentions qui donnaient le plus d'ombrage aux Etats généraux ^ Il ne désespéra pas toutefois d'obtenir gain de cause, fût-ce au prix de nouvelles concessions. Renonçant pour le moment, malgré les objurgations de Van Beuningen * , à obtenir que Louis XIV s'engageât à ne pas revendiquer les Pays-Bas dans le cas où l'héritage de la monarchie espagnole deviendrait vacant,

1 L. de Lionne, U novembre 1667.

2 Mémoire de Louis XIV à d'Estrades, 18 novembre 1667.

^ Voir sur toute cette partie des négociations, Mignet, t. II, p. 482 et suiv. ^ L. d'Estrades, 15 décembre 1667.

il se contenta d'essayer de les mettre à Tabri de ses conquêtes, en obli'jeaiit la cour de Madrid à accepter les propositions du roi de France, afin d'imposer ainsi aux parties belligérantes la conclusion de la paix.

Conformant leur politique à ses conseils, les Etats de Hollande résolurent de déclarer à l'ambassadeur d'Espagne " quMls trouvaient ' les offres du roi de France trop raisonnables pour être repoussées impunément, et qu'en cas de besoin, ils demanderaient aux États généraux d'avoir recours aux voies de force les plus efficaces pour les imposer au gouvernement espagnol « . Tandis que cette résolution était renvoyée à la délibération de l'assemblée fédérale, de Witt se chargeait lui-même de représenter à Gamarra que II ses maîtres ne pouvaient pas laisser allumer un feu si proche d'eux, sans se croire obligés d'aller l'éteindre ' 55 . D'autre part, le Grand Pensionnaire essayait de désintéresser Louis XIV, en lui offrant de l'assister au besoin contre toute intervention , s'il consentait, en cas de rupture avec l'Espagne, à changer le théâtre de la guerre, et à poursuivre ses conquêtes dans la Franche-Comté, la Catalogne, l'Espagne et l'Italie, pourvu qu'il se contentât de conserver celles qu'il avait faites dans les Pays-Bas , sans les étendre*, it II fallait 1) , disait-il à d'Estrades *, a en trouvant les sûretés du Roi , chercher aussi celles des Etats, qui ne pouvaient se croire à l'abri de la grande puissance de Sa Majesté, qu'en étant assurés qu'elle ne serait pas maîtresse de la Flandre. »

Louis XIV refusa de prendre cet engagement. Il regrettait déjà les concessions qu'il avait faites. Il les avait proposées, dans l'espérance qu'elles ne suffiraient pas à satisfaire l'Espagne, et ne voulait pas, si sa prévision était justifiée, laisser différer la réunion des Pays-Bas à son royaume, bien décidé, si la paix lui était refusée, à profiler du renouvellement de la guerre pour reculer les frontières de la France. Aussi faisait-il savoir à d'Estrades ' ce que dans le cas où les Etats s'obstineraient à lui demander de porter ses conquêtes ailleurs qu'en Flandre, il fallait cesser toute sorte

* Résol. Hollande, 10 et 21 décembre 1667.

2 L. d'Estrades, 29 décembre 1667.

3 Ibid., 1^ décembre 1667.

* Ibid., 5 janvier 1668.

^ L. de Lionne à d'Estrades, 22 décembre 1667.

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