‹ Jean De WittChapitre 21 sur 264 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

raiix * un licenciement de 21,000 hommes, qui réduisant l'armée à 36,000 hommes ^, épargnait ainsi à l'Etat une dépense de 2,500,000 florins par an. Elle ne s'en contentait pas et exigeait, d'après les engagements qui avaient été pris, une nouvelle réduction d'environ 7,000 hommes, qui devait principalement comprendre la suppression de 55 compagnies étrangères et abaisser reffectif de l'armée à 29,000 hommes, dont la dépense était évaluée à 5,560,000 florins. Les Etats généraux y avaient consenti. Il ne restait plus guère à s'entendre que sur le licenciement de 29 compagnies d'infanterie, environ 2,900 hommes, qui faisaient partie du contingent de la Hollande. Cette dernière mesure était la seule qui fût contestée et sur laquelle l'accord restât en suspens. La sécurité du pays était désintéressée dans une réforme aussi peu considérable, et la Hollande aurait sans doute obtenu facilement la satisfaction qu'elle réclamait, si le prince d'Orange n'avait cherché à exploiter le différend, au lieu de le pacifier.

Telle fut l'origine d'un conflit qui faillit dégénérer en guerre civile. Le prince d'Orange, pour accomplir ses projets, avait besoin de remettre l'armée sur le pied de guerre ^ et ne pouvait d'ailleurs se résigner au licenciement des compagnies étrangères qui avaient toute sa confiance. Il se flattait d'obtenir des Etats généraux et même des Etats de Hollande, la renonciation à leur politique pacifique. Il trouvait les Etats généraux mécontents des prétentions de la Hollande, qui leur semblait disposée à dominer la république, et il rattachait à sa cause, dans l'assemblée fédérale, plusieurs députés désireux d'obtenir des charges militaires pour leurs fils. D'autre part, le grand pensionnaire de Hollande, le poète national Cats, affaibli par l'âge (il avait soixante-treize ans), lui paraissait plus disposé à la condescendance qu'à la lutte, et il se flattait de gagner facilement les suffrages des principaux membres des Etats de cette province. Dans cette vue, la Princesse Royale, qui, d'après un récit du temps, était si fière qu'elle ne rendait jamais aucune visite, « s'abaissa, par exception, jusqu'à

' Résol. Etats généraux 30 juillet 1648.

•^ 31,790 fantassins et 4,240 cavaliers. Le licenciement comprenait 18,370 fantassins et 2,600 cavaliers. Les compagnies d'infanterie étaient réduites de 50 hommes, et les compagnies de cavalerie, de 40 cavaliers.

^ L. Brasset, 19 avril 1650. Archives aff. étr.

aller voir familièrement des bourgeoises qui avaient la réputation de gouverner leurs maris * « .

Le prince d'Orange espérait retarder ainsi le renvoi des troupes, qu'il avait fait différer depuis un an ^. Son attente fut trompée. Pour déjouer les mesures d'ajournement dont ils avaient à se plaindre, les Etats de Hollande, résolus de mettre fin à des débats qui ne leur paraissaient pas justifiés, fixèrent eux-mêmes l'époque à laquelle ils congédieraient les 29 compagnies dont le licenciement leur avait été promis ^ Après douze jours "^ de vaines délibérations, ils donnèrent des ordres définitifs ^ Quoique provoquée, la mesure était précipitée et pouvait donner lieu à une contestation légale de compétence politique. Aussi le prince d'Orange, empressé d'aller au-devant d'une lutte dont il comptait sortir aisément vainqueur, considéra-t-il la résolution des Etats de Hollande comme un signal de rupture de l'Union , et dès le lendemain il vint solennellement en demander réparation aux Etats généraux, qui donnèrent un contre-ordre. Le prince se servit habilement de cette rivalité d'attributions entre les deux assemblées, pour se faire accorder des pouvoirs extraordinaires qui étaient contraires aux lois de la confédération. Aux termes de la résolution" qui fut prise par quatre provinces seulement \ dont deux ^ n'étaient représentées chacune que par un député, il fut autorisé à « prendre toutes les mesures nécessaires au maintien de Tordre et de la paix, et en particulier à la conservation de l'Union » . Les Etats généraux l'invitèrent en conséquence à se rendre dans les conseils des villes de Hollande, accompagné de six membres des Etats généraux et du conseil d'Etat *\ avec l'appareil d'un cortège militaire qui comprenait un grand nombre d'officiers. Il était chargé de leur adresser les remon-

1 Mémoii'es de Hollande, p. 18.

2 Mai 1649-mai 1050.

3 Résol. États Holl., 12 avril 1650.

^ 24 mai-4 juin 1650.

^ Résol. États Holl., 4 juin 1650.

^ Résol. Etats généraux, 3 juin 1C50.

"^ La Zélande, i'Overysscl, la Frise et Groniugue.

^ I/Overyssel et la Frise.

9 Les députés des Etats généraux qui l'accompagnaient étaient Van der Cappellen, seigneur d'Aartsbergen, Mauregnault, Rensvvonde , Glaudt avec d'Asperen, Lucasz et le trésorier général Brasser, membres du conseil d'Etat. Il se mit en route le 7 juin. (L. Brasset, 7 juin 1650.)

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