CHAPITRE VII
de négociations, et prendre ses mesures ailleurs « . — « Vous avez i^u par ma dernière « , écrivait d'Estrades à de Lionne \ « comme j'ai ôié toute espérance aux Etats de nous faire quitter les armes dans les Pays-Bas. »
La politique du Grand Pensionnaire était ainsi tenue en échec. Il s'était flatté de mettre les Pays-Bas à l'abri de la domination française, en obtenant de Louis XIV une dernière concession, et cette garantie lui était délinitivement refusée. Empêché ainsi d'atteindre le but qu'il n'avait cessé de poursuivre, il fut entraîné à le dépasser, par la tentation séduisante, mais dangereuse, de faire céder le puissant monarque dont il voulait arrêter les conquêtes. « Le salut de la république «, écrivait-il', et c'est que les alliances dont elle a besoin soient confirmées autant que possible. » Ce fut dans les négociations diplomatiques avec d'autres Etats , qu'il chercha dès lors le succès de sa politique de résistance, et il trouva dans l'intervention de la Suède et de l'Angleterre l'appui dont il avait besoin contre la France.
Les tentatives de rapprochement avec la cour de Stockholm étaient depuis longtemps commencées, et les avances qui lui avaient été faites trouvaient auprès d'elle l'accueil le plus favorable. Elles étaient d'autant plus opportunes que l'invasion des Pays-Bas venait de relâcher les liens qui jusqu'alors l'avaient unie à la France. La Suède ne refusait pas assurément de continuer à se faire subventionner par Louis XIV; mais elle ne voulait pas devenir sa vassale, et s'irritait de l'arrogance avec laquelle elle éîait traitée par de Lionne, qui n'avait pas craint de déclarer « que si les Suédois voulaient faire les méchants, on trouverait hien le moyen de les faire rentrer dans leurs tanières ' « .
L'auxiliaire tout-puissant de la politique française avait été jusqu'alors le grand chancelier, Magn us-Gabriel de La Gardie , Français d'origine par son grand-père, favori de la reine Christine, et ministre tout-puissant sous Charles-Gustave, dont il avait épousé la sœur. La minorité du nouveau roi Charles XI, et la régence de sa mère Hedwige-Eléonore , duchesse de Holstein, le rendaient maître du gouvernement. Il avait la direction des
* L. d'Eslrades, 25 décembre 1667.
2 L. raan. de Witt à Glinska, 20 décembre 1667.
3 L. Van Beuningen à de Wilt, 1" juillet 1667.
affaires élrangères et partageait celle des affaires du royaume avec les titulaires des quatre grandes charges de TEtat : le grand bailli chef de la justice, le grand trésorier, le grand connétable et le grand amiral. Mais il avait à compter avec le sénat, composé de vingt-cinq membres, et qui é(ait devenu un grand conseil de gouvernement. Cette assemblée remplaçait la diète, où la nation tout entière était représentée par les quatre étals du clergé, de la noblesse, de la bourgeoisie, des paysans, et dont le vote n'était nécessaire qu'aux levées extraordinaires d'hommes et d'argent. La diète n'étant réunie qu'à de rares intervalles, le sénat se considérait comme le dépositaire de son autorité. Tenu à l'écart sous le dernier roi, il avait profité d'une minorité pour reprendre tout son pouvoir, et se détachait peu à peu du grand chancelier, dont l'autorité commençait à faiblir. Le sénateur Biœrnklow, qui avait été redevable à de La Gardie de sa fortune, essayait désormais de le supplanter; il ralliait autour de lui de nombreux partisans, qui se prononçaient avec la même hostilité contre la personne du premier ministre et contre sa politique d'alliance avec la France.
Cette situation était favorable aux négociations que les Etats généraux avaient reprises avec la Suède. Pour Fempêcher de s'engager avec l'Angleterre , ils avaient accueilli avec empressement l'ambassadeur suédois auprès de la cour de Londres, le comte de Dohna, envoyé à la Haye pour y régler les différends survenus à Toccasion du commerce entre les deux pays. Les conférences aboutirent à un prompt accord ' qui donna satisfaction aux réclamations de la Suède. Les concessions faites par les Etats étaient les préliminaires d'une alliance politique. Elle fut préparée ^ sous les auspices des deux sénateurs Biœrnklow et Sten-Bielk, qui s'étaient mis résolument cà la tète du parti opposé à la France , et ne cessaient de signaler les dangers que Louis XIV faisait courir à loule l'Europe. L'ambassadeur français, le marquis de Pomponne, entreprit vainement de déjouer leurs démarches par ses propositions. Il se contentait, pour prix des subsides qu'il offrait, de demander à la Suède l'engagement de concourir à la défense du
' 18 juillet 1667.
2 Novembre 1667.