‹ Jean De WittChapitre 214 sur 264 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

duc d'York, son gendre, qui se voyait hors d'état de le défendre, prit le parti de quitter le royaume dans lequel il avait, huit ans auparavant, ramené le fils de Charles I*'. Il devança, en se retirant en France, l'arrêt de hannissement qui fut prononcé contre lui et qui le fit mourir dans l'exil. Henri Bennet, créé lord Arlington, et auquel la chuie de Clarendon faisait passer la direction des affaires étrangères, ne pouvait gagner la confiance du Parlement, qu'en suivant au dehors une politique plus populaire. Marié lui-même à une Hollandaise, fille de l'ancien ambassadeur des Provinces-Unies à Londres, Beverwaert, il était favorable au rapprochement de l'Angleterre et des Etats généraux, quoiqu'il hésitât encore à « attacher le grelot ' 5) . Le Parlement réclamait impérieusement cette alliance et se plaignait des hésitations prolongées du Roi : " Quelques-uns de ses membres îj , écrivait l'ambassadeur de la république ^, " allaient jusqu'à dire qu'il se ferait lui-même haïr comme le chancelier Clarendon, pour vouloir trop flatter la France. «

Charles II, n'osant pas résister à ce mouvement, se décida, quoique à contre-cœur, à y céder. Il commença par se dégager peu à peu vis-à-vis de Louis XIV, en se montrant beaucoup plus exigeant : non content de lui refuser sa coopération, il mit comme condition à la neutralité de l'Angleterre la cession des deux places d'Ostende et de Nieuport, et la déclaration de guerre de la France aux Provinces-Unies. Louis XIV ne consentant pas, si l'Angleterre restait neutre, à lui faire une part dans ses conquêtes sur l'Espagne, et ne voulant pas, écrivait-il avec une noble fierté, ft se déclarer, par respect pour Thonneur des traités, l'ennemi des Etats, avant qu'ils lui eussent donné un sujet de rupture', « Charles II en prit prétexte, pour suivre l'impulsion qui lui était donnée. Il résolut de proposer lui-même aux Etats de s'associer à l'Angleterre contre la France, et, pour mieux assurer le succès de cette négociation, il la confia au chevalier Temple.

Nul n'était plus capable de la faire réussir. Né à Londres en 1628, élevé à Cambridge, Temple, après avoir achevé son éducation par les voyages, s'était fixé en Irlande, au milieu de sa famille; il y

» L. Meermann à de Witt, 19 novembre 1667.

2 Ihid , 4 décembre 1667.

3 L. Louis XIV à Ruvigny, 4 janvier 1668.

avait vécu dans la retraite jusqu'à la restauration, jouissant à Taise du bonheur domestique dont il était redevable à son mariage avec Dorothée Osborne, fille de l'ancien gouverneur de l'île de Guernesey sous Charles I". Il profita de ses loisirs pour se livrer à l'étude de l'histoire et de la philosophie, et acquit ainsi les qualités d'écrivain qui ont si brillamment illustré sa renommée. Les mérites du caractère ne lui donnaient pas moins de crédit que les dons de l'esprit; franc et ouvert, ennemi de tout faste, inaccessible à la corruption, il avait le sentiment de l'honneur, pour lequel la cour de Charles II professait une honteuse indifférence. La restauration lui ouvrit les voies de la vie publique. Député au parlement de Dublin, il entra en relation avec le duc d'Ormond, Tun des plus honnêtes ministres du nouveau roi, et qui venait d'être nommé lord-lieutenant d'Irlande : la recommandation du duc d'Ormond lui assura la confiance du chancelier Clarendon , et la diplomatie lui parut la carrière la plus favorable à ses talents. Il fut envoyé auprès de l'évêque de Munster, pour le rattacher à l'alliance anglaise dans la guerre de l'Angleterre contre les Provinces- Uni es. L'habileté et l'expérience dont il fit preuve, jointes au don d'observation qui lui était naturel, le désignèrent bientôt pour un poste plus important; il fut appelé comme résident à Bruxelles, et l'entrée de Louis XIV dans les Pays-Bas lui valut le premier rôle dans les négociations. Il se fit, dès ses débuts, le défenseur de la politique à laquelle il resta toujours fidèle, celle de la résistance à la France, dont il considérait la domination comme une menace d'assujettissement pour toute l'Europe. Il entreprit d'abord de raffermir le courage défaillant du gouverneur des Pays-Bas, le marquis de Castel- Rodrigo, qui, en apprenant la prise de Charleroi, était disposé à quitter Bruxelles, pour se retirer dans la citadelle d'Anvers '. Engagé à prendre les devants, Temple lui répondit qu'il ne s'enfuirait pas le premier, ayant l'ordre de rester à son poste, et il le retint ainsi dans la capitale, pour empêcher qu'elle ne se livrât aux vainqueurs. Préoccupé d'arrêter l'invasion française, Temple n'avait cessé de représenter à son gouvernement combien la conquête de provinces maritimes, faite par la France, serait dangereuse pour l'Angleterre, et il signalait énergiquement la nécessité d'une

1 WlCQUEFOUT, t. III, p. 333.

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