‹ Jean De WittChapitre 215 sur 264 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

prompte entente avec les Etats généraux. « Ce serait i), écrivait-il dès le commencement de la campagne entreprise par Louis XÏV \ «la meilleure vengeance à tirer du jeu que la France a joué, en nous engageant nous-mêmes dans la dernière guerre contre les Provinces-Unies, î) Cinq mois plus tard, il se plaignait que les projets d'alliance restassent en suspens. « Je laisse « , écrivait-il ^, ce à ceux qui sont dans le ministère, tant en Angleterre qu'en Hollande, le soin de prendre les mesuresles plus sages et les plus nécessaires, pour que ce rapprochement puisse avoir lieu, avant qu'il soit trop tard. » Ses désirs ne pouvaient qu'être encouragés par ses relations personnelles avec le Grand Pensionnaire de Hollande. La renommée de Jean de Witt avait rendu Temple impatient de le connaître, et il était venu lui rendre visite dans un voyage qu'il avait fait en Hollande, sans aucune mission officielle, avec sa sœur lady Giffard ^ u Le seul objet de mon passage ici î' , lui avait-il dit en l'abordant ^y « est de connaître ce qu'il y a de plus important dans votre pays, et je ne mettrais que bien imparfaitement mes projets à exécution, si je m'en allais sans vous voir, w De Witt, qui était déjà prévenu en faveur de Temple par les rapports que les ambassadeurs de la république lui avaient adressés, fut sensible au compliment, et répliqua avec une cordiale sincérité qui lui gagna la confiance du diplomate anglais. Les deux hommes d'Etat se rendirent facilement compte des causes qui avaient mis aux prises l'Angleterre et la république, et que de Witt attribuait K à l'esprit brouillon de Dovi/ning w ; ils se félicitèrent du rétablissement de la paix entre les deux nations, et le Grand Pensionnaire de Hollande, «sanss'écarter delà réserve à laquelle il était tenu S), fit entendre à Temple « combien il désirait, par suite de ce qui était arrivé en Flandre, pouvoir se fier à l'Angleterre » . Temple se retira charmé de cette conversation, en déclarant « que quiconque négociait avec M. de Witt devait entrer avec lui dans le droit chemin, sans raffiner ou colorer, ni offrir l'ombre pour la substance • » .

1 L. Temple à Arlington, 27 mai 1667.

2 L. Temple à son frère, 10 octobre 4667.

3 Septembre 1667.

* L. Temple à son frère, 10 octobre 1667. 6 L. Arlington à Temple, 4 octobre 1667. 6 Macaulay, Essais historiques, traduits par M. G. Guizot, t. II, p. 155.

L'estime et la sympathie qu'il ressentait pour sa simplicité de vie et sa franchise de caractère , dont il était d'autant plus charmé qu'il était habitué au luxe avide des ministres de Charles II et à la dissimulation des ambassadeurs de l'Espagne, lui garantissaient à l'avance le succès de leurs relations diplomatiques. Aussi, quand la politique favorable au rapprochement avec les Etats généraux prévalut dans les coisseils de Ciiarles II, se trouva-t-il désigné pour négocier l'accord à conclure entre les deux gouvernements.

Dans les derniers jours de décembre, Temple reçut l'ordre de quitter Bruxelles et de se rendre à Londres, en passant par la Haye. Ce n'était encore qu'une fausse manœuvre à laquelle le roi d'Angleterre avait recours, pour essayer une dernière fois de détacher les États de la France, sans être obligé de s'engager avec eux : il se persuadait que la conGance de Jean de Witt dans la sincérité de Temple lui permettrait de se jouer impunément du Grand Pensionnaire. Temple, dont la bonne foi était également trompée, se prêta avec empressement à la mission qui lui était donnée, et qui satisfaisait tous ses vœux. Arrivé à la Haye, il se conforma à ses instructions , en pressant de Witt de lui faire savoir si les Etats consentiraient à une ligue à la fois offensive et défensive contre Louis XIV. De Witt ne se laissa point abuser par ces avances; il se tint sur ses gardes et resta fidèle à son programme, ne recherchant d'autre garantie que celle qui préserverait les Pays-Bas, de la conquête, et résolu, s'il pouvait obtenir cette satisfaction, à conserver l'alliance française \ Dans une première entrevue *, il s'empressa de remercier Temple des communications dont le roi d'Angleterre avait chargé son envoyé ; mais il ne dissimula pas qu'au lieu d'être questionné, il s'attendait à recevoir une réponse. Pressé lui-même de faire connaître le parti que prendraient les Provinces- Unies, le Grand Pensionnaire s'en tint à la résolution qui avait été votée parles États de Hollande le mois précédent, et aux termes de laquelle c'était seulement une médiation qu'ils entendaient offrir, et au besoin imposer. Il ajouta seulement que, pour la faire réussir, les négociateurs de la république avaient à leur tour besoin de savoir si le concours effectif de l'Angleterre leur serait assuré. Temple

» L. man. d'Estrades; L. man. Wicquefort, 5 janvier 1668, Archives aff. étr. — L. Temple à Bridgman, 23 mars 1668.

*29 et 30 décembre 1667.

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