CHAPITRE PllEMlEU
trances et les menaces destinées à intimider les Etats de la province.
C'était là le premier acte du coup d'État qu'il préparait et qui fut suivi d'une prompte déception. Les conseils des villes, ne se laissant ni décourager ni désunir, se montrèrent presque tous décidés à faire cause commune avec les Etats de la province qui étaient leurs souverains légitimes. Ils se tinrent en garde contrôles ouvertures qui leur furent faites. Les uns les éludèrent, en se contentant de répondre qu'ils en rendraient compte aux États; les autres, plus hardis, se plaignirent d'une intervention qui leur enlevait la liberté dont ils avaient besoin pour délibérer. Le conseil de Dordrecht, dont Jacob de IVitt, père de Jean de Witt, était le bourgmestre, consentit à recevoir le stathouder, sous la condition qu'il ne proposerait aucune résolution portant atteinte aux droits du conseil ou à ceux des Etats de Hollande. Le prince, s'étant fait introduire, chargea l'un des membres de la députation qui l'accompagnait, Aartsbergen, de donner connaissance de ses propositions. Il réclamait le blâme et le désaveu des députés de la ville qui s'étaient prononcés dans l'assemblée des États pour le renvoi des troupes. Le conseil attendit, pour délibérer, que le prince se fût retiré, et se contenta de justifier ceux qui étaient mis en cause, en déclarant qu'ils n'avaient fait qu'obéir à leurs instructions. Guillaume H ayant demandé et obtenu une nouvelle audience ' , Aartsbergen déclara devant lui, ce en termes amers et insupportables » , que les députés des Etats généraux ne se retireraient pas avant que le conseil eût fait savoir s'il revenait sur la rupture de l'Union, qui lui était imputée; il accusa ouvertement les députés qui représentaient la ville aux États de la province et les dénonça 't comme punissables en leurs biens et en leurs corps ^ îî . Le conseil les justifia en décidant de s'en tenir, pour toute réponse, à sa première déclaration, mais voulut en même temps faire justice de l'accusation qui l'avait olTensé : la qualifiant d'injurieuse et de calomnieuse, il résolut de la dénoncer aux États, comme portant atteinte à la souveraineté et à la liberté de la province. Il ne craignit pas de communiquer au prince ce fier manifeste, et l'ayant
1 10 juin 1650.
2 WicQUEFORT, t. Jer, p. 235, édition 1861, Gliaïs Van Buren.
remis en délibération pour satisfaire à ses désirs, il Tadopta de nouveau à Funanimité \
Pour n'être point exposé à de pareilles scènes, le conseil d'Amsterdam, dirigé par les énergiques exhortations des deux frères Bicker, Fun, André, ancien bourgmestre, Fautre, Corneille Bicker Van Swieten , bourgmestre en exercice , envoya au prince deux conseillers delà ville , Antony Aetgen s Van Waveren et Pi erre Hasselaar ^ , qui lui représentèrent que son voyage serait inutile, et qu'il ne pouvait être reçu comme député des Etats généraux. Guillaume II n'ayant pas tenu compte de cet avis, le conseil d'Amsterdam ne se laissa pas intimider par son arrivée. 11 lui fit savoir, hors des murs de la ville, qu'il serait reçu en sa qualité de stathouder, mais qu'il devait renoncer à obtenir audience, s'il prétendait se faire accompagner par les députés des Etats générauîs:. Le prince ayant refusé de céder, le conseil, qui avait pris toutes les mesures militaires de défense, déclara qu'il ajournerait toute séance de réunion jusqu'après son départ, et se contenta de faire porter ses excuses au prince.
De retour à la Haye, Guillaume 1! ainsi éconduit ne dissimula pas son ressentiment. Après avoir communiqué aux Etats généraux le récit de sa tournée % il se rendit dans l'assemblée des Etats de Hollande ^, leur donna connaissance de sa protestation et demanda la réparation de l'offense qu'il se plaignait d'avoir reçue du conseil municipal d'Amsterdam. « Il parla si fort en prince î? , écrit l'ambassadeur français Brasset % a que l'assemblée conclut, même parmi ceux qui avaient été le plus aigres, que le prince pouvant être d'humeur à hasarder les dernières extrémités, le meilleur serait de songer aux moyens de lui donner satisfaction et de porter les choses à un tempérament. ? Les députés de la ville d'Amsterdam excusèrent auprès de lui la conduite du conseil, espérant lui faire ainsi retirer sa plainte, à laquelle le prince refusa de renoncer °. En même temps, les Etats de Hollande firent
1 Extrait des Notules de la ville de Dordreclit, 1650.
2 L. Brasset, 21 juin 1650.
9 29 juin 1650.
^ 30 juin 1650.
5 L. Brasset, 5 juillet 1650.
6 Note relative ù l'entreprise contre Amsterdam, écrite de la main du prince. Archives de la maison d'Orange, publiées par M. Groen Van Primsterer , t . IV^, p . 371 .