‹ Jean De WittChapitre 211 sur 264 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

traité de Westplialie, en tenant ses troupes sur pied, sans être toutefois obligée de les employer. Cet accord avait été tenu en suspens par réloignement du grand chancelier, retenu pendant deux mois à sa campagne par une dangereuse maladie qui laissait à ses ennemis la libre direction du gouvernement. Son retour fut favorable aux propositions de Tambassadeur de France, qui furent portées au sénat, où elles parurent devoir être approuvées. Pendant une nouvelle absence qu'il eut l'imprudence de prolonf];er, elles furent changées et comme falsifiées, sans qu'il en fût informé. Il s'en plaignit énergiquement, en reprochant à Biœrnklow d'être pensionné par l'Angleterre. Les plus violentes explications s'ensuivirent, et peu s'en fallut que le grand chancelier, menacé d'être poursuivi devant le sénat comme calomniateur, ne donnât sa démission \ Son départ pour ses terres, à l'occasion des fêtes de NoëP, laissa définitivement ses adversaires maîtres de l'assemblée. « Ils reprirent le dessein d'intéresser la Suède à la défense des Pays- Bas, et de leur seule autorité, pendant que la plus grande partie de la cour était à la campagne, ils donnèrent ordre au comte de Dohna, resté à la Haye, d'entrer dans toutes les liaisons que l'Angleterre et la Hollande pourraient prendre en faveur de TEspao^ne ^ « Les espérances de Jean de U itt étaient justifiées ; c'était à bon droit qu'il avait écrit au comte d'Estrades * : " Le roi de France reconnaîtra bientôt qu'il ne pourra pas achever facilement la conquête des Pays-Bas, parce qu'une ligue de divers Etats lui sera opposée. »

Toutefois, les Provinces -Unies ne pouvaient compter sur la coopération de la Suède, tant qu'elles ne s'étaient pas assuré l'alliance de l'Angleterre. La réconciliation des deux pays avait été réclamée avec instances par Van Beuningen, pendant qu'il était ambassadeur à Paris, et il n'avait cessé de presser la prompte conclusion de la paix, pour arrêter dans les Pays-Bas les conquêtes du roi de France ^ De Witt avait également reconnu depuis longtemps combien les Provinces-Unies étaient intéressées à ce rapprochement. Dès qu'il avait été informé par Van Beuningen que

1 PoMPOx'NE, Mémoires, t. II, p. 47T; et 1. Groot à de Witt, 8 décembre 1668.

2 Décembre 1667.

3 Pomponne, Métnoires, t. II, p. 484.

^ L. de Witt à d'Estrades, 12 novembre 1667.

^ L. Van Beuningen à de Wîlt, 5 juin, 8 juin, 1" juillet, 8 juillet, 29 juillet 1667.

rentrée de Louis XIV dans les Pays-Bas était imminente, il lui avait écrit ^ : « Je ne peux croire que l'Angleterre voie tranquillement la France s'emparer des Pays-Bas, quand même le roi Charles II aurait fait cet engagement de la manière la plus solennelle, persuadé comme je suis que les plaintes générales de toute la nation anglaise le contraindraient aie violer, w II témoignait à Beverningh la même confiance ^, et l'engageait à poursuivre sans retard le succès des négociations qui lui étaient confiées, au congrès de Bréda. Il l'assurait que, « malgré les apparences contraires, les Anglais finiraient par s'accommoder avec les États, en se mettant d'accord sur des principes dont la France n'aurait pas sujet de se réjouir « . « La sympathie de la nation anglaise et de la nation française w , ajoutait-il, et n'est pas si grande, ni les desseins actuels du roi de France si agréables aux yeux des Anglais, que l'un des deux peuples puisse se promettre beaucoup de la continuation de l'amitié de l'autre. »

Pour se rapprocher de l'Angleterre, il fallait commencer par conclure la paix. Dès qu'elle fut signée, de Witt s'empressa de la mettre à profit. Dans cette vue, il fit presser l'envoi de l'ambassadeur qui devait représenter les Etats généraux auprès de Charles II, et obtint la désignation de l'un de ses amis les plus dévoués à sa politique, Jean Meerman, bourgmestre de Leyde. Le nouvel envoyé diplomatique des Etats était plein d'ardeur et si confianten lui-même, qu'un des correspondants de la cour de France ^ prétendait « qu'il se croirait capable de remplir la charge de gouverneur et capitaine général de la république " . Accompagné de Jean Boreel, bourgmestre de Middelbourg, il était parti pour Londres, annonçant (c qu'il travaillerait à l'aire une étroite alliance avec l'Angleterre, et qu'on en entendrait bientôt parler ^ )) . Tandis que le Grand Pensionnaire avait soin de rassurer le comte d'Estrades, en lui persuadant que Meerman concerlerait toutes ses démarches avec l'ambassadeur de Louis XIV à Londres % les tentatives les plus pressantes étaient faites auprès de Charles II, pour l'engager contre la France

' L. de Witt à Van Beuningen, 5 mai 1667.

2 L. mail, de Witt à Beverningli, 14 juin 1667. Archives aff. étr.

^ L. Janot à de Lionne, 29 septembre 1667. Arch. aff. étr.

^ Ibid.

5 L. d'Estrades, 29 septembre 1667

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