‹ Jean De WittChapitre 212 sur 264 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

de concert avec les États, dans l'inlcrêt d*une défense commune. Meerman était chargé de lui représenter u qu'il obligerait les Etats généraux à traiter avec la France, s'il ne venait pas au secours des Pays-Bas, tandis qu'en prenant le parti de les défendre, il trouverait dans la Suède et dans les princes allemands des auxiliaires qui n'attendaient qu'un signal pour se déclarer * i) .

Charles II ne se laissait pas facilement persuader. Il faisait alléguer par ses ministres, que la dernière guerre avait laissé à TAngleterre une blessure encore saignante, et qu'il lui lallait du temps pour reconnaître ses nouveaux amis. Meerman répliquait : « Vous prendrez un si long temps pour nous apprécier, que vous laisserez passer Toccasion où votre alliance pourrait être utile, et que tout remède viendra trop tard. ^ Le Roi convenait de l'utilité de l'alliance; mais il représentait que son peuple se défiait des Hollandais. En outre, il prétendait que l'intérêt des États généraux étant le premier en jeu, TAnglelerre devait attendre qu'ils prissent un parti. « Quand le roi de France se sera rendu maître des Pays- Bas» , disait-il, a il y aura encore une immense forteresse , la mer, qui le séparera de rAngleterre; ce sont donc les États m , ajoutait-il, « qui doivent les premiers entrer dans la danse "^. »

Les avances du roi de France contribuaient d'ailleurs à détourner le roi d'Angleterre de s'engager avec les États. Quelques semaines après le traité de Bréda ^, Louis XIV avait envoyé à Charles II un habile diplomate, le marquis de Ruvigny, député des Églises réformées de France, beau-frère d*un des ministres du Roi, le comte de Southampton *, et qui entretenait tant avec la cour qu'avec le Parlement des relations favorables au succès de son ambassade. Il l'avait chargé des propositions d'une alliance offensive. Le marquis de Ruvigny devait offrir à Charles II, moyennant l'envoi d'un corps de troupes anglaises dans les Pays-Bas, l'assistance en vaisseaux et en argent qui permettrait à l'Angleterre d'enlever à l'Espagne tout ou partie de ses possessions dans les Indes occidentales. Il devait en même temps, aux termes de ses instructions %

1 L. de Witt à Meerman, 21 octobre 1667.

2 L. Meerman à de Wilt, 27 octobre 1(367. ^ Septembre 1667.

^ WiCQUEFORT, t. III, p. 192. — Ruvigny était en outre le beau-père de lord Russell.

5 L. Louis XIV à Ruvigny, 8 octobre 1667. — Mignet, t. II, p. 518.

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ce lui insinuer, comme une raison bien forle d'enibrasser ce parti plutôt que tout autre, qu'on ne pourrait mieux faire pour pousser les Ktats généraux à un coup de désespoir qui les entraînerait à s'allier directement avec TEspagne, après quoi le roi de France se croirait afifranchi de toute obligation de les assister, dans le cas où Cbarles II voudrait satisfaire contre eux sa vengeance, en leur déclarant une nouvelle guerre » .

Ces perfides conseils ne pouvaient laisser Charles II indifférent. Au lieu de s'engager avec la France, il se proposa de compromettre les Etats, en les encourageant à des négociations destinées à provoquer contre eux les ressentiments irréconciliables de Louis XIV. Ce brusque changement de politique paraissait suspect à l'ambassadeur de la république. « Je crois ^' , écrivait de Londres Meerman, «que l'empressement que l'on met maintenant à recevoir mes mémoires ne cache le dessein de noircir les Etats auprès de la France '. v Les conférences tenues entre les commissaires anglais et les envoyés des Provinces-Unies' justifiaient ces appréhensions. Les commissaires anglais, après avoir longtemps éludé les demandes pressantes d'entente commune que Meerman adressait à la cour de Londres, prétendaient désormais obtenir des ministres de la république la déclaration que les Etats généraux se joindraient à leurs alliés pour obliger la France, non-seulement à ne pas poursuivre ses conquêtes, mais encore à restituer celles qu'elle avait déjà faites, et à rentrer dans les limites du traité des Pyrénées. ^ Il serait plus facile « , disaient-ils % « de contraindre les Français par les armes, même à la restitution, que d'obtenir d'eux quelque chose par des infercessions ou des médiations, pourvu qu'on employât la force plutôt que les menaces. ^ Surpris de ce langage, et voulant savoir quelle portée ils devaient donner aux nouvelles dispositions de la cour de Londres, les ministres de la république demandèrent aux commissaires anglais « s'ils pouvaient dès lors écrire aux Etats que le roi d'Angleterre fût disposé à exiger du roi de France la restitution de toutes ses conquêtes * « . Mais les commissaires anglais, évitant soigneusement de se prononcer, répliquèrent qu'ils

^ L. Meermann à de Wilt, 4 décembre 1667.

2 I/nd.

3 L. Wicquefort, 22 décembre 1667.

^ L. Meerman à de Witt, 11 décembre 1667.

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