CHAPITRE VII
faveur de la sincérité du roi d'Angleterre, lui garantit également celle de ses ministres, et ne se retira qu'après avoir levé les derniers scrupules du Grand Pensionnaire '.
Dans une seconde conférence, Temple aborda une question qui n'élait pas moins délicate. La conclusion du traité tenait à la rapidité et à la discrétion avec lesquelles les négociations seraient conduites. Cependant les Etats généraux ne pouvaient prendre aucun nouvel engagement sans le consentement préalable des États provinciaux, qui n'exigeait pas moins d'un mois à six semaines de délibérations. Ce long délai laissait inévitablement à l'ambassadeur de France les loisirs qui lui permettraient de déjouer un projet si contraire aux intérêts du roi son maître. Pour éviter cet écueil. Temple demandait que les Etats généraux se chargeassent euxmêmes de la conclusion du traité, et proposait qu'on se contentât d'en renvoyer l'approbation aux Etats des provinces. Il ajoutait qu'autrement, c'en serait fait des négociations. De Witt trouva au premier abord cet expédient impraticable, et représenta que la constitution de la république y opposait un obstacle qui ne permettait pas de passer outre : il déclara qu'il était tenu de respecter les droits des Etats des provinces, sans l'aveu desquels les Etats généraux ne pouvaient rendre aucun traité définitif, et invoqua le danger auquel les députés des Etats généraux s'exposeraient, s'ils outrepassaient leurs pouvoirs. Temple ne se rebuta pas ; il renouvela ses instances pour obtenir que le traité fût préalablement accepté, dans des conférences auxquelles il prendrait part avec des commissaires désignes par les Etats généraux qui seraient ensuite invités à le signer. Il assura le Grand Pensionnaire que tout pourrait être réglé dans un intervalle de quatre à cinq jours, et le pressa de considérer les malheurs auxquels la république serait exposée si, par un trop grand respect pour les formalités, les Etats généraux ne se déterminaient pas hardiment à se passer du vote préalable des Etats des provinces. Il lui représenta avec énergie que les députés des provinces à l'assemblée fédérale, loin d'avoir à craindre le désaveu de leur conduite, en trouveraient au contraire la récompense dans la reconnaissance publique ^.
i L. Temple à Bridgman, 27 janvier 1668.
2 Ibid.
Le Grand Pensionnaire prit l'avis des députés à la fidélité desquels il se fiait, et ayant trouvé leurs dispositions plus favorables qu'il ne l'avait prévu, il s'empressa d'en rendre compte à Temple \ Encouragé par cette communication, Temple se fit, dès le lendemain, recevoir en audience par les États généraux. Il leur déclara qu'il était chargé par le roi son maître de faire des propositions avantageuses aux deux pays, et demanda la nomination de commissaires avec lesquels il pourrait traiter et conclure. Cette proposition fut agréée, et les États donnèrent leurs pleins pouvoirs à une commission de sept membres qui représentaient chacune des sept provinces : MM. de Gelicum, d'Asperen, Crommon, Amerongen, Unkel, Coeverden et Ysbrandt^. Le Grand Pensionnaire leur était associé, d'après les attributions de sa charge, et gardait ainsi la direction des négociations. Dès le jour suivant % Temple, qui s'était mis d'accord avec de IVitt, entra en conférence avec les commissaires, et leur ofîrit le projet de ligue défensive comme condition de la médiation. De Witt, toujours préoccupé des ménagements qu'il aurait voulu garder avec la France, tenta une dernière fois d'éluder cette ofîre, afin de s'en tenir à la médiation. Temple, obligé de rester fidèle à ses instructions, se montra • inflexible. Les commissaires témoignèrent une grande incertitude : après s'être retirés trois fois pour se consulter, ils finirent par donner leur consentement à l'envoyé de Charles II, en chargeant de Witt et Ysbrandt de s'entendre avec lui pour régler toutes les conditions de l'alliance. Ils exigèrent seulement que le Roi s'engageât à confirmer, sous la dénomination de traité de marine, les articles inscrits à titre provisoire dans le traité de Bréda, qui concernaient les intérêts de la navigation et du commerce, afin de n'être pas exposés à laisser renouveler les contestations qui avaient donné lieu à la dernière guerre entre l'Angleterre et la république.
Dans la conférence du lendemain. Temple exposa à de Witt et à Ysbrandt le danger de laisser la négociation en suspens, et les pressa de passer outre, sans attendre la réponse de Charles II à la dernière demande des commissaires. Il leur représenta l'importance de déjouer sans retard les manœuvres qui étaient tentées
* L. TempleàArlingfon,24janvier 1668. — L, de Witt à Meerman, 8 janvier 1668. 2 Résol. États généraux, 19 janvier 1668. 2 20 janvier 1668.