‹ Jean De WittChapitre 216 sur 264 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

lui répondit qu'il n'était pas encore autorisé à engager son gouvernement, et quMl n avait d'autre mission àremplirquecelle de demander la promesse des Etats. Il le pressa de s'expliquer sur l'offre d'une ligue offensive, lui faisant craindre, si la république y opposait un refus, que l'Angleterre ne s'entendît avec la France pour le partage des Pays-Bas, et même pour le démembrement des Provinces-Unies. De IVitt, sans affecter pour les rois de France et d'Angleterre une confiance qu'il n'avait plus, refusa néanmoins d'ajouter foi à ces soupçons, et déclara de nouveau que les États ne s'associeraient qu'à la médiation, sous la condition qu'elle leur fût proposée par l'Angleterre. Il évitait dès lors non-seulement de rompre avec Louis XIV, mais encore de compromettre le bon accord entre la république et la France, et restait sur la réserve, tant que l'Angleterre ne s'était pas déclarée : il conformait ainsi scrupuleusement sa conduite à toutes les règles de la prudence politique.

Obligé de reconnaître que les Etats ne prendraient aucun engagement, tant que la coopération de l'Angleterre ne leur serait pas garantie. Temple fit tout à coup à de Witt d'autres ouvertures, afin de s'assurer s'il n'y avait aucun projet secret de traité entre la France et les Provinces-Unies. Il demanda si les Etats s'opposeraient à laisser le roi d'Angleterre intervenir en faveur de l'Espagne, pour reprendre à LouisXIV la partie des Pays-Bas que le roi de France avait conquise. Aprèsavoir accueilli silencieusement cette proposition, de Witt, dans un nouvel entretien \ s'y montra plutôt favorable que contraire. Mais Temple dut se contenter de cette liberté d'action laissée au roi d'Angleterre, et renoncer à compter sur l'assistance des États, dans le cas où Charles II, au lieu de se contenter d'une médiation entre la France et l'Espagne, prétendrait déclarer la guerre à la France ^.

Le compte rendu de cette mission , fidèlement rapporté par Temple à Charles II, qui l'avait mandé auprès de lui, mit fin aux incertitudes du roi d'Angleterre. Ne pouvant plus éluder la satisfaction que l'opinion publique lui imposait, il fît connaître sa résolution de s'unir aux États généraux, en acceptant leurs propositions \ Le surlendemain. Temple se rembarquait, et après une

' 31 décembre 1667.

2 L. de Witt à Meerman, 8 janvier 1G68.

3 11 janvier 1668. — L. Temple à son frère, 12 janvier 1668. Elle est indiquée par erreur dans ses œuvres comme datée du 2 janvier.

orageuse traversée, était de retour à la Haye, heureux d'y rapporter les pleins pouvoirs qui lui étaient donnés pour conclure l'alliance de l'Angleterre avec la république.

Le jour même de son arrivée \ sans user d'aucun détour, il alla trouver le Grand Pensionnaire, et lui demanda de reprendre les conférences, en s'affranchissant de toute formalité inutile. Les deux négociateurs se mirent aisément d'accord sur le sens et sur les termes de leurs derniers entretiens. Temple déclara à de Witt^ que le roi d'Angleterre avait résolu d'y conformer ses propositions, en promettant aux Etats de concourir avec eux à la médiation entre la France et TEspagne. Il ajouta que Charles II n'y mettait plus qu'une condition, celle d'une alliance défensive entre l'Angleterre et les Etats, à laquelle le Grand Pensionnaire ne pouvait, lui semblait-il, faire aucune opposition. De Witt se montra à la fois satisfait et surpris. Il craignait que cet empressement inattendu du roi d'Angleterre ne cachât un piège. Il ne pouvait qu'adhérer à l'offre de médiation dont il avait pris l'initiative; mais il hésita avant de s'engager à une alliance défensive, ce II se demandait « , disait-il, en faisant allusion à la guerre si récente entre l'Angleterre et la république, « si la dernière plaie dont les deux pays avaient tant souffert, était assez guérie, pour souffrir sitôt l'appareil destiné à la fermer. » Il ne voulait pas d'ailleurs témoigner trop ouvertement sa défiance à la France, ne pouvant encore se fier aux dispositions jusqu'alors si vacillantes du gouvernement anglais, auquel il reprochait de n'avoir jamais suivi deux ans de suite la même politique à l'égard des Provinces-Unies. Temple entreprit de le rassurer; il lui représenta que du moment où les Etats s'associaient à l'Angleterre pour la médiation, ils étaient intéressés à chercher le bénéfice d'une alliance défensive. En effet, en prenant le parti d'arrêter les conquêtes de la France dans les Pays-Bas, ils devaient s'attendre à des ressentiments contre lesquels ils étaient tenus de se garantir. Pour achever de persuader de Witt, Temple lui représenta que, d'après les assurances mêmes de l'ambassadeur des Provinces-Unies à Londres % l'exemple de l'Angleterre ne pouvait manquer d'entraîner la Suède et d'autres Etats. 11 lui renouvela ses protestations en

* 17 janvier 1668.

'^ L. Temple à Bridgman, 27 janvier 1668.

^ Voir p. 443.

Page 1